Fin juin, à Strasbourg, deux petits insectes de la taille d’un grain de café sont tombés dans des pièges installés par la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt. Deux scarabées japonais. Les premiers de l’été. Et surtout, les premiers en Alsace depuis l’été dernier, quand cinq spécimens avaient été capturés dans la région. Cette fois, la préfecture du Grand Est a prévenu : le piégeage est immédiatement renforcé dans le Bas-Rhin, et les équipes de la Draaf sillonnent le secteur pour vérifier qu’il n’y a pas d’autres individus cachés quelque part.
Le premier scarabée a été piégé le 26 juin dans un dispositif posé en ville. Quelques jours plus tard, un second est tombé dans le même secteur. Selon la Draaf, tout laisse penser qu’il s’agit d’individus « auto-stoppeurs », arrivés par camion ou voiture depuis un autre pays. Pas de colonie installée, donc, mais une vigilance renforcée quand même. Parce que ce coléoptère, malgré sa petite taille, peut faire des dégâts considérables.
Un appétit hors-norme pour 300 espèces
Le popillia japonica, c’est son nom scientifique, est ce qu’on appelle un polyphage : il mange à peu près tout. Plus de 300 espèces de plantes différentes figurent à son menu. L’adulte dévore les feuillages, la larve s’attaque aux racines et aux gazons, en particulier ceux des terrains de sport. Maïs, vignes, soja, pommiers, prunus : la liste de ses victimes est longue. Et pour les agriculteurs alsaciens, notamment les viticulteurs, c’est une menace bien réelle.
C’est pour cette raison que l’Union européenne a classé le scarabée japonais comme « organisme de quarantaine prioritaire ». En clair : il fait l’objet d’une surveillance maximale et d’une lutte active pour éviter qu’il ne s’installe durablement sur le territoire. En Italie, présent depuis 2014, l’éradication n’est plus possible. L’objectif, désormais, c’est de limiter sa propagation. En Suisse, il est là depuis 2017. Et en 2024, quatre foyers avaient été détectés à Bâle, juste de l’autre côté de la frontière.
Pièges renforcés, habitants mis à contribution
Face à cette menace, la Draaf a mis en place une campagne de piégeage dès le début de l’été. Les pièges sont installés le long des axes routiers principaux, là où les camions et voitures en provenance d’Italie ou de Suisse circulent. L’objectif : intercepter les individus « passagers clandestins » avant qu’ils ne s’installent et ne se reproduisent. Depuis la capture des deux spécimens strasbourgeois, le maillage a été resserré dans tout le Bas-Rhin.
Mais la surveillance ne repose pas uniquement sur les agents de la Draaf. Les habitants sont appelés à participer. Toute personne qui pense avoir repéré un scarabée japonais, reconnaissable à sa tête et son thorax vert brillant et ses élytres marron, est invitée à le capturer et à le signaler par mail à [email protected]. Des affiches et des dépliants sont disponibles sur le site de la Draaf pour faciliter l’identification.
L’été dernier, cinq scarabées avaient été capturés en Alsace. C’était une première pour la France. Cette année, à peine l’été commencé, deux nouveaux individus sont déjà dans les filets. Preuve que la pression reste forte, et que le risque d’installation n’est pas qu’une hypothèse. À Strasbourg et dans le Bas-Rhin, la vigilance est de mise.

