Vendredi 25 octobre, la Guadeloupe a été plongée dans le noir pendant près de 24 heures après l’arrêt des 12 moteurs de la centrale EDF-PEI de Jarry par des grévistes.
À 8h30, heure locale, des salariés en grève se sont introduits dans la salle des commandes de la centrale thermique de Jarry et ont provoqué l’arrêt d’urgence de l’ensemble des moteurs. La coupure a privé d’électricité l’archipel entier, soit près de 380 000 habitants, y compris les hôpitaux et les clients prioritaires. La centrale de Jarry fournit la quasi-totalité de l’électricité du territoire. Sans le soutien de la centrale d’Albioma, au Moule, dont les salariés sont également en grève, l’archipel s’est retrouvé totalement paralysé.
Samedi matin, EDF a annoncé le rétablissement du courant dans environ 65 % des foyers. Près de 80 500 clients restaient toutefois privés d’électricité, la réalimentation se poursuivant « progressivement pour assurer la stabilité du réseau électrique ».
Intervention des forces de l’ordre et réquisitions
Rapidement après l’intrusion, les forces de l’ordre sont intervenues pour sécuriser la salle des commandes. Le préfet de Guadeloupe a par ailleurs réquisitionné plusieurs salariés « nécessaires au fonctionnement de la centrale » par arrêté préfectoral, afin d’assurer la continuité de la production électrique[3].
Samedi, sept moteurs sur les douze de la centrale de Jarry avaient pu être redémarrés, après la réparation d’un des moteurs de secours spécifiquement dédié à la relance du système électrique. Marie-Line Bassette, directrice d’EDF Archipel Guadeloupe, a insisté sur la complexité du processus : « Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton. La remise en marche est très sensible. »
Impact sur les services essentiels et la vie quotidienne
La coupure généralisée a eu des conséquences immédiates sur les services de première nécessité. La distribution d’eau a été interrompue dans plusieurs communes, touchant 30 % de la population globale, dont 80 % de la Grande-Terre. Les réseaux de téléphonie mobile ont également été sévèrement affectés[4].
Les établissements de santé ont dû mettre en route leurs groupes électrogènes. Le Centre Hospitalier de la Guadeloupe (CHUG) a précisé que ses équipes de maintenance avaient activé les générateurs sur l’ensemble des sites concernés, avec une autonomie de 72 heures pour les unités critiques. Dans les supermarchés, les habitants se sont rués sur les bouteilles d’eau, de nombreux rayons se vidant rapidement à mesure que les stocks devenaient inaccessibles.
Un couvre-feu général a été décrété vendredi en fin de journée sur l’ensemble du territoire. Malgré cette mesure, plusieurs faits de violences urbaines ont été constatés durant la nuit à Baie-Mahault et au Lamentin, sans faire de blessé.
| Indicateur | Ampleur |
|---|---|
| Population privée d’électricité | 380 000 habitants |
| Moteurs arrêtés (centrale Jarry) | 12 sur 12 |
| Foyers sans courant (samedi matin) | 80 500 |
| Population privée d’eau | 30 % (dont 80 % en Grande-Terre) |
| Autonomie des hôpitaux | 72 heures (groupes électrogènes) |
Source : France Info Guadeloupe
Pourquoi ce black-out fragilise l'archipel
Un conflit social qui dure depuis deux mois
L’arrêt brutal des moteurs intervient dans un contexte de conflit social opposant la branche énergie de la CGT à la direction d’EDF-PEI. Les salariés sont en grève depuis près de deux mois, avec des revendications portant sur les salaires et d’autres conditions de travail. La direction d’EDF a qualifié l’action d’« irresponsable », soulignant que « des moyens existent pour gérer ce type de situation ».
Marie-Line Bassette a rappelé que le dernier black-out de cette ampleur en Guadeloupe remontait à 2014, causé alors par des incidents techniques. EDF a déposé plainte contre X pour mise en danger d’autrui[5].
Guadeloupe, un territoire électrique fragile
La Guadeloupe gère ses propres besoins électriques, sans interconnexion avec d’autres pays. Sa production repose à 70 % sur le thermique, alimenté par du fioul ou des granulés de bois. Cette dépendance à une unique centrale thermique rend le territoire particulièrement vulnérable en cas d’arrêt brutal.
Ce black-out s’inscrit dans une série de tensions sociales qui traversent les territoires français d’outre-mer. En Martinique, des manifestants ont défié les couvre-feux et affronté les forces de l’ordre dans la nuit de vendredi, plus d’un mois après le début de manifestations déclenchées par la hausse du coût de la vie. En Nouvelle-Calédonie, des troubles liés à des revendications locales ont également marqué l’année, les habitants dénonçant des conditions de vie inférieures à celles de la métropole.
Le procès des 14 salariés d’EDF-PEI poursuivis après ce black-out d’octobre 2024 s’est ouvert fin juin 2026 au tribunal correctionnel de Pointe-à -Pitre. Les plaidoiries des parties civiles ont mis en avant les victimes intoxiquées et la fragilisation de l’hôpital, tandis que la défense a contesté la responsabilité des prévenus en insistant sur les failles structurelles du système électrique[1].
Black-out en Guadeloupe : les chiffres du 25 octobre
- Vendredi 25 octobre à 8h30, des grévistes ont arrêté les 12 moteurs de la centrale EDF-PEI de Jarry
- La Guadeloupe a été privée d'électricité pendant près de 24 heures, touchant 380 000 habitants
- Le préfet a réquisitionné des salariés pour relancer la centrale, 65 % du territoire était réalimenté samedi matin
- 30 % de la population a été privée d'eau, les hôpitaux ont basculé sur groupes électrogènes (72 h d'autonomie)
- Un couvre-feu général a été décrété, des violences urbaines ont éclaté à Baie-Mahault et au Lamentin
- Le conflit social dure depuis deux mois, EDF a porté plainte contre X pour mise en danger d'autrui
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
