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74 % des jeunes passent deux heures par jour sur un écran : la Calédonie va devoir appliquer l’interdiction des réseaux sociaux

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Trois jeunes Calédoniens sur quatre passent au moins deux heures par jour devant un écran pendant leur temps libre. Ce chiffre, issu du Baromètre santé jeune présenté en mars par le gouvernement et l’Agence sanitaire et sociale, donne la mesure du défi qui attend le prochain exécutif. Car mardi 21 juillet, députés et sénateurs ont définitivement adopté l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Et la Calédonie a déjà fait savoir qu’elle était favorable à appliquer la mesure. Mais entre le principe et la mise en Å“uvre, il reste un monde à bâtir.

La loi nationale prévoit l’entrée en vigueur dès le 1er septembre 2026 pour les nouveaux comptes. Ensuite, les plateformes disposeront de quatre mois pour identifier et fermer les comptes détenus par des enfants de moins de 15 ans. Elles devront pour cela utiliser un dispositif de vérification de l’âge, dont les modalités précises restent floues. En Calédonie, le gouvernement précédent avait déjà indiqué être favorable à l’application locale de cette interdiction. « Nous, on serait favorables pour le faire, avec certainement des adaptations », avait déclaré Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement en charge de l’éducation, en avril dernier. Mais l’exécutif étant en cours de renouvellement, le dossier revient désormais au prochain gouvernement, dont l’élection doit intervenir d’ici le 31 juillet.

Il faudra déterminer si le texte national s’applique directement, si certaines dispositions doivent être adaptées et quels services accompagneront sa mise en Å“uvre. Une question institutionnelle, bien sûr, mais aussi éducative et sanitaire. Car les écrans occupent déjà une place considérable dans le quotidien des jeunes.

3h15 par jour devant un écran chez les collégiens

Les résultats du Baromètre santé jeune de mars 2026 soulignent une place importante des réseaux sociaux dans les habitudes des adolescents calédoniens[1], avec des usages considérés comme « à risque ou problématiques » pour une partie d’entre eux. Ces données confirment un phénomène déjà observé en 2020 par des chercheurs de l’Université de la Nouvelle-Calédonie. Une étude menée auprès d’environ 1 200 collégiens âgés de 11 à 15 ans avait évalué leur temps d’écran moyen à 3 heures et 15 minutes par jour.

« Même si le temps d’écran est relativement élevé, 3h15 par jour en moyenne, cela ne semble pas accentuer le risque de surpoids d’après nos premiers résultats », indiquaient alors les chercheurs. Ils mettaient toutefois en évidence plusieurs comportements de santé préoccupants, notamment le manque de sommeil et une activité physique insuffisante. La question ne se limite donc pas au nombre d’heures passées devant un téléphone. Les écrans peuvent prendre la place du sommeil, de l’activité physique, des échanges familiaux ou du travail scolaire, en particulier lorsqu’ils sont utilisés tard le soir ou dans la chambre.

Des parcours numériques déjà en place dans les collèges

Dans les établissements scolaires, des mesures ont déjà été engagées. Dès la sixième, des parcours appelés « Pix » doivent apprendre aux élèves à utiliser les outils numériques de façon plus sécurisée[2]. La prévention du cyberharcèlement, la protection des données personnelles, l’éducation aux médias et le développement de l’esprit critique figurent aussi parmi les priorités affichées pour 2026.

L’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans pourrait donc s’inscrire dans un mouvement déjà amorcé en Nouvelle-Calédonie. Reste à savoir comment elle sera appliquée concrètement. Le téléphone portable n’est pas seulement un outil de loisir. Il joue souvent un rôle central dans l’organisation familiale, la communication et parfois même dans le suivi scolaire, dans un contexte où l’accès aux équipements numériques reste inégal et particulièrement coûteux[4]. Appliquer une interdiction uniforme, sans tenir compte des spécificités locales, pose la question de son efficacité. D’autant que, comme ailleurs, les jeunes Calédoniens sauront contourner les règles. Le risque est alors de déplacer les usages vers des pratiques moins visibles, sans accompagnement ni encadrement, plutôt que de les réduire réellement.

Le débat n’est d’ailleurs pas totalement nouveau. Lors des émeutes de mai 2024, l’État avait décidé de bloquer temporairement l’accès à TikTok en Nouvelle-Calédonie, estimant que la plateforme contribuait à la diffusion de contenus violents et à l’amplification des tensions. Une mesure exceptionnelle, prise dans un contexte de crise, qui avait déjà relancé le débat sur le rôle des réseaux sociaux et sur la capacité des pouvoirs publics à en restreindre l’usage. Aujourd’hui, le défi est d’une autre nature. Il s’agit de construire une politique durable, applicable et adaptée au terrain calédonien. Le futur gouvernement aura la responsabilité de poser les premiers jalons.

Sophie Marigaux
Sophie Marigaux
Sophie Marigaux, rédactrice régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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