Cinq cent trente vies. C’est le nombre de décès prématurés que l’Alsace pourrait éviter chaque année si l’air respiré ici respectait les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé. Le chiffre figure dans l’observatoire 2025 de l’exposition de la population à la pollution atmosphérique, publié le 10 juillet par Atmo Grand Est, l’institut chargé de surveiller la qualité de l’air dans la région. Le constat est connu, mais la précision frappe : l’Alsace paie le prix le plus lourd du Grand Est en matière de pollution.
Les chiffres d’Atmo Grand Est, issus du projet transfrontalier Atmo-Rhena Plus dont les conclusions ont été rendues en juin 2026, confirment ce que les habitants du Bas-Rhin et du Haut-Rhin respirent tous les jours. L’air est conforme aux normes en vigueur, certes. Mais rapporté aux seuils de l’OMS, 100 % de la population du Grand Est respire un air trop chargé en particules fines PM2,5. Et 65 % des habitants sont exposés à des niveaux trop élevés de dioxyde d’azote.
L’Alsace n’est pas logée à la même enseigne que la Champagne-Ardenne ou la Lorraine. Pour tous les polluants surveillés, dioxyde d’azote, ozone, particules PM10 et particules fines, le territoire alsacien arrive en tête de l’exposition régionale. La topographie explique une grande partie de ce décrochage. Enclavée entre les Vosges à l’ouest et la Forêt-Noire à l’est, la plaine rhénane accumule les polluants émis par les voitures, les camions, les industries et le chauffage résidentiel. L’effet de cuvette transforme les atouts du territoire en piège : le climat alsacien, plus chaud et ensoleillé en été, favorise en plus la formation d’ozone.
Le couloir Strasbourg-Mulhouse en première ligne
Les populations les plus touchées par le dioxyde d’azote habitent en périphérie du couloir rhénan, entre Strasbourg et Mulhouse, et dans les grosses agglomérations. Ce polluant, émis principalement par le trafic routier et les activités industrielles, attaque les voies respiratoires à court terme et augmente à long terme les risques de maladies respiratoires, cardiovasculaires et de décès prématurés.
Combiné aux particules fines, le dioxyde d’azote aurait provoqué entre 60 et 500 nouveaux cas de maladies respiratoires (asthme, infections) et entre 110 et 1 580 nouveaux cas de maladies cardiovasculaires et métaboliques rien qu’en 2023 en Alsace[2]. Des chiffres qui dessinent un coût humain mais aussi financier. Si ces nouveaux cas étaient évités en respectant les valeurs de l’OMS, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin économiseraient 211 millions d’euros chaque année.
Une amélioration lente, des objectifs encore loin
La qualité de l’air s’améliore d’année en année dans le Grand Est, reconnaît Atmo Grand Est. Les concentrations de certains polluants historiques, comme le dioxyde d’azote, diminuent progressivement grâce aux efforts engagés sur les transports et l’industrie. Mais l’amélioration reste lente, et l’écart avec les recommandations de l’OMS demeure béant. L’ozone, lui, ne baisse pas : il augmente même sur le long terme, sous l’effet du changement climatique et des vagues de chaleur[4].
À l’échelle régionale, 3 900 décès prématurés pourraient être évités chaque année dans le Grand Est si les concentrations de particules fines PM2,5 respectaient les seuils de l’OMS. Sur ce total, l’Alsace en représente plus de 530, soit une part disproportionnée rapportée à son poids démographique[5].
Les leviers existent : réduction du trafic routier, promotion des transports en commun et de la mobilité douce, covoiturage, régulation des activités industrielles émettrices. Mais l’urgence sanitaire se heurte à des arbitrages économiques et politiques. Les 530 vies potentiellement sauvées chaque année en Alsace ne sont pas qu’un chiffre : ce sont des habitants de Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Haguenau, des villages du Sundgau et de la plaine. Des gens qui respirent, travaillent, élèvent leurs enfants ici. Et qui ont le droit de le faire sans risquer leur santé.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

