Jean-Christophe Angelini ne cache pas sa surprise. Ce jeudi 6 août, le maire de Porto-Vecchio et président du groupe autonomiste Avanzemu à l’Assemblée de Corse réagit sur franceinfo à la conférence de presse clandestine du FLNC révélée mercredi soir par Corse-Matin, seul média convié. Ce qui frappe l’élu, ce n’est pas tant le message, déjà entendu chez les indépendantistes opposés au processus de Beauvau, mais la forme choisie. Une forme qui, selon lui, signe le retour du Front de libération nationale corse dans le débat public, et un virage dans le ton employé.
La conférence s’est tenue alors que le projet d’autonomie de la Corse, soutenu par Angelini, est examiné au Parlement. Le groupuscule clandestin y a formulé des menaces contre les « envahisseurs » non-corses sur l’île, dénonçant une colonisation de peuplement. Le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête préliminaire, notamment pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme.
Pour Jean-Christophe Angelini, la nouveauté réside dans le procédé : « La surprise, ou la nouveauté, vient du fait de s’exprimer au travers d’une conférence de presse. » Une démarche qui tranche avec les modes d’expression récents du mouvement clandestin. Cette prise de parole publique, quoique secrète, marque selon lui « un tournant dans la rupture de ton et la radicalité qui enveloppe le propos ».
L’élu dit ne pas être surpris par le fond. Depuis quelque temps déjà, des indépendantistes, qu’ils s’expriment par la voie publique, légale, ou par celle de la clandestinité, affichent leur opposition au processus dit « de Beauvau ». « On est habitués depuis quelque temps maintenant à cette position-là », rappelle-t-il. Le maire de Porto-Vecchio sait qu’en soutenant le projet d’autonomie examiné actuellement par le Parlement, il se heurte à une frange radicale du mouvement indépendantiste[1].
« Ces voix-là ne doivent pas être synonyme d’un retour de la violence politique »
Mais Jean-Christophe Angelini tient à rappeler une conviction : « L’expression démocratique, non violente, par la voie des urnes fonctionne. » Il accepte l’existence de voix critiques, même contestataires. « On peut entendre, et c’est bien normal, des voix critiques voire contestataires », poursuit-il. Mais il pose une ligne rouge : « Ces voix-là ne doivent pas, pour nous, être synonyme d’un retour de la violence politique. »
Pour l’élu autonomiste, « il n’existe pas de solution dans la poursuite du conflit ». Le dialogue reste, selon lui, la seule issue. « Le dialogue est la solution », martèle-t-il, ajoutant qu’il est temps « que l’on tourne résolument et définitivement la page pour embrasser un avenir de paix pour les générations futures ».
Présent dimanche à Corte pour « prôner la voie démocratique »
Samedi et dimanche se tiendront à Corte, en Haute-Corse, les journées internationales organisées par le parti indépendantiste et pro-lutte armée Nazione. Jean-Christophe Angelini annonce qu’il s’y rendra. « Dimanche, le mouvement indépendantiste qui soutient le FLNC organise des rencontres, je vais m’y rendre », confirme-t-il. Il y va pour porter sa voix : celle du dialogue et du renoncement à la violence. « Je vais m’y rendre pour porter cette voix-là et dire que, pour ma part, comme pour beaucoup de monde, il faut continuer à prôner la voie démocratique, la voix du dialogue comme seule solution et l’arrêt de la violence politique. »
Une présence qui, à elle seule, dit quelque chose : dans une île où les lignes se durcissent, le maire de Porto-Vecchio choisit de se rendre là où souffle le vent contraire. Non pour céder, mais pour répéter, face à ceux qui menacent, que le chemin passe par les urnes, pas par les armes.
Sources
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