Quatorze pourcent des Guadeloupéens se disent en mauvais ou très mauvais état de santé. C’est presque deux fois plus que dans l’Hexagone. Le chiffre, extrait du rapport national de l’Assurance Maladie publié début juillet, ne surprendra aucun acteur de terrain. Pourtant, il pèse lourd. Parce qu’il confirme, avec la rigueur des données nationales, ce que les médecins, les élus et les habitants voient chaque jour : les inégalités de santé entre Guadeloupe et métropole ne se résorbent pas.
Le document dresse un état des lieux qui ne fait pas dans la dentelle. Maladies chroniques, accès aux soins, prévention : sur presque tous les indicateurs, la Guadeloupe accuse un retard. Pas une fatalité tropicale, précise le rapport, mais le résultat d’une conjonction de facteurs : pauvreté deux à quatre fois plus élevée, insularité qui complique l’accès aux spécialistes, environnement propice aux maladies vectorielles. Et des habitudes alimentaires qui se sont dégradées au profit des produits transformés et sucrés.
L’Assurance Maladie avance une série de recommandations. Reste à savoir lesquelles seront financées. Pour l’instant, ce ne sont que des propositions sur papier. Mais la matière première, elle, est là : plus d’un habitant sur deux en surcharge pondérale, un risque de diabète doublé, une couverture vaccinale contre le papillomavirus dérisoire, une santé mentale des jeunes en chute libre.
Plus d’un habitant sur deux en surcharge pondérale
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En Guadeloupe comme dans les autres territoires ultramarins, 51,8 % de la population est en surcharge pondérale, dont 22,4 % en situation d’obésité. C’est bien au-dessus de la moyenne nationale. La conséquence directe, c’est un taux de diabète deux fois supérieur à celui de l’Hexagone[1].
L’alimentation est pointée du doigt. En Guadeloupe, la consommation de boissons sucrées atteint 69 grammes par jour, contre 39 en métropole. Les fruits et légumes frais, eux, se font rares dans les assiettes : seuls 16 à 39 % des habitants en consomment quotidiennement, selon les territoires ultramarins, contre 59 % dans l’Hexagone. Les produits transformés, riches en sucre et en sel, ont progressivement remplacé une alimentation locale plus équilibrée[2].
Face à cette situation, l’Assurance Maladie préconise un meilleur encadrement de la teneur en sucre des produits vendus en Guadeloupe. Une mesure réclamée depuis des années par les professionnels de santé, mais qui relève désormais d’une décision politique : va-t-on réglementer l’industrie agroalimentaire pour protéger la population ? Rien n’est acté.
Vaccination et dépistages : des retards inquiétants

La prévention, c’est l’autre grande faiblesse. En Guadeloupe, seulement 26 % des filles et 14 % des garçons sont vaccinés contre le papillomavirus, loin derrière certaines régions hexagonales où ces taux dépassent 70 %. La participation aux dépistages organisés des cancers reste elle aussi inférieure à la moyenne nationale[3].
Ces chiffres traduisent un double problème : une information insuffisante et un accès compliqué aux campagnes de prévention. Les acteurs de terrain le répètent : sans moyens pour aller vers les publics les plus éloignés du système de santé, les inégalités continueront de se creuser. L’Assurance Maladie propose des actions renforcées en prévention. Encore faudra-t-il les financer et les déployer concrètement, dans les quartiers, dans les centres de santé, auprès des familles.
Des spécialistes en nombre insuffisant
Si la Guadeloupe dispose d’une offre satisfaisante en médecine générale, la densité de médecins spécialistes libéraux reste trop faible. Pour un patient qui doit consulter un cardiologue, un dermatologue ou un gynécologue, les délais s’allongent. L’alternative, la télémédecine, peine encore à s’imposer : seulement 22 % des Guadeloupéens ont activé leur espace numérique de santé, contre 35 % au niveau national[1].
Le rapport souligne que la téléconsultation reste trois fois moins développée qu’en métropole. Pourtant, dans un territoire insulaire où certains habitants vivent loin des centres hospitaliers, c’est un levier essentiel. L’Assurance Maladie préconise son développement, mais sans préciser les moyens d’y parvenir : formation des professionnels, équipement des centres de santé, accompagnement des patients.
Santé mentale : quatre jeunes sur dix en souffrance

C’est l’un des indicateurs les plus alarmants du rapport. Quatre jeunes ultramarins sur dix souffrent de symptômes dépressifs, contre 28 % dans certaines régions hexagonales. En Martinique voisine, on compte 17 psychologues pour 100 000 habitants, contre 36 dans l’Hexagone. En Guyane, la situation est encore plus critique avec seulement 0,3 psychiatre pour 100 000 habitants, contre 8,2 en métropole[2].
L’offre de soins en santé mentale est clairement insuffisante. Or, la demande explose, portée par une précarité sociale aggravée et un isolement géographique qui pèse sur les habitants. L’Assurance Maladie recommande des actions renforcées, sans détailler le nombre de postes à créer ni les moyens à mobiliser. Une fois encore, tout dépendra des arbitrages budgétaires à venir.
Des recommandations en attente de financement
Renforcement de la lutte contre le diabète, encadrement des produits sucrés, développement de la télémédecine, actions en santé mentale, rattrapage des dépistages et de la vaccination : les préconisations de l’Assurance Maladie sont connues. Elles ne sont, à ce stade, que des orientations. Reste à savoir lesquelles seront retenues, financées et mises en Å“uvre par les pouvoirs publics.
Car les acteurs de terrain le disent depuis des années : les inégalités d’accès aux soins entre Guadeloupe et métropole ne sont pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques et budgétaires. Ce rapport rappelle que ces écarts persistent. Il appartient désormais à l’État et aux collectivités de transformer ces constats en actions concrètes, mesurables, financées. Sinon, dans deux ans, un nouveau rapport viendra dire la même chose.
Sources
3 sources · 5 faits vérifiés

