Le 17 juillet, la préfecture d’Orléans a dévoilé les conclusions des Conférences de la souveraineté alimentaire pour le Centre-Val de Loire. Document, ambitions, objectifs chiffrés : tout y est. Clément Carteron, président de Jeunes agriculteurs Centre-Val de Loire, a pris la parole le lendemain. Son message tient en une phrase : oui aux objectifs, mais pas sans eau.
L’homme salue la méthode. Les travaux ont réuni autour de la table l’ensemble des acteurs des filières agricoles régionales. Cette concertation, il la juge essentielle. Parce que l’avenir de l’agriculture se construit ensemble, pas en silos.
Sauf que derrière les ambitions, il y a une condition technique, matérielle, vitale : l’accès à l’eau. Carteron le dit sans détour. On ne peut pas demander aux agriculteurs de produire plus, de sécuriser l’approvisionnement alimentaire de la région, et dans le même mouvement leur fermer ou restreindre l’accès à la ressource. C’est contradictoire. C’est intenable.
La souveraineté alimentaire, dans la bouche des élus, c’est un mot qui sonne bien[1]. Mais sur le terrain, ça se joue à la parcelle, au bassin versant, à la retenue collinaire, au forage. Ça se joue dans la capacité à irriguer quand il faut, à maintenir les cultures debout quand le climat déraille. Sans ça, les objectifs inscrits dans la feuille de route resteront lettre morte.
Une dynamique régionale réelle, mais fragile
Carteron ne conteste pas les orientations retenues. Il reconnaît même que le Centre-Val de Loire se donne les moyens d’avancer. La région a cette chance : un territoire agricole encore puissant, des filières structurées, une volonté politique affichée. Orléans, Tours, Bourges, Chartres, Blois : chaque bassin de production compte, chaque exploitation pèse dans l’équilibre alimentaire local.
Mais la fragilité, elle est là aussi. Les sécheresses à répétition ont déjà marqué les esprits et les rendements. Les restrictions d’usage de l’eau, décrétées été après été, obligent les exploitants à jouer à la roulette russe avec leurs cultures. Impossible de planifier sereinement quand on ne sait pas si l’on pourra irriguer en juillet.
La planification écologique, un mot fourre-tout
Le débat sur la souveraineté alimentaire s’élargit. D’autres voix, comme celle de l’institut I4CE, plaident pour que les conférences nationales intègrent davantage la planification écologique[3]. Moins de dépendance aux engrais importés, moins de tourteaux venus de l’étranger, des systèmes plus résilients face au climat. L’intention est légitime.
Mais Carteron, lui, est dans le concret. Il ne s’oppose pas à la transition. Il dit juste : donnez-nous les moyens de la faire. Si l’on veut que les agriculteurs produisent local, qu’ils adaptent leurs pratiques, qu’ils tiennent debout économiquement, alors il faut arrêter de leur retirer les outils de base. L’eau en fait partie. Pas comme une variable d’ajustement, mais comme un droit d’usage sécurisé, prévisible, inscrit dans la durée.
Ce que ça change pour les exploitations du coin
Les agriculteurs du Centre-Val de Loire ne demandent pas la lune. Ils veulent pouvoir anticiper leurs campagnes, investir sans craindre qu’on leur coupe l’accès à la ressource en pleine saison. Ils veulent que les objectifs de souveraineté alimentaire ne restent pas des lignes dans un rapport régional, mais se traduisent par des décisions concrètes, territorialisées, assumées.
L’enjeu dépasse la profession. Quand une exploitation ferme parce qu’elle ne peut plus produire dans des conditions viables, c’est toute une chaîne qui vacille : les fournisseurs, les coopératives, les emplois induits, les cantines scolaires, les circuits courts, les marchés locaux. La souveraineté alimentaire, ce n’est pas un slogan. C’est une infrastructure, fragile, qui se défend au quotidien.
Clément Carteron le rappelle : demain se construit aujourd’hui. Pas dans les colloques, pas dans les communiqués. Dans les décisions sur l’eau, sur les moyens de production, sur la capacité donnée aux agriculteurs de faire leur métier. Sans ça, la feuille de route d’Orléans restera un beau document. Avec ça, elle peut devenir une réalité.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

