Les projets de recrutement dans le bâtiment reculent de 16,2% en France en 2026, selon l’enquête Besoins en main-d’Å“uvre de France Travail. En ÃŽle-de-France, la baisse atteint 11,8% tous secteurs confondus.
Le chiffre est sorti le 21 avril et il a fait peu de bruit. Pourtant, il dit quelque chose de structurel : le bâtiment n’embauche plus, et ce n’est pas conjoncturel. France Travail a sondé 420 000 établissements pour dresser l’état des intentions d’embauche en 2026. Résultat global : 2,3 millions d’embauches prévues, en recul de 6,5% par rapport à 2025, et d’un quart par rapport aux niveaux de 2022 et 2023.
Le secteur de la construction prend la plus forte correction, avec une baisse de 16,2% au niveau national. Le numérique et les télécoms ne sont pas épargnés non plus, à moins 25,2%. L’hôtellerie-restauration recule de 5,5%, les transports et la logistique de 8%. Seule la santé résiste, en progression de 0,4%, avec 320 000 embauches prévues.
Une filière qui perd des bras et des savoirs en même temps
Derrière les statistiques, la réalité des chefs d’entreprise du secteur est plus brutale. Le président lot-et-garonnais de la Fédération française du bâtiment décrivait récemment une structure qui devrait tourner entre 13 et 14 personnes mais en manque la moitié. En deux ans, son chiffre d’affaires a été divisé par deux. « On est obligé de renoncer à des chantiers, c’est rageant », déclarait-il à Sud Ouest, avant d’ajouter : « On ne perd pas que des emplois, on perd des compétences. »
C’est précisément ce glissement que redoute la profession. Les aides à l’apprentissage ont été réduites : d’un accompagnement sur deux ans, on est passé à un an ; le montant est tombé de 8 000 à 5 000 euros. Résultat paradoxal : il y a aujourd’hui plus d’apprentis que d’entreprises capables de les accueillir. [2]
La loi de finances 2026 a bien acté un statut du bailleur privé, pensé pour relancer la construction de logements via des avantages fiscaux comparables à feu la loi Pinel. Mais les effets attendus ne se feront pas sentir avant 2028, selon la Fédération française du bâtiment. « Il y aura de la casse en attendant des jours meilleurs », résumait son représentant en Lot-et-Garonne.
Des départs en retraite qui aggravent une tension déjà ancienne
Le problème n’est pas seulement cyclique. Les départs à la retraite s’accélèrent sur les métiers qualifiés du bâtiment : électriciens, plombiers, maçons. Ces postes étaient déjà en tension avant la crise, selon ManpowerGroup. « Ces tensions vont s’aggraver par les départs à la retraite et le déficit d’attractivité de ces métiers », soulignait Benoît Derigny, directeur chez ManpowerGroup, dans La Tribune. [3]
Le Figaro rappelait fin 2024 que la Fédération française du bâtiment avait pronostiqué 150 000 suppressions d’emplois d’ici 2025, un seuil qui « risque d’être dépassé en 2026 ». [4] La filière francilienne, en première ligne sur les grands projets d’infrastructure et de logement, ne peut pas absorber ce double choc, démographique et économique, sans une politique de formation qui tienne sur la durée.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
