En 2024, le CAC 40 a distribué 73 milliards d’euros de dividendes. L’essentiel de cette manne a quitté le territoire, capté par des fonds de pension étrangers.
Le constat est signé Michel Berry et Christophe Deshayes, codirecteurs de la chaire “Phénix-Grandes entreprises d’avenir” de Mines Paris PSL, et publié dans les colonnes des Echos. Il tient en une phrase : pendant que les fonds de pension étrangers encaissent les dividendes des plus grandes entreprises françaises, la France cherche de nouvelles taxes pour financer sa dette.
Derrière l’image de puissance que projette le CAC 40 à l’international, la réalité de la propriété actionnariale raconte une autre histoire. Les profits générés par des groupes comme TotalEnergies, LVMH ou Sanofi ne restent pas en France. Ils partent alimenter des caisses de retraite américaines, canadiennes, norvégiennes, britanniques.
73 milliards distribués, une minorité fléchée vers l’économie française
Le chiffre de 73 milliards d’euros de dividendes versés par le CAC 40 en 2024 est brut. Ce qui compte, c’est sa destination. Les fonds de pension étrangers en captent la part prépondérante, selon les analyses publiées par Les Echos. Les investisseurs non-résidents détenaient déjà 40 % des actions des émetteurs français en 2016, selon des données antérieures du même média. La tendance ne s’est pas inversée depuis.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Dividendes totaux versés par le CAC 40 | 73 milliards d’euros |
| Principaux bénéficiaires | Fonds de pension étrangers |
| Part des non-résidents dans l’actionnariat français (2016) | 40 % |
Source : Les Echos, tribune Cercle
Ce déséquilibre n’est pas une anomalie conjoncturelle. Il reflète une structure de propriété qui s’est construite sur plusieurs décennies, au fil des privatisations, des ouvertures de capital et de la mondialisation des marchés financiers. Les grandes entreprises françaises sont, pour une large part, la propriété de l’étranger. Leurs succès profitent d’abord à leurs actionnaires, où qu’ils se trouvent.
La France taxe, les fonds encaissent
C’est là que la piqûre est la plus vive. Berry et Deshayes pointent un paradoxe d’État : pendant que les fonds de pension étrangers touchent leurs coupons, la France s’épuise à trouver de nouvelles sources de fiscalité pour combler ses déficits. [3] Le raisonnement a une logique comptable implacable : les dividendes versés à des non-résidents sortent du circuit économique national. Ils ne financent ni la retraite d’un salarié français, ni un investissement dans une PME de Bourgogne, ni la consommation d’un ménage en ÃŽle-de-France.
Le CAC 40 cache par ailleurs une autre opacité. Selon Les Echos, un tiers de ses actionnaires reste anonyme, ce qui rend toute cartographie précise de la propriété encore plus difficile à établir. [1]
Cette situation nourrit un débat de fond sur la pertinence du modèle français de financement des grandes entreprises. L’ouverture aux capitaux étrangers a permis de lever des fonds, de financer l’expansion internationale des groupes du CAC 40, de maintenir leur compétitivité. Mais elle a aussi transféré hors de France une fraction croissante de la valeur créée sur le territoire.
Pourquoi les profits du CAC 40 échappent à la France
Un déséquilibre structurel, pas une découverte
La tribune de Mines Paris PSL n’invente pas le problème. Elle le formule avec une netteté qui tranche dans le débat fiscal ambiant. À l’heure où le gouvernement cherche des marges budgétaires, la question de savoir qui bénéficie des profits des champions nationaux devient politique autant qu’économique.
Les fonds de pension étrangers n’ont rien fait d’illégal. Ils ont acheté des actions sur un marché ouvert, ils perçoivent les dividendes qui leur reviennent. C’est le modèle qui est en question, pas les investisseurs. Berry et Deshayes posent une question de fond : une économie nationale peut-elle prospérer durablement quand ses grandes entreprises redistribuent leur valeur majoritairement à l’extérieur, pendant que l’État emprunte pour financer ses dépenses courantes ?
La réponse ne figure pas dans leur tribune. Mais le fait que la question soit posée publiquement, par des chercheurs de Mines Paris PSL, dans le contexte d’un débat budgétaire tendu, dit quelque chose sur l’état du rapport entre le capitalisme français et ses financeurs.
CAC 40 dividendes 2024 : les chiffres à retenir
- 73 milliards d'euros de dividendes versés par le CAC 40 en 2024
- Les fonds de pension étrangers en sont les principaux bénéficiaires
- Les non-résidents détenaient déjà 40 % de l'actionnariat français en 2016
- Un tiers des actionnaires du CAC 40 reste anonyme
- La tribune est signée par les codirecteurs de la chaire Phénix de Mines Paris PSL
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
