Vendredi en fin d’après-midi, 66 sapeurs-pompiers de la région ont quitté les Hauts-de-France direction le sud-ouest. Pas pour combattre directement les flammes qui ravagent la Gironde et les Landes, mais pour prendre le relais sur les interventions quotidiennes et laisser leurs collègues du sud se concentrer sur les feux de forêt. Un convoi de minibus, des hommes volontaires, une mission d’une semaine à dix jours. Le renfort qu’on ne voit pas dans les images de Canadair, mais sans lequel tout s’effondre.
Les départs se sont organisés depuis quatre départements : 22 hommes du Nord, 22 de l’Oise, 12 de l’Aisne et 10 du Pas-de-Calais. Ces pompiers vont assurer ce qu’on appelle les “opérations classiques” : secours d’urgence aux personnes, incendies urbains, accidents de la route. Tout ce qui ne s’arrête pas parce que la forêt brûle. “Ce sont des troupes à pied, explique un responsable du Sdis du Nord. Ils vont suppléer les collègues du sud-ouest pour que ceux-ci puissent rester mobilisés sur les feux.”
Si la situation reste critique, d’autres équipes des Hauts-de-France pourraient prendre le relais dans une semaine. Le mécanisme de solidarité nationale est rodé, mais rarement autant sollicité.
1 200 hectares brûlés à Biscarrosse, 5 000 personnes évacuées
Ce jeudi 23 juillet, un nouveau front s’est ouvert dans les Landes. Un fourgon a pris feu en début d’après-midi sur la route départementale 652, à la sortie nord de Biscarrosse, direction Sanguinet. Les flammes se sont propagées à la forêt environnante. En quelques heures, l’incendie a parcouru 1 200 hectares[2]. Deux quartiers de Biscarrosse, Pinsolet et Bosque, ont été évacués. Au total, 5 000 personnes ont dû quitter leur domicile. 250 sapeurs-pompiers étaient mobilisés en soirée, soutenus par des moyens aériens.
À une cinquantaine de kilomètres au nord, en Gironde, la situation reste tout aussi tendue. L’incendie qui frappe le secteur de Lège-Cap-Ferret a déjà détruit 4 800 hectares et contraint 20 000 personnes à évacuer[2]. Des maisons sont directement menacées. “On n’est pas sereins du tout, témoigne un habitant de 46 ans. Tout à l’heure, on n’était pas loin de partir. Il y avait une colonne de feu extrêmement menaçante, à quelques centaines de mètres.” Les 800 pompiers engagés tentent de protéger les habitations et d’empêcher le feu de progresser vers le Cap Ferret.
Le Nord déploie ses moyens lourds
Les renforts humains partis vendredi ne sont pas les premiers. Le 15 juillet, un “camion-citerne feux de forêt super” a pris la route depuis Cambrai direction les Pyrénées-Orientales. Capacité : 10 000 litres d’eau. Un engin rare, stratégique, qui ravitaille les lignes de front. Le Sdis du Nord en possède quatre. Ce week-end, ce même véhicule a été redirigé vers le Var, touché lui aussi par les incendies. Huit pompiers nordistes ont pris le relais de l’équipage[4].
Le 12 juillet, sept pompiers du Nord avaient déjà été envoyés dans le sud pour relever les dix-huit sapeurs partis une semaine plus tôt. Début juillet, 35 pompiers de toute la Picardie avaient pris la route vers le sud-est, vers les Pyrénées-Orientales où un feu avait parcouru plus de 4 600 hectares, entraînant l’évacuation de 10 000 personnes[5].
Dimanche dernier, six pompiers de la Somme sont partis en renfort sur l’incendie de la forêt de Fontainebleau, en Seine-et-Marne. Les départs se multiplient, les rotations s’enchaînent. Dans l’Oise, les pompiers ont dû intervenir jeudi 16 juillet sur six feux de champs locaux, mobilisant 20 engins[5]. La sécheresse frappe aussi le nord.
Une sécheresse inhabituelle, des feux en cascade
Cette vague d’incendies, favorisée par une sécheresse inhabituelle et des températures au-dessus de 30 degrés, rappelle l’été 2022 qui avait déjà frappé durement la forêt des Landes de Gascogne. Quatre ans plus tard, le scénario se répète, avec une violence et une rapidité qui mettent les dispositifs sous tension. Les vents soutenus compliquent la lutte. Les largages aériens se succèdent, mais chaque nouveau départ de feu oblige à redéployer les moyens.
Pour les pompiers des Hauts-de-France, ces missions de solidarité sont devenues une routine estivale. Mais elles portent un autre sens : celui d’une France qui tient debout parce que ses territoires se soutiennent. Un camion de Cambrai qui roule vers le Var, des hommes de Lille qui prennent la route vers Biscarrosse, ce sont des gestes concrets. Pas de grande déclaration, juste un convoi qui part un vendredi soir.
Sources
3 sources · 5 faits vérifiés

