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À Singapour, robots piégeurs, élevages de mâles stériles et 5 millions de moustiques lâchés par semaine contre la dengue

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Singapour combine robots piégeurs, production industrielle de moustiques infectés et inspections systématiques pour éradiquer les vecteurs de dengue dans la cité-État tropicale.

Un robot blanc et carré patrouille au pied d’un immeuble résidentiel de Singapour. Il diffuse de la lumière et des phéromones qui imitent l’odeur de la sueur humaine. Les moustiques approchent, se posent sur un film de glu et restent collés. L’appareil en piège 150 par jour dans un rayon de 800 mètres. Une dizaine d’unités circulent dans la cité-État, dernier outil d’un arsenal qui ne cesse de s’étoffer pour tenir à distance Aedes aegypti, le vecteur de la dengue, du chikungunya et du Zika.

Mohan Rajesh Elora, ingénieur et professeur à l’université de technologie et de design de Singapour, a conçu ce robot. Il souligne l’avantage environnemental par rapport à l’épandage chimique : pas de produit diffusé dans l’air, pas de contamination du sol ni de l’eau. Le piège fonctionne en continu, jour et nuit, et ne nécessite qu’un vidage hebdomadaire des plaques de glu.

En chiffres
90 %
Baisse de la densité de moustiques dans les zones traitées
Grâce aux lâchers de mâles Wolbachia
5 millions
Moustiques mâles produits chaque semaine
Dans un laboratoire financé par l'État
150
Moustiques piégés par jour et par robot
Rayon d'action de 800 mètres
14,6 M
Cas de dengue déclarés dans le monde en 2024
Contre 500 000 au tournant du siècle

Mâles stériles lâchés par millions

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Attraper les moustiques ne suffit pas. Singapour veut bloquer la reproduction. Depuis dix ans, l’Agence Nationale de l’Environnement libère chaque semaine des moustiques mâles infectés par la bactérie Wolbachia[1]. Ces mâles ne piquent pas (seules les femelles se nourrissent de sang) mais ils s’accouplent avec des femelles sauvages. Les œufs issus de ces unions n’éclosent jamais.

Lee Peu Shan, chercheuse à l’agence, explique le mécanisme : la Wolbachia existe à l’état naturel chez d’autres insectes. Quand un mâle porteur rencontre une femelle non infectée, l’accouplement se déroule normalement, mais les embryons ne se développent pas. Dans les quartiers où la technique a été déployée, le nombre de moustiques a chuté de près de 90 %.

Pour maintenir cette pression, il faut produire sans interruption. Un laboratoire financé par l’État fabrique 5 millions de moustiques chaque semaine. Quarante cages remplies d’adultes infectés s’accouplent. Les larves sont déposées sur des plateaux, nourries, triées par sexe. Seuls les mâles sont relâchés.

Production industrielle et optimisation permanente

Close-up view of a complex industrial conveyor system inside a manufacturing facility.
Close-up view of a complex industrial conveyor system inside a manufacturing facility. Photo : Michael Li / Pexels

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Ng Lee Ching, professeure et directrice à l’Agence Nationale de l’Environnement, assume le terme d’industrialisation. « Nous avons besoin de la science, de sa rigueur, de la production, de l’optimisation et de toute l’innovation pour nous aider à combattre ces moustiques, qui sont vraiment très malins et très performants », dit-elle. La chaîne de production fonctionne comme une usine : infection, accouplement, ponte, tri, conditionnement, lâcher.

L’échelle est sans précédent. Aucun autre pays ne produit autant de moustiques stériles par habitant. Singapour compte 6 millions d’habitants sur 730 km². La densité urbaine, le climat équatorial et les précipitations constantes créent un terrain idéal pour Aedes aegypti. Chaque point d’eau stagnant (gouttière, soucoupe de pot de fleur, coupelle abandonnée) peut devenir un foyer de reproduction.

Pourquoi Singapour mise tout sur le biocontrôle vectoriel

Expansion mondiale rapide
La dengue a enregistré 14,6 millions de cas déclarés en 2024, portée par le changement climatique, l'urbanisation et la mobilité des populations. L'OMS suit de près la progression sur tous les continents.
Validation scientifique robuste
Un essai randomisé publié dans le NEJM en février 2026 a confirmé la réduction de la densité vectorielle et du risque d'infection grâce aux lâchers de mâles Wolbachia en conditions réelles.
Production industrielle soutenue
Singapour produit 5 millions de moustiques mâles par semaine dans un laboratoire d'État. La chaîne fonctionne comme une usine : infection, tri, conditionnement, lâcher sans interruption.
Pression réglementaire constante
Des inspections à domicile traquent les gîtes larvaires. Toute infraction, eau stagnante, contenants non retournés, expose à une amende. Le biocontrôle s'appuie sur la participation citoyenne.

Contexte mondial : la dengue en expansion rapide

La dengue progresse partout. L’OMS a enregistré 14,6 millions de cas déclarés en 2024, contre 500 000 au tournant du siècle. Plus de 100 pays sont touchés, et entre 100 et 400 millions d’infections sont estimées chaque année. Le changement climatique, l’urbanisation galopante et la mobilité des populations accélèrent la diffusion[3].

En France métropolitaine, le moustique tigre couvre désormais 97 % de la population de Provence-Alpes-Côte d’Azur. La saison de surveillance a ouvert le 1er mai 2026. L’an dernier, la région a connu un nombre inédit de cas autochtones de chikungunya et de dengue[4]. Le Pasteur Network organise chaque 15 juin une Journée Mondiale de la Dengue, relayée par l’OMS dans plus de 100 pays.

Réduction de la densité vectorielle après lâchers de moustiques Wolbachia à Singapour
Indicateur Résultat
Baisse du nombre de moustiques Près de 90 %
Production hebdomadaire 5 millions de mâles
Nombre de cages d’élevage 40
Captures quotidiennes par robot 150 moustiques
Rayon d’action d’un robot 800 mètres

Source : Franceinfo

Inspections à domicile et sanctions

Real estate agent holding property documents on a clipboard in an office setting.
Real estate agent holding property documents on a clipboard in an office setting. Photo : RDNE Stock project / Pexels

Singapour complète le dispositif par des contrôles à domicile. Des agents inspectent les habitations pour traquer les gîtes larvaires. Ils ouvrent les soucoupes, retournent les seaux, vérifient les gouttières. Toute infraction (eau stagnante non vidée, contenants non retournés) expose à une amende.

L’approche combine biocontrôle, technologie autonome et pression réglementaire. Les trois volets fonctionnent ensemble : les robots éliminent les adultes, les mâles stériles bloquent la reproduction, les inspections suppriment les habitats. Le système repose sur une logistique lourde et un financement public constant, mais les résultats se mesurent en chiffres : baisse de 90 % de la densité vectorielle dans les zones traitées, stabilisation des cas de dengue malgré un climat favorable.

Validation scientifique dans le NEJM

En février 2026, un essai randomisé en grappes publié dans le New England Journal of Medicine a confirmé l’efficacité des lâchers de mâles Wolbachia. L’étude, menée sur 15 zones géographiques de Singapour, a montré une réduction à la fois de la densité vectorielle et de la probabilité d’infection par le virus de la dengue[2]. L’essai s’est déroulé en conditions réelles, pas en laboratoire, et valide la méthode comme stratégie de contrôle vectoriel opérationnelle.

L’OMS suit de près ces résultats. Dans un contexte où la charge de morbidité augmente et où l’expansion géographique de la dengue touche des régions jusqu’ici épargnées, l’apport d’essais randomisés en conditions réelles constitue une avancée méthodologique autant qu’opérationnelle. Singapour devient un cas d’étude pour d’autres pays confrontés à Aedes aegypti.

La stratégie singapourienne repose sur trois piliers techniques : production de masse, déploiement continu, suppression des habitats. Elle exige des moyens financiers, une logistique rodée et une acceptation publique. Les habitants interrogés reconnaissent l’utilité des robots. « Je pense que les moustiques sont partout. Donc ces robots, c’est une bonne chose. Chez moi, j’utilise une raquette électrique », confie une riveraine. La mobilisation générale fonctionne parce qu’elle associe innovation technologique et participation citoyenne. Les moustiques restent malins, mais Singapour ne relâche pas la pression.

Singapour contre la dengue : la stratégie en chiffres

  • Une dizaine de robots piégeurs patrouillent à Singapour, capturant chacun 150 moustiques par jour dans un rayon de 800 mètres.
  • Un laboratoire d'État produit 5 millions de moustiques mâles infectés à la Wolbachia chaque semaine, lâchés pour bloquer la reproduction.
  • Les quartiers traités ont vu leur densité vectorielle chuter de près de 90 %, selon les données de l'Agence Nationale de l'Environnement.
  • Un essai randomisé publié en février 2026 dans le NEJM a validé l'efficacité des lâchers de mâles sur 15 zones géographiques.
  • La dengue a progressé de 500 000 cas déclarés au tournant du siècle à 14,6 millions en 2024, touchant plus de 100 pays.
Antoine Rives
Antoine Rives
Antoine couvre l'économie et la vie des entreprises. Résultats, investissements, emploi, Choose France : il remet les chiffres en perspective et distingue la communication du fait économique. Du CAC 40 à la PME, il cherche l'info derrière le communiqué.

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