Entre le 1er mai et la mi-juillet 2026, dix personnes se sont noyées en Bourgogne-Franche-Comté. Cinq n’ont pas survécu. Ces chiffres, qui ne disent rien seuls, prennent leur poids quand on les replace dans le tableau national : la région compte parmi les territoires qui connaissent la plus forte hausse de noyades de France cette année. Et pour une raison simple : l’absence d’accès à une plage surveillée ne signifie pas l’absence de baignade, surtout quand le thermomètre s’emballe.
Santé publique France a publié vendredi 24 juillet son bulletin de surveillance épidémiologique des noyades. Le constat est net : les régions de l’intérieur, celles sans façade maritime, enregistrent une hausse spectaculaire. Le nombre total de noyades y passe de 180 en 2025 à 267 en 2026 sur la même période, soit une augmentation de 48 %. Les décès progressent de 46 %, passant de 70 à 102.
Trois régions tirent ces chiffres vers le haut : l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’ÃŽle-de-France, et la Bourgogne-Franche-Comté. Ici, pas de mer à proximité. Ce qui signifie des lacs, des rivières, des plans d’eau, souvent non surveillés, parfois interdits à la baignade. Et c’est là que ça coince.
Trois canicules, trois pics de noyades
Le lien entre la chaleur et les accidents est sans appel. Sur les 925 noyades recensées en France entre le 1er mai et le 15 juillet, 73 % sont survenues pendant l’une des trois périodes de vigilance canicule[1]. Ces trois épisodes de fortes chaleurs représentaient pourtant seulement la moitié des jours couverts par la surveillance.
La première vague, du 24 au 31 mai, a été particulièrement meurtrière : 134 noyades, dont 48 décès, contre respectivement 67 noyades et 18 décès sur la même période en 2025. Soit une hausse de 100 % des noyades et de 167 % des décès. Les deux autres périodes de vigilance canicule, du 16 juin au 3 juillet puis du 4 au 15 juillet, ont totalisé 307 puis 234 noyades, dont respectivement 103 et 65 décès.
À Besançon, un rassemblement de parents d’élèves a même eu lieu le 1er juillet devant la mairie pour réclamer des écoles adaptées aux fortes chaleurs. Dans le Doubs, en Saône-et-Loire, en Côte-d’Or, les journées à plus de 35 degrés se sont enchaînées. Et avec elles, les tentations de plonger dans le premier point d’eau venu.
Baignades sauvages, risques réels
Santé publique France pointe directement ce qui explique la hausse en Bourgogne-Franche-Comté et dans les régions voisines : les baignades en milieu naturel dans des lieux non aménagés et interdits à la baignade, particulièrement pendant les périodes de vigilance canicule.
L’ÃŽle-de-France illustre ce phénomène de manière frappante. Le nombre de noyades mortelles y passe de 14 en 2025 à 35 en 2026, dont 15 en Seine-et-Marne, contre 5 l’année précédente. Des plans d’eau, des rivières, aucune surveillance, et une envie irrépressible de se rafraîchir.
Au niveau national, 925 noyades ont été enregistrées, dont 274 suivies d’un décès sur le lieu de l’accident, soit une proportion de 30 %. Le nombre total de noyades est en augmentation de 14 % par rapport à 2025 pour la même période. En revanche, si le nombre de décès passe de 241 en 2025 à 274 en 2026, cette hausse est qualifiée de statistiquement non significative.
Les adultes d’abord, les jeunes toujours vulnérables
L’augmentation observée en 2026 a concerné principalement les adultes. Sur les 274 morts, 87 % étaient des adultes. Les noyades mortelles ont touché 37 enfants et adolescents, soit un nombre identique à celui observé en 2025 sur la même période[2]. Parmi eux, neuf avaient moins de 5 ans et vingt-quatre entre 13 et 17 ans.
Le bulletin précise qu’une noyade sur trois chez les 13-17 ans a été suivie d’un décès. Un chiffre qui rappelle que l’adolescence, âge où l’on se croit invincible, reste un âge à risque.
Le bilan reste provisoire : Santé publique France continuera de recenser les noyades jusqu’au 30 septembre. D’ici là , les lacs de Bourgogne-Franche-Comté connaîtront encore des journées de forte affluence. Et peut-être d’autres drames.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

