Trois régions françaises s’associent pour créer un fonds interrégional de 150 millions d’euros destiné aux PME et ETI de la défense, lancé officiellement au salon Eurosatory le 17 juin 2026.
Bretagne, Occitanie et Nouvelle-Aquitaine. Leurs présidents de région, Loïg Chesnais-Girard, Carole Delga et Alain Rousset, se sont retrouvés à Paris le 17 juin sur le stand du salon Eurosatory pour annoncer une initiative inédite dans le paysage institutionnel français : un fonds interrégional Défense et Souveraineté, doté d’une capacité cible de 150 millions d’euros.
Le mécanisme repose sur un financement mixte. Les trois collectivités apporteront ensemble 25 millions d’euros. Le reste, soit l’essentiel de l’enveloppe, doit être levé auprès de grands industriels du secteur, d’investisseurs institutionnels et de banques. La structure est conçue pour soutenir les PME et les entreprises de taille intermédiaire qui constituent le tissu sous-traitant de la base industrielle et technologique de défense française.
Pour Carole Delga, ce fonds s’inscrit dans une logique de continuité. Un an plus tôt, au Salon du Bourget de 2025, la présidente d’Occitanie avait dévoilé un plan régional défense de 200 millions d’euros sur la période 2025-2030, incluant notamment la création d’un fonds défense et industrie du futur de 100 millions d’euros et un appel à manifestation d’intérêt de 50 millions en partenariat avec l’Agence Innovation Défense et la DGA. [3] Le fonds interrégional constitue une nouvelle brique, cette fois construite à plusieurs.
Trois régions, trois poids lourds de la BITD française
Le choix de ces trois territoires n’est pas fortuit. Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et Bretagne concentrent une part significative des effectifs et des sites industriels de la défense française. L’Occitanie seule regroupe 25 000 emplois dans la filière. [4]
Toulouse accueille Airbus Defense and Space, les sites de production de MBDA, des sous-traitants aéronautiques reconvertis en partie vers les programmes militaires. Bordeaux et sa région hébergent des acteurs du drone, de l’optronique, de la propulsion navale. La Bretagne, elle, est le berceau d’une part importante de la marine nationale et d’une constellation de PME spécialisées dans les systèmes électroniques embarqués, le naval et le renseignement d’origine électromagnétique.
C’est précisément cette densité industrielle qui justifie, selon les présidents de région, une approche coordonnée plutôt que trois plans régionaux parallèles. Les Echos notaient à ce propos que l’initiative illustre « la volonté des régions de participer à l’effort de guerre européen ». [2]
| Entité | Engagement | Nature |
|---|---|---|
| Occitanie + Nouvelle-Aquitaine + Bretagne (ensemble) | 25 millions d’euros | Apport public des trois collectivités |
| Grands industriels, investisseurs institutionnels, banques | Jusqu’à 125 millions d’euros | Co-financement privé visé |
| Total cible du fonds | 150 millions d’euros | Enveloppe globale |
Source : La Dépêche du Midi
PME stratégiques : le maillon faible que le fonds veut renforcer

La cible prioritaire du fonds, ce sont les PME et ETI dites stratégiques. Dans le vocabulaire de la défense, cette qualification recouvre les entreprises dont la disparition ou la prise de contrôle étrangère menacerait une capacité industrielle souveraine : fabricants de composants critiques, sous-traitants de rang 1 ou 2 des grands donneurs d’ordre, spécialistes de technologies duales.
Ces entreprises souffrent depuis plusieurs années d’un double étranglement. La montée en cadence demandée par les armées depuis l’invasion russe en Ukraine nécessite des investissements importants, en machines, en effectifs, parfois en foncier. Or les PME n’ont pas toujours les reins assez solides pour financer seules ces expansions sans diluer leur capital ou s’endetter à des conditions défavorables. Le fonds vise à leur offrir une alternative.
L’objectif, selon les présidents de région, est d’accélérer à la fois l’innovation et la production. Les deux enjeux sont liés : sans capacité financière renforcée, une PME ne peut ni embaucher les ingénieurs nécessaires pour développer de nouvelles générations de produits, ni investir dans les lignes de production pour tenir les volumes contractualisés avec les grandes maîtrises d’Å“uvre.
En Occitanie, l’approche avait déjà été expérimentée à l’échelle régionale avec le plan 2025. Carole Delga avait alors prévu d’accompagner une quinzaine d’entreprises pour leur permettre de franchir un seuil critique et capter de nouveaux clients. [3] Le fonds interrégional élargit cette logique à deux bassins industriels supplémentaires.
Pourquoi ce fonds change la donne pour les PME de la BITD
Un signal politique autant qu’un outil financier
Eurosatory, le plus grand salon d’armement terrestre au monde, n’est pas un cadre anodin pour ce type d’annonce. Les donneurs d’ordre étrangers, les ministères de la défense européens et les fonds d’investissement spécialisés y sont massivement représentés. Présenter un fonds interrégional à cette occasion, c’est aussi envoyer un signal de crédibilité à ces acteurs : les territoires français s’organisent, et ils mobilisent du capital.
Le contexte plaide pour cette démonstration. La guerre en Ukraine dure depuis plus de quatre ans. Les armées européennes rattrapent en urgence des décennies de sous-investissement. Les carnets de commandes des industriels français débordent, mais la capacité industrielle à y répondre reste sous tension. L’enjeu n’est plus seulement de remporter des contrats : c’est de livrer dans les délais.
Dans ce cadre, les régions revendiquent un rôle que l’État ne peut pas tenir seul. Elles sont proches des entreprises, elles connaissent le tissu local, elles peuvent déclencher des investissements rapidement sans les lourdeurs des procédures nationales. La création du fonds interrégional Défense et Souveraineté traduit cette ambition dans un instrument concret, avec 150 millions d’euros à déployer sur des PME qui, jusqu’ici, devaient se débrouiller seules face aux exigences d’une économie de guerre. [1]
Fonds défense interrégional 2026 : les chiffres clés
- Le fonds interrégional Défense et Souveraineté a été lancé le 17 juin 2026 au salon Eurosatory à Paris.
- Trois régions participent : Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et Bretagne, pour un apport public total de 25 millions d'euros.
- La capacité cible du fonds est de 150 millions d'euros, complétée par des industriels, des institutionnels et des banques.
- L'Occitanie avait déjà lancé en 2025 un plan régional défense de 200 millions d'euros sur six ans.
- Le fonds cible en priorité les PME et ETI stratégiques pour accélérer innovation et production.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
