Plus de 48 000 personnes sont rentrées au Maroc depuis l’enclave espagnole de Ceuta après un afflux massif fin juillet 2026. Témoignages de privations, violences et dizaines de morts.
Le flux n’a pas faibli vendredi 31 juillet au poste-frontière de Bab Sebta, entre Fnideq et l’enclave espagnole. Des milliers de personnes ont retraversé la frontière vers le Maroc après avoir tenté l’entrée dans l’enclave espagnole. Beaucoup d’hommes jeunes, quelques mineurs, des femmes aussi. Tous portent les mêmes marques d’épuisement.
Kaoutar décrit trois jours sans nourriture, des nuits passées dans la forêt. “On a trop souffert. Regarde mon état, je suis fatiguée.” Mohamed évoque autre chose : “On s’est retrouvés pourchassés par des bandes d’hommes cagoulés. On ne s’attendait pas à ce qu’on nous fasse ça.” Il montre son dos strié d’hématomes. Des témoignages recueillis par El Pais font état de magasins qui refusaient de servir les migrants, de jets de pierres.
Selon le ministère de l’Intérieur espagnol, plus de 37 500 personnes avaient déjà quitté Ceuta pour le Maroc vendredi en début d’après-midi. Le total dépasse désormais 48 000 départs. L’enclave compte 80 000 habitants en temps normal : le territoire a absorbé, en quelques heures, l’équivalent de la moitié de sa population.
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57 morts lors de la traversée à la nage
Le bilan humain s’est alourdi tout au long de la journée. Le président de Ceuta, Juan Jesus Vivas, avait d’abord annoncé 34 morts. Le décompte atteint désormais 57 victimes, selon les autorités espagnoles[2]. La plupart se sont noyées en tentant de rejoindre l’enclave à la nage depuis les côtes marocaines.
Environ 60 000 personnes sont entrées illégalement dans le territoire jeudi 30 et vendredi 31 juillet, après avoir forcé la ligne de démarcation. Il s’agit de l’arrivée de migrants la plus importante depuis la crise de mai 2021, quand 10 000 personnes avaient passé la frontière en deux jours. À Ceuta, l’armée a été déployée pour débloquer les routes. Le gouvernement espagnol a envoyé 60 soldats en renfort pour épauler la Garde civile.
À Fnideq, côté marocain, des centaines de familles attendent leurs proches. Khadija pleure. Elle n’a plus de nouvelles de son fils. “Il ne portait qu’un short et un t-shirt. Il n’avait rien sur lui, pas d’argent. Il m’a appelée jeudi pour me dire ‘maman je suis rentré à Ceuta’. Il m’a surprise, même choquée.”
| Date | Événement | Chiffre clé |
|---|---|---|
| 30 juillet (aube) | Début de l’afflux massif vers Ceuta | Rumeurs d’ouverture de la frontière |
| 30-31 juillet | Entrées illégales dans l’enclave | ~60 000 personnes |
| 31 juillet (15h30) | Départs de Ceuta vers le Maroc | 37 500 personnes |
| 31 juillet (soir) | Total des retours au Maroc | Plus de 48 000 |
| 31 juillet | Bilan des décès lors de la traversée | 57 morts |
Source : Le Monde, Franceinfo
Rumeurs d’ouverture, convergence vers le nord marocain

Côté marocain, un correspondant de l’AFP a constaté jeudi en début d’après-midi la présence de centaines de personnes, dont des mineurs, rassemblées à la frontière entre Fnideq et Ceuta. Elles ont afflué après la diffusion de rumeurs selon lesquelles la frontière ouvrirait à l’aube jeudi[3].
Le phénomène s’est étendu à tout le nord du pays. À Rabat, jeudi soir, une activité anormale régnait autour de la gare routière. Des véhicules de police, gyrophare allumé, filtraient les déplacements vers le nord. Dans le centre-ville, des jeunes erraient, exténués. Les mêmes scènes se sont répétées toute la journée autour des gares, où les contrôles ont été renforcés pour freiner la convergence vers Fnideq.
Beaucoup de ceux qui ont retraversé la frontière vers le Maroc ont passé la nuit dehors à Fnideq, dans l’herbe des ronds-points ou sur les trottoirs. Leur idée : retenter leur chance dès que possible. Juan Jesus Vivas a qualifié la situation d'”intenable”. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, s’est rendu sur place vendredi, accompagné du ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, pour rencontrer les forces de l’ordre et les responsables régionaux.
Afflux massif à Ceuta : enjeux humanitaires et diplomatiques
Ceuta, seule frontière terrestre de l’UE avec l’Afrique
Ceuta, avec Melilla, constitue la seule frontière terrestre de l’Union européenne avec le continent africain. Melilla a fermé sa frontière pendant la crise. L’enclave de Ceuta, territoire espagnol de 20 km² sur la côte nord du Maroc, cristallise depuis des années les tensions migratoires entre Rabat et Madrid.
La crise actuelle dépasse en ampleur celle de mai 2021, quand 10 000 personnes avaient franchi la frontière en deux jours. Elle s’accompagne d’un début de crise diplomatique entre les deux pays. La France a réagi en multipliant par cinq samedi les effectifs de policiers et gendarmes déployés à la frontière franco-espagnole[4].
Le président de Ceuta a sollicité des renforts supplémentaires. L’armée espagnole a pour mission de “renforcer la Garde civile dans l’exercice de ses compétences et celles qui pourraient s’avérer nécessaires pour maintenir la sécurité dans la ville de Ceuta”, selon le ministère de l’Intérieur. Le territoire fait face à une urgence humanitaire : des centaines de personnes dorment encore dans les rues, sans ressources.
Ceuta juillet 2026 : les chiffres de la crise migratoire
- Plus de 48 000 migrants rentrés au Maroc depuis Ceuta le 31 juillet 2026
- 57 morts lors de la traversée à la nage depuis le Maroc
- Environ 60 000 entrées illégales dans l'enclave en deux jours
- Plus importante arrivée depuis la crise de mai 2021 (10 000 personnes)
- Témoignages de trois jours sans nourriture, violences, jets de pierres
- Déploiement de l'armée espagnole et de 60 soldats en renfort
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

