Les chiffres donnent le tournis. 960 millions d’euros de richesse produite en 2023 sur un territoire de 21 kilomètres carrés. 10 660 habitants recensés. Le calcul est simple : 90 103 euros de produit intérieur brut par personne. Exactement le double de la moyenne nationale. Saint-Barthélemy, ce petit bout de France posé dans les Caraïbes, affiche l’un des PIB par habitant les plus élevés de la planète.
L’Institut d’émission des départements d’Outre-mer et le CEROM ont publié ces données début juillet 2026. Elles confirment ce que tout le monde ressent ici : l’île vit à un rythme économique qui n’a strictement rien à voir avec le reste de l’Outre-mer. En Guadeloupe, le PIB par habitant atteint 27 400 euros la même année. Saint-Barth fait trois fois mieux. Sur le plan international, l’île rejoint le cercle fermé des territoires qui affichent les niveaux de richesse par tête les plus forts du monde.
Une performance qui place la collectivité largement en tête des économies ultramarines françaises. Mais cette richesse ne tombe pas du ciel. Elle repose sur une économie presqu’exclusivement marchande, tournée vers le tourisme haut de gamme.
Le tourisme de luxe pèse un cinquième de la richesse locale
Le secteur touristique représente à lui seul 19,7 % du PIB local[1]. Une clientèle fortunée qui ne se contente pas de passer quelques nuits à l’hôtel. Elle achète, elle loue, elle fait construire. Et cela irrigue tout le reste : l’immobilier haut de gamme, la construction, les services à la personne.
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Le secteur du bâtiment pèse 13,8 % du PIB, porté par une demande soutenue pour des villas de luxe, destinées à la location saisonnière ou à la vente. L’immobilier joue un rôle moteur dans l’ensemble de l’économie privée. Les ménages, essentiellement via les loyers immobiliers, représentent 18 % du PIB. Les importations de produits de luxe atteignent près de 75 millions d’euros en 2023 : horlogerie, joaillerie, prêt-à -porter. Un indicateur qui témoigne du pouvoir d’achat des visiteurs et de la capacité de l’île à capter une partie du marché caribéen du luxe.
La structure économique de Saint-Barth ne ressemble à aucune autre dans l’Outre-mer. Les entreprises créent les deux tiers de la valeur ajoutée totale. Une économie marchande, sans guère de secteur public pour amortir les chocs.
Un PIB surévalué par l’absence des saisonniers dans le décompte
L’IEDOM rappelle toutefois les limites de cet indicateur. Le PIB par habitant est mécaniquement surévalué dans la mesure où les travailleurs saisonniers, qui contribuent de manière significative à la création de richesse de l’île, ne sont pas inclus dans la population retenue[1]. Le critère de résidence d’au moins six mois dans la commune exclut une partie des actifs présents temporairement sur le territoire.
Ces femmes et ces hommes qui font tourner les hôtels, les restaurants, les chantiers, viennent souvent de Guadeloupe ou de Martinique, travaillent quelques mois, puis repartent. Ils produisent de la richesse, mais ne figurent pas dans le décompte des habitants. Le PIB par habitant en ressort gonflé.
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Le taux de chômage reste extrêmement faible : 1,9 % en 2021, dernière année disponible. Un niveau qui reflète une économie dynamique, mais aussi une population active réduite et un marché du travail tendu, alimenté par ces flux de main-d’Å“uvre saisonnière.
Un milliard d’euros de crédits bancaires franchis fin 2024
Malgré les fluctuations du marché immobilier et de l’activité économique dans certains secteurs, la collectivité maintient une trajectoire budgétaire tournée vers la modernisation de ses infrastructures. L’activité bancaire est dynamique : fin 2024, l’encours de crédits accordés à la clientèle de Saint-Barthélemy a franchi pour la première fois le seuil symbolique du milliard d’euros, atteignant 1 082,1 millions d’euros[1].
Un indicateur économique ne fait pas une société. Il ne dit rien des inégalités locales, du coût de la vie ou des conditions de travail des salariés qui font tourner cette machine à luxe. Mais il dit une chose : en termes de richesse produite, Saint-Barthélemy fait partie d’un club très fermé.
Sources
1 source · 3 faits vérifiés

