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4,1 milliards levés, 410 start-up créées : la deeptech française passe la barre des 50 000 emplois

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Avec 4,1 milliards d’euros levés et 410 start-up créées en 2025, la deeptech française retrouve son niveau record de 2023 et ancre désormais 50 000 emplois dans l’économie réelle.

Paris a accueilli, du 16 au 20 mars 2026, la première édition de la European Deeptech Week. Plus de 2 500 acteurs européens se sont réunis, une première à cette échelle. L’événement, organisé par Bpifrance avec le soutien de la Commission européenne, a aussi permis de dresser un bilan sept ans après le lancement du Plan Deeptech en 2019. Un plan qui a profondément recomposé le paysage de l’innovation française.

Les chiffres parlent. Le nombre de créations annuelles de start-up deeptech a doublé : 410 sociétés en 2025, contre 207 au démarrage du plan. Aujourd’hui, près de 3 000 entreprises actives structurent un écosystème qui génère 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Paris s’installe au troisième rang mondial des hubs deeptech, derrière la Bay Area et Boston. La France se classe deuxième en Europe, derrière le Royaume-Uni, devant l’Allemagne.

Paul-François Fournier, directeur exécutif Innovation de Bpifrance, résume la bascule : « La deeptech n’est plus une promesse : c’est 50 000 emplois, 5 milliards de chiffre d’affaires et des start-up qui s’intègrent concrètement dans les chaînes de valeur industrielles. Pour transformer cette dynamique en puissance européenne, il faut changer d’échelle : attirer de nouveaux capitaux, rapprocher start-up et grands groupes, et penser européen dès le départ. »

En chiffres
4,1 Md€
Levées de fonds deeptech 2025
Niveau record retrouvé après 2023
410
Start-up deeptech créées en 2025
Contre 207 en 2019
50 000
Emplois directs dans la deeptech
2 800 start-up actives
72 %
Levées sur technologies souveraines
Contre 25 % en 2019
137 Md€
Levées US en deeptech 2025
Europe : 21,6 Md€

Levées de fonds : Mistral AI capte à elle seule un quart du total français

Les 4,1 milliards d’euros levés en 2025 marquent un rebond net après l’année 2024, où les montants avaient chuté à 2,8 milliards. Ce niveau retrouve celui de 2023 et représente désormais près de la moitié des financements captés par l’ensemble de la French Tech[1]. Mais la concentration se renforce. Mistral AI a levé à elle seule 1,7 milliard d’euros, soit près d’un quart de l’ensemble des levées françaises de l’année. D’autres acteurs comme Loft Orbital, Alice & Bob ou Adcytherix ont également capté des montants significatifs. Les investisseurs privilégient désormais des projets plus robustes, avec des perspectives industrielles claires plutôt que des paris technologiques lointains.

Cette consolidation s’observe aussi dans la répartition sectorielle. Quatre filières concentrent l’essentiel de la dynamique : l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, le spatial et l’énergie. Des domaines où la maîtrise technologique conditionne la compétitivité économique et l’autonomie stratégique. En 2025, 72 % des levées deeptech ont porté sur des technologies souveraines, contre 25 % seulement en 2019[3]. Un basculement qui rapproche la deeptech des politiques industrielles nationales et européennes.

Évolution des levées de fonds deeptech en France (2019-2025)
Année Montant levé (Md€) Nombre de start-up créées Part des technologies souveraines
2019 – 207 25 %
2023 4,1 – –
2024 2,8 385 –
2025 4,1 410 72 %

Source : Bpifrance

Les start-up intègrent les chaînes de valeur industrielles

Close-up of hands holding a green circuit board used for electronic projects.
Close-up of hands holding a green circuit board used for electronic projects. — Photo : ThisIsEngineering / Pexels

Le changement majeur tient à l’intégration des start-up dans le tissu productif. Longtemps perçues comme des entités isolées, elles s’insèrent désormais dans les chaînes de valeur de grands groupes industriels et technologiques. Dassault Aviation a pris des participations dans Harmattan AI. Renault a investi dans Wandercraft. D’autres acteurs comme ASML ou Bosch multiplient les collaborations : investissements stratégiques, co-développements, acquisitions ciblées[2]. Ces partenariats démontrent que les start-up sont désormais considérées comme des briques critiques d’innovation industrielle.

Sur le terrain, près de 2 000 sites industriels sont exploités par ces entreprises. 47 % des start-up deeptech actives sont d’ailleurs classées dans la catégorie des start-up industrielles. L’ÃŽle-de-France concentre la plus forte densité, mais l’Auvergne-Rhône-Alpes s’impose comme la première région hors capitale pour le nombre de start-up deeptech implantées. La Greentech rassemble 600 start-up, l’Industrie 1 000, et l’intelligence artificielle structure un vivier de plus de 1 100 sociétés.

Pourquoi la deeptech française doit passer à l'échelle européenne

Consolidation industrielle
Les start-up deeptech intègrent désormais les chaînes de valeur de grands groupes comme Dassault Aviation, Renault, ASML ou Bosch. Ce rapprochement transforme l'innovation en briques industrielles critiques.
Technologies souveraines
72 % des levées deeptech 2025 portent sur des technologies stratégiques (IA, semi-conducteurs, spatial, énergie), contre 25 % en 2019. Le contexte géopolitique recompose les priorités d'investissement.
Concentration des capitaux
Les investisseurs privilégient des projets plus robustes. Mistral AI capte à elle seule 1,7 milliard d'euros. Les paris technologiques lointains cèdent la place aux perspectives industrielles claires.
Écart avec les États-Unis
Les États-Unis ont levé 137 milliards d'euros en deeptech en 2025, contre 21,6 milliards pour l'Europe. L'écart se creuse malgré une progression européenne de 13 %.
Passage à l'échelle européenne
Bpifrance appelle à mobiliser 30 milliards d'euros d'ici 2030. Connecter les écosystèmes nationaux, attirer les capitaux privés et intensifier les liens start-up-grands groupes devient impératif.

Un écart qui se creuse avec les États-Unis

À l’échelle mondiale, la domination américaine reste écrasante. En 2025, les États-Unis ont capté 137 milliards d’euros de levées de fonds deeptech, portés par l’intelligence artificielle. L’Europe atteint 21,6 milliards, en hausse de 13 %, tandis que la Chine recule à 16,2 milliards, en baisse de 12 %[3]. L’écart se creuse. Face à cette réalité, Bpifrance appelle à mobiliser 30 milliards d’euros d’ici 2030 pour faire émerger des champions européens.

Paul-François Fournier insiste : « Le défi qui s’ouvre devant nous est à la mesure de ce qui a été construit : passer à l’échelle européenne. » Plusieurs leviers doivent être activés. D’abord, connecter davantage les écosystèmes nationaux, encore trop fragmentés. Ensuite, attirer des capitaux privés institutionnels, corporate venture ou private equity, pour compléter l’action publique. Enfin, intensifier les liens entre start-up et grands groupes, afin d’accélérer l’industrialisation des technologies de rupture.

Depuis 2019, Bpifrance a déployé 1,3 milliard d’euros de financements non dilutifs vers 1 000 start-up deeptech, à travers concours, appels à projets et aides spécifiques. La banque publique a investi 400 millions d’euros en direct, représentant 70 % de ses fonds en capital-risque, et mobilisé 474 millions en fonds de fonds[5]. Ces dispositifs ont accompagné plus de 350 start-up, de l’amorçage à la structuration de leur modèle de marché.

La European Deeptech Week marque une ambition : celle de faire de l’Europe un acteur capable de rivaliser avec les États-Unis et la Chine. La France dispose d’un écosystème solide, d’un vivier de talents et d’un ancrage industriel réel. Reste à franchir l’étape suivante : transformer ce potentiel en puissance économique à l’échelle continentale.

Deeptech française 2025 : les chiffres à retenir

  • Paris est le 3ᵉ hub deeptech mondial derrière la Bay Area et Boston
  • La France représente 20 % des levées de fonds deeptech en Europe
  • Mistral AI a capté 1,7 milliard d'euros, soit un quart des levées françaises 2025
  • 47 % des start-up deeptech sont des start-up industrielles exploitant 2 000 sites
  • Quatre filières concentrent la dynamique : IA, semi-conducteurs, spatial, énergie
  • Bpifrance a mobilisé 1,3 milliard d'euros de financements non dilutifs depuis 2019
Sophie Berlu
Sophie Berlu
Journaliste industrie, énergie & innovation Sophie suit l'industrie française, l'énergie et l'innovation. Nucléaire, ferroviaire, réindustrialisation, brevets : elle s'intéresse à ce qui se fabrique vraiment, dans les usines et sur les sites, loin des effets d'annonce.

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