Deux cents mètres de goudron noirs de punaises, une chaussée devenue dangereuse pour les motos et les vélos. Le 4 août, Mouchamps, petite commune de 3 000 habitants au sud des Herbiers, a dû fermer la RD 48. Impossible de laisser circuler : les insectes, par milliers, recouvraient la route et faisaient perdre l’adhérence. Un champ de colza voisin s’était vidé d’un coup, et les punaises avaient investi les maisons alentour. « C’est la première fois que ça nous arrive », confie une employée de la mairie jointe ce jeudi 6 août, au lendemain de la réouverture de la route.
Mais Mouchamps n’a pas été seule. À Château-Guibert, vingt kilomètres à l’est de La Roche-sur-Yon, une habitante raconte sur les réseaux sociaux : « Elles sont arrivées en masse, elles ont recouvert la façade. Elles se regroupent dans les coins des ouvertures. » À Saint-Viaud, en Loire-Atlantique entre Nantes et Saint-Nazaire, même constat. Et plus loin, en Charente-Maritime, une riveraine d’Aigrefeuille-d’Aunis témoigne : « C’était digne d’un film d’horreur. »
Les punaises en cause, baptisées Nysius cymoides, ne sont ni dangereuses ni urticantes. Elles ne piquent pas, ne transmettent aucune maladie. Mais leur nombre suffit à impressionner. À la sortie de l’hiver, elles investissent les champs de colza, première plante à fleurir. Elles percent les tissus avec leur rostre, un organe en forme de trompe, et aspirent la sève. Tant que la verdure est là , elles restent discrètes.
Sauf quand la chaleur s’installe. « Quand il fait chaud et sec, il y a moins de plantes vertes donc elles se concentrent sur les mêmes endroits », explique Dalya Kadi, conseillère agronome à la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire[1]. Les cultures s’assèchent après les moissons, les punaises cherchent de la fraîcheur et migrent vers les habitations, attirées par les murs clairs et les ouvertures. À cela s’ajoute la faiblesse de leurs prédateurs naturels, araignées, petites guêpes ou champignons, qui souffrent eux aussi des températures extrêmes. Résultat : « moins de régulation et la pullulation est plus importante. »
Une trentaine de maisons touchées à Aigrefeuille-d’Aunis
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’intensifie. Médiatisé depuis 2017, il a touché plusieurs communes du sud de la France cet été. En Haute-Garonne, des quartiers ont été envahis pendant plus de quinze jours fin juillet. En Charente-Maritime, le maire d’Aigrefeuille-d’Aunis, Gilles Gay, recense une trentaine de maisons concernées. « C’est la première fois que nous observons un tel phénomène sur la commune », souligne-t-il[3]. Dans le Nord-Charente, des invasions avaient déjà été signalées à l’été 2025. Le 5 août 2026, c’est Roullet-Saint-Estèphe qui a vu ses façades, ses terrasses et ses murs extérieurs pris d’assaut.
Face au désagrément, les autorités sanitaires sont unanimes : ne rien traiter. « L’ARS nous dit de patienter. Elle recommande de ne pas traiter parce qu’effectivement, le traitement insecticide est dangereux », résume Philippe Guerriot, maire de Pins-Justaret, en Haute-Garonne. Les spécialistes confirment : l’utilisation d’insecticides est déconseillée[1], le phénomène ayant tendance à s’estomper naturellement en quelques jours, ou dès l’arrivée des prochaines pluies.
À Mouchamps, les insectes ont quitté la chaussée dans la nuit du 5 au 6 août. La route a rouvert. Les habitants attendent l’orage.
Sources
2 sources · 3 faits vérifiés

