Il fut un temps où Alpine, c’était une seule voiture, une berlinette de 65 000 euros et un club de passionnés qui se comptaient sur les doigts d’une main dans le paysage automobile. Ce temps est révolu. La marque de Dieppe vient de boucler un premier semestre 2026 avec 8 538 véhicules écoulés dans le monde, soit une progression de 69 % sur un an. Pour une maison qui pesait encore une bouchée de pain il y a trois ans, c’est du sérieux.
Sous la houlette de Philippe Krief, Alpine ne joue plus la carte du modèle unique et confidentiel. Trois voitures composent désormais l’offre commerciale, et c’est la plus petite qui tire tout le reste. L’A290, la citadine sportive électrique, a trouvé 5 890 acquéreurs sur le semestre, à elle seule près de la moitié des ventes totales. Une hot hatch de 180 chevaux, agile, punchy, taillée pour la ville et la route sinueuse. Le pari du plaisir électrique dans un format compact fonctionne, et il fait mentir tous ceux qui juraient qu’une sportive branchée ne susciterait jamais l’émotion.
Le reste de la gamme française tient la route. L’A110, la fidèle berlinette, démarre à 65 000 euros et reste l’ADN de la maison. La nouvelle A390 s’affiche à partir de 67 500 euros, avec une déclinaison GTS à 78 000 euros : 470 chevaux électriques, une autonomie annoncée entre 503 et 541 kilomètres. Un fastback qui prouve qu’Alpine sait faire autre chose que du deux places nerveux.
238 points de vente et un carton au Royaume-Uni
Le réseau a explosé en un an, de 169 à 238 points de vente. Cette densification n’est pas décorative : elle accompagne une demande qui décolle à l’international. Au Royaume-Uni, les ventes ont été multipliées par six pour atteindre 1 902 unités. Voilà un marché exigeant, amateur de belles mécaniques, qui adopte une marque française sans complexe. Rien que pour ça, on peut lever le chapeau.
La marque commercialise l’A110, l’A290 et l’A390 sur 25 marchés, via un réseau d’Alpine Stores et un centre expérientiel installé au Mans[1]. La stratégie produit s’appuie désormais sur l’Alpine Performance Platform, l’APP, qui servira de base à plusieurs futurs modèles, à commencer par la prochaine génération d’A110. L’objectif affiché : dépasser les performances de l’actuelle berlinette thermique, tout en gagnant en efficience énergétique. Des coupés, des cabriolets et des 2+2 sont dans les cartons. Autrement dit, Alpine veut passer du statut de niche à celui de vraie gamme sportive.
Le grand pari américain de Dieppe
C’est là que ça devient franchement ambitieux. Alpine prépare son débarquement aux États-Unis, un marché où Renault s’était cassé les dents dans les années 80. Cette fois, la méthode change : deux SUV électriques, pensés dès la planche à dessin pour les normes américaines, échappement, pare-chocs, éclairage compris[4]. Et surtout, ces deux modèles devraient sortir de l’usine mère de Dieppe. Une marque française qui exporte de la sportive électrique produite en Normandie vers l’Amérique, on signe tout de suite.
Pour percer outre-Atlantique, Alpine mise aussi sur sa vitrine sportive. La marque a décidé de concentrer ses moyens sur la Formule 1 et de tirer un trait sur le Championnat du Monde d’Endurance FIA à l’issue de la saison 2026[2]. Un choix assumé : la F1 est la catégorie reine, celle qui fait connaître un nom à l’échelle planétaire. Le site de Viry-Châtillon, historiquement dédié aux moteurs, poursuit sa transformation vers l’expertise et l’innovation.
Reste que quitter l’endurance a un goût amer pour les puristes. Le Mans, c’est l’histoire d’Alpine, sa légende, son terrain de gloire. La marque reste engagée sur la saison 2026 avant de refermer ce chapitre, mais on aurait aimé la voir continuer à batailler dans les deux disciplines. Concentrer les efforts, oui ; sacrifier un pan de l’ADN maison, c’est le genre d’arbitrage qui laisse un pincement.
Une trajectoire qui tient debout
Philippe Krief ne cache pas son optimisme, et pour une fois le discours colle aux chiffres. Une croissance à trois chiffres sur certains marchés, une gamme qui s’étoffe, une plateforme maison, une production ancrée à Dieppe et une offensive américaine préparée avec méthode. Alpine ne se contente pas de suivre le mouvement électrique, elle le transforme en argument sportif. Pour une marque qu’on donnait pour marginale, c’est une revanche qui se construit usine, réseau et circuit à la fois.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés


