L’incendie qui embrase la Gironde depuis le 22 juillet vient de détruire près de 80 hectares de dispositifs de recherche forestière de l’Inrae, dont plusieurs observatoires suivis depuis des décennies.
Dans le bilan humain et matériel du mégafeu qui a déjà brûlé plus de 42 000 hectares en Gironde, une perte passe presque inaperçue : celle de parcelles expérimentales irremplaçables. L’institut de recherche public dédié à l’agriculture, l’alimentation et l’environnement a annoncé ce mercredi 29 juillet que le feu avait anéanti près de 80 hectares de dispositifs d’observation et d’expérimentation sur le domaine de Castillonville, classé Espace Naturel Sensible du département.
Ces infrastructures nourrissaient des programmes de recherche d’envergure nationale, européenne et internationale consacrés à la compréhension et à l’adaptation des forêts au dérèglement climatique. Leur disparition met fin à des observations et expérimentations menées sur le long terme.
Le conservatoire génétique du pin maritime touché
Le feu a frappé le conservatoire de ressources génétiques du pin maritime, qui abritait des arbres de cette essence ultra-dominante de la forêt des Landes mais venus de différentes provenances géographiques[1]. Ce conservatoire permettait de préserver la diversité génétique de l’espèce et de documenter les variations de comportement des arbres selon leur origine.
Les dispositifs détruits comportaient notamment des parcelles expérimentales destinées à tester le mélange d’espèces, à documenter l’effet du dérèglement climatique sur les arbres, à étudier l’impact des bioagresseurs sur les écosystèmes forestiers ou encore à évaluer des stratégies conciliant production de bois, préservation de la biodiversité et adaptation aux perturbations environnementales.
Plusieurs de ces dispositifs étaient intégrés à des réseaux scientifiques de référence qui produisent des connaissances essentielles pour anticiper les impacts des changements globaux et accompagner l’adaptation des forêts. Leur destruction représente une perte importante non seulement pour les recherches menées en Nouvelle-Aquitaine avec les partenaires académiques et porteurs d’enjeux, mais également à l’échelle européenne et internationale.
Deux arboretums peu touchés, 300 hectares préservés

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À ce stade, les deux arboretums du site ont peu été touchés par les flammes. Les bâtiments et équipements ainsi que les autres terrains expérimentaux du site de Cestas, soit plus de 300 hectares, ont été préservés grâce à la mobilisation des pompiers et aux moyens militaires déployés en renfort.
L’incendie d’une intensité exceptionnelle s’est déclaré à Saumos le mercredi 22 juillet avant de se propager jusqu’aux portes de la commune de Cestas. Dans la nuit du 24 au 25 juillet, la dangerosité de la menace a baissé grâce à l’humidité, mais le vent s’est orienté vers le nord, exposant notamment les communes de Lacanau et de Sainte-Hélène[3].
Le 26 au matin, le vent a poussé l’incendie vers le sud-est. Une zone comprise entre Blagon et Croix d’Hins est passée en flammes. La préfète de Gironde et de la région Nouvelle-Aquitaine, Sophie Brocas, a ordonné l’évacuation préventive de 55 000 personnes supplémentaires dans les communes de Marcheprime, Le Barp, Biganos, Mios et Cestas, portant le nombre total d’évacuations à 220 000.
Pourquoi la perte des dispositifs de recherche est irréversible
Un bilan catastrophique pour la forêt landaise
Le bilan officiel à la mi-journée du 29 juillet pour le feu de Saumos fait état de plus de 32 000 hectares brûlés et de 167 000 personnes évacuées. Au Porge, 175 maisons ont été détruites par les flammes. Le département reste placé en vigilance noire feux de forêt.
| Zone | Surface brûlée | Personnes évacuées | Habitations détruites | |
|---|---|---|---|---|
| Saumos (Gironde) | 32 000 ha | 167 000 | 175 (Le Porge) | |
| Total Gironde | 42 000 ha | 220 000 | – | |
| Biscarrosse-Parentis (Landes) | 3 500 ha | 40 000 | – |
Source : Wikipédia
Dans les Landes, entre Biscarrosse et Parentis-en-Born, 3 500 hectares ont brûlé, entraînant l’évacuation de 40 000 personnes. Cinq sapeurs-pompiers ont été blessés dans cette zone.
Les vacanciers ont été invités à reporter leur arrivée en Gironde. Les billets de trains concernés seront reportés ou remboursés. Un premier largage de retardant a été effectué par un A400M de l’Armée de l’air et de l’espace française. Des moyens militaires ont été déployés en renfort afin de contribuer aux opérations de protection des populations et de limiter une éventuelle progression des incendies vers l’est, notamment en direction de l’agglomération bordelaise.
Une filière bois paralysée

Au-delà des dispositifs de recherche, c’est toute la filière bois qui subit le choc. Environ 14 500 entreprises sont paralysées, dont plusieurs détruites par les flammes[5]. Des commerces sont fermés et de nombreux salariés sont dans l’incapacité de travailler. Des mesures d’activité partielle ont été mises en place et le gouvernement a donné instruction de traiter en urgence ces demandes, qui peuvent être envoyées jusqu’au 28 août.
La forêt des Landes constitue l’un des principaux pôles de production de la filière bois française. Entre 30 et 40 % du sciage destiné à la fabrication de palettes provient de ce massif forestier, qui s’étend sur plus d’un million d’hectares[4]. Pour l’heure, la priorité reste de fixer le feu. La filière bois est mobilisée aux côtés des pompiers et du monde agricole, notamment pour mettre en place des pare-feux et assurer l’approvisionnement des secours. Plus d’une centaine de machines sont engagées sur le terrain.
Les professionnels soulignent qu’il est encore trop tôt pour dresser un bilan précis. Avec plus de 42 000 hectares déjà brûlés en Gironde et de nombreuses routes encore fermées, il est difficile d’accéder aux parcelles forestières pour évaluer les dégâts. De nombreux propriétaires privés ignorent même encore si leurs terrains ont été touchés.
L’Inrae déterminé à reconstruire
Malgré cette perte majeure, l’Inrae affiche sa détermination. L’institut annonce que cette destruction renforce encore la détermination des équipes de recherche à concevoir et mettre en place de nouveaux dispositifs et à poursuivre les travaux indispensables pour comprendre et accompagner l’adaptation des forêts aux changements globaux.
Ce mercredi 29 juillet, le mégafeu reste stabilisé mais toujours pas fixé. Un nouveau pic de chaleur est attendu dans la journée, les maximales pouvant atteindre 41°C dans les terres. Le département est placé en vigilance orange canicule[5].
L’incendie qui ravage la Gironde depuis le 22 juillet illustre de manière tragique les enjeux mêmes des recherches qu’il vient d’anéantir : comprendre et anticiper l’impact du dérèglement climatique sur les forêts françaises.
Incendie en Gironde : les chiffres du désastre forestier
- L'Inrae a perdu près de 80 hectares de dispositifs de recherche forestière sur le domaine de Castillonville en Gironde
- Le conservatoire de ressources génétiques du pin maritime, qui abritait des arbres de différentes provenances, a été touché
- Les deux arboretums du site et plus de 300 hectares de terrains expérimentaux à Cestas ont été préservés
- Le bilan officiel du 29 juillet fait état de 42 000 hectares brûlés en Gironde et 220 000 personnes évacuées
- Environ 14 500 entreprises sont paralysées, la forêt des Landes fournissant 30 à 40 % du sciage français pour palettes
- L'Inrae affirme sa détermination à reconstruire de nouveaux dispositifs pour poursuivre les travaux d'adaptation au climat
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés

