La France prépare un missile nucléaire de nouvelle génération capable de voler à plus de 6 100 km/h. Porté par le Rafale F5, l’ASN4G sera hypersonique et succèdera à l’ASMPA-R.
Le chiffre est net : Mach 5, soit plus de 6 100 km/h. C’est la vitesse minimale que devra atteindre l’ASN4G, le futur missile nucléaire air-sol de la France. Un seuil qui place l’arme dans la catégorie hypersonique, là où les systèmes de défense anti-aérienne conventionnels peinent à réagir à temps.
Ce missile est conçu pour être emporté par le Rafale F5, le prochain standard de l’avion de combat de Dassault Aviation. Selon le ministère des Armées, ce standard doit permettre au Rafale d’«affronter des défenses aériennes toujours plus performantes et de maîtriser des environnements de plus en plus contestés». L’enjeu est direct pour la dissuasion nucléaire française, dont la composante aéroportée repose intégralement sur le Rafale.
L’ASN4G, successeur de l’ASMPA-R pour les décennies 2030 et 2040
L’ASN4G succèdera à l’ASMPA-R, missile de croisière supersonique actuellement en service sur les Rafale de l’Armée de l’Air et de l’Espace ainsi que de l’Aéronautique navale. La différence de régime est considérable : l’ASMPA-R vole déjà à des vitesses élevées, mais reste subsonique à supersonique selon les phases de vol, loin du seuil Mach 5 visé par son successeur.
Le lancement en réalisation de l’ASN4G a été acté en 2025 [2]. Les informations disponibles confirment qu’il s’agira d’un missile de croisière air-sol à propulsion hypersonique, tiré depuis le Rafale F5. Certaines sources évoquent une vitesse pouvant atteindre jusqu’à 6 174 km/h, soit légèrement au-delà du seuil Mach 5 généralement retenu comme référence pour qualifier un vecteur d’hypersonique.
Sébastien Lecornu a précisé que le Rafale F5 permettrait à l’avion de «faire face aux menaces des décennies 2030 et 2040» [1]. Ce cadrage temporel n’est pas anodin : il signifie que l’ASN4G et le Rafale F5 sont pensés ensemble pour un horizon de menaces où les boucliers anti-aériens adverses seront incomparablement plus performants qu’aujourd’hui.
| Caractéristique | ASMPA-R (actuel) | ASN4G (futur) |
|---|---|---|
| Régime de vitesse | Supersonique | Hypersonique (Mach 5+) |
| Vitesse indicative | En dessous de Mach 5 | Plus de 6 100 km/h |
| Vecteur porteur | Rafale (standards actuels) | Rafale F5 |
| Lancement en réalisation | Déjà en service | 2025 |
| Horizon opérationnel | En cours | Décennies 2030-2040 |
Source : Air & Cosmos / La Tribune
La course hypersonique et la souveraineté nucléaire française
La vitesse n’est pas un critère esthétique. À Mach 5 et au-delà , un missile réduit drastiquement le temps de réaction adverse : quelques dizaines de minutes entre le tir et l’impact, selon les trajectoires envisagées [3]. Les systèmes de défense sol-air actuels, conçus pour intercepter des vecteurs supersoniques ou subsoniques, se retrouvent structurellement dépassés face à de tels régimes.
La Russie et la Chine ont toutes deux investi massivement dans l’hypersonique. Pékin a communiqué sur un prototype atteignant Mach 6, Moscou a mis en scène des lancements supervisés par Vladimir Poutine. Dans ce contexte, le maintien d’une composante aéroportée crédible impose à Paris de franchir le même seuil technologique.
C’est là que l’articulation entre le Rafale F5 et l’ASN4G prend tout son sens stratégique. Le Rafale dans ses standards actuels vole à Mach 2, soit environ 2 500 km/h [4]. Il emporte aujourd’hui les missiles air-air MICA IR, MICA EM et Meteor, ce dernier entré en service en janvier 2021 avec une portée supérieure à 200 kilomètres. Pour la composante nucléaire, la transition vers l’ASN4G représente un bond qualitatif sans équivalent depuis l’introduction de l’ASMP dans les années 1980.
La France s’est dotée d’une tradition dans ce domaine : c’est parce qu’elle a maintenu une force de dissuasion nucléaire continue qu’elle conserve la base industrielle et technologique nécessaire pour développer des vecteurs hypersoniques, selon le général Laurent cité par Sud Ouest [3]. L’ASN4G s’inscrit dans cette logique de continuité capacitaire.
Pourquoi l'ASN4G redéfinit la dissuasion aéroportée française
Rafale F5 et drones : une architecture de combat repensée
Le Rafale F5 ne se résume pas à son missile nucléaire. Ce standard est également pensé pour opérer en coopération avec des drones de combat, ce qui implique des évolutions profondes de l’avionique et des systèmes de communication. L’avion doit pouvoir gérer des essaims, déléguer des engagements, opérer dans des environnements électromagnétiques dégradés.
Les performances exactes du F5 restent largement classifiées. Ce qui est confirmé : il s’agit d’un programme de modernisation profonde, pas d’une simple mise à jour logicielle. Et l’ASN4G en est la pièce maîtresse pour ce qui concerne la dissuasion.
Sur le plan industriel, Dassault Aviation reste l’architecte de l’ensemble du système. Thales fournit le radar et l’avionique, Safran les équipements propulsifs et systèmes embarqués. La chaîne d’assemblage reste à Mérignac, en Gironde [4]. Pour l’ASN4G spécifiquement, la DGA pilote le programme, avec MBDA comme maître d’Å“uvre industriel probable compte tenu de son rôle historique sur l’ASMP et l’ASMPA-R.
Les livraisons des Rafale F5 s’inscrivent dans un calendrier encore non officialisé, mais l’horizon des décennies 2030-2040 mentionné par le ministre des Armées fixe la fenêtre opérationnelle cible. D’ici là , la France continuera de s’appuyer sur l’ASMPA-R pour sa dissuasion aéroportée, pendant que l’ASN4G franchit ses étapes de développement.
ASN4G et Rafale F5 : les chiffres clés du missile hypersonique français
- L'ASN4G volera à plus de 6 100 km/h, soit Mach 5 minimum, dans la catégorie hypersonique.
- Il remplacera l'ASMPA-R et sera emporté exclusivement par le Rafale F5.
- Son lancement en réalisation a été acté en 2025 par la Direction générale de l'armement.
- Le Rafale F5 doit faire face aux menaces des décennies 2030 et 2040, selon Sébastien Lecornu.
- La Russie et la Chine disposent déjà de démonstrateurs hypersoniques opérationnels ou testés.
Sources
4 sources · 6 faits sourcés
