Le conflit au Moyen-Orient rebat les cartes des grandes entreprises françaises cotées : entre une Bourse parisienne qui tient, des prévisions de croissance mondiale en chute libre et un risque d’inflation qui paralyse les banques centrales, le CAC 40 navigue dans des eaux inédites.
La Bourse de Paris avait commencé l’année sur un pic. Le 9 janvier 2026, le CAC 40 atteignait 8 317,82 points, pulvérisant son record du 13 novembre 2025. La hausse reposait alors sur une logique nouvelle : non plus l’anticipation de baisses de taux, mais la ruée des capitaux vers la défense et les grands industriels. TotalEnergies, Air Liquide, les champions énergétiques français devenaient des actifs de référence dans un monde qui réalloue ses ressources à marche forcée.
Deux mois plus tard, la donne avait changé. Fin février, le CAC 40 atteignait un nouveau sommet absolu. Début mars, il avait déjà perdu 11,3 % depuis ce pic.
L’OCDE chiffre le coût d’une guerre qui s’installe
Le 3 juin, Stefano Scarpetta, économiste en chef de l’OCDE, posait les chiffres sur la table. Dans un scénario de résolution rapide du conflit au Moyen-Orient, la croissance mondiale passerait de 3,4 % en 2025 à 2,8 % cette année. L’inflation remonterait à 4 % en 2026 avant de redescendre à 3,1 % en 2027. Si la guerre se prolonge, la croissance tombe à 2,1 % en 2026, puis à 1,8 % en 2027 [3]. “C’est moins que la moitié de la croissance que nous avons vue dans les vingt-cinq dernières années”, formulait-il sans ambiguïté.
Sa conclusion sur les prévisions d’avant-guerre est sans appel : “Le conflit au Moyen-Orient a complètement annihilé nos prévisions de reprise en 2026.”
La BCE sous pression, la zone euro déjà dans le rouge
Le choc pétrolier induit par le conflit a réactivé l’inflation en Europe. La probabilité d’une hausse des taux directeurs de la BCE dès avril était évaluée à plus de 50 % selon les marchés [2]. La zone euro a basculé dans le rouge au premier trimestre 2026. Certains économistes redoutent qu’un resserrement monétaire précipité aggrave encore la fragilité de la région, déjà soumise à la pression du conflit et à l’instabilité des chaînes d’approvisionnement énergétiques.
La semaine du 20 mars illustrait la nervosité ambiante : des signes de désescalade apparus un jeudi soir avaient vite été balayés. Le Premier ministre israélien avait estimé voir la guerre “se terminer bien plus vite qu’on ne le pense”, avant que le ton ne redevienne hostile. Donald Trump multipliait les déclarations belliqueuses vis-à -vis des alliés de l’OTAN. Téhéran ne confirmait pas les annonces de l’armée israélienne sur l’élimination de hauts responsables des Gardiens de la Révolution.
Au CAC 40, la géopolitique ne peut plus rester dans les couloirs
Le marché parisien résiste, porté par ses valeurs de défense et ses industriels. Mais la question posée aux directions générales est désormais celle de la profondeur de leur analyse géopolitique interne. Les signaux s’accumulent : sept des dix indicateurs historiquement associés à une chute boursière avaient été déclenchés selon la division recherche d’une grande banque américaine, début juin [5].
La réalité des comex français en 2026, c’est une géopolitique qui n’est plus un sujet de contexte général mais une variable opérationnelle directe : coût de l’énergie, accès aux matières premières, exposition aux marchés moyen-orientaux, révision des contrats d’approvisionnement. Intégrer ces paramètres dans les décisions de direction n’est plus une option réservée aux groupes du CAC 40 exposés à l’international. C’est une contrainte de gestion courante.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
