Deux explosions ont secoué Damas mardi 7 juillet au matin, près de l’hôtel où Emmanuel Macron avait passé la nuit, faisant 18 blessés. Le président français, déjà au palais présidentiel, est indemne.
Il est 9h30 quand un premier engin piégé fait exploser une voiture dans le centre de la capitale syrienne. Cinq minutes plus tard, une seconde déflagration : une bombe placée dans une poubelle. Les explosions se produisent à quelques mètres de l’hôtel emblématique de Damas où le chef de l’État français avait dormi, un lieu censé figurer parmi les plus sécurisés de la ville.
Au moment des attentats, Emmanuel Macron et la délégation française (ministres et chefs d’entreprise) venaient d’arriver au palais présidentiel. Le président Ahmed al-Charaa, ancien djihadiste devenu chef de l’État syrien il y a 18 mois, les y accueillait. Cette visite, la première d’un dirigeant occidental depuis la chute de Bachar al-Assad fin 2024, vise à accompagner la reconstruction d’un pays ravagé par 14 ans de guerre civile.
Un habitant filme depuis son appartement. « J’étais juste à côté, tout d’un coup on a entendu une première détonation », raconte-t-il. La fumée s’élève dans un quartier que les forces de sécurité syriennes surveillent pourtant de près[1]. Malgré la double déflagration, l’Élysée confirme rapidement : le programme présidentiel est maintenu.
Une visite sous très haute tension
« Nous avons fait ce voyage en connaissance de cause. J’ai une pensée pour les blessés de ce matin. J’espère que la santé et la situation de chacun s’amélioreront dans les meilleurs délais », déclare Emmanuel Macron quelques heures après les faits. Le ministère de l’Intérieur syrien dénombre 18 blessés, dont quatre policiers[2].
Aucune revendication n’a été faite dans l’immédiat. Le nouveau pouvoir syrien compte pourtant des ennemis déclarés : les partisans de Bachar al-Assad, en exil ou dans la clandestinité, et l’État islamique, dont la menace plane toujours sur le pays. Jeudi dernier, un attentat à la bombe dans un café du centre de Damas a tué dix personnes. La sécurité reste fragile, malgré les efforts du gouvernement d’Ahmed al-Charaa pour stabiliser le territoire.
L’ex-instructeur du Raid Bruno Pomart, interrogé sur LCI, estime que « le président est sécurisé lorsqu’il y a ce type de risque ». Il précise qu’une unité du Raid accompagne Emmanuel Macron en Syrie, dispositif exceptionnel pour une visite diplomatique dans un pays où la paix reste précaire[3].
Reconstruction et contrats : les objectifs français
La délégation française comprend plusieurs dirigeants d’entreprises majeures, dont Rodolphe Saadé (CMA CGM) et Patrick Pouyanné (TotalEnergies). L’objectif affiché : participer à la reconstruction syrienne et sécuriser des contrats pour l’industrie française. La France, qui avait rompu ses relations diplomatiques avec Damas en 2012, tente un retour en position de force avant d’autres puissances occidentales.
Lundi soir, Emmanuel Macron avait dîné avec Ahmed al-Charaa dans un restaurant du centre de Damas, avant de l’accompagner à la mosquée des Omeyyades, haut lieu symbolique de la capitale. Cette visite nocturne visait à marquer la normalisation progressive des relations entre Paris et le nouveau pouvoir syrien, malgré le passé djihadiste du président intérimaire.
Le président français a quitté la Syrie en soirée, avec des promesses de contrats pour les entreprises françaises. Arnauld Miguet, correspondant de France Télévisions au Moyen-Orient, résume : « Premier déplacement d’un chef d’État occidental depuis la chute de Bachar al-Assad. Cette visite aura été aussi historique que mouvementée dans ce pays où la paix reste encore très fragile. »
Pourquoi cette visite sous haute tension
Un contexte régional tendu
Cette visite intervient à la veille du sommet de l’Otan prévu à Ankara les 7 et 8 juillet 2026. Emmanuel Macron doit y retrouver Donald Trump et d’autres dirigeants occidentaux pour discuter de la sécurité régionale, notamment au Moyen-Orient. La Syrie figure parmi les dossiers épineux : la présence turque dans le nord du pays, les tensions avec Israël et l’Iran, et le retour de l’État islamique compliquent la stabilisation.
La France avait déjà rencontré Ahmed al-Charaa lors du sommet de l’Union européenne à Nicosie, à Chypre, en avril 2026. Cette rencontre préparait la visite de Damas, première étape d’une normalisation diplomatique que Paris espère mener avant ses partenaires européens.
Les risques de la normalisation
Le parcours d’Ahmed al-Charaa suscite la méfiance. Ancien chef du groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham, il a pris le pouvoir à la faveur de l’effondrement du régime Assad fin 2024. Sa conversion à la gouvernance civile et ses promesses de reconstruction n’ont pas encore convaincu tous les observateurs. Des exactions contre des minorités religieuses et des opposants ont été documentées dans les premiers mois de son mandat.
Pour Paris, le pari est double : peser sur la reconstruction et éviter que d’autres puissances (Russie, Chine, Turquie) ne captent seules les opportunités économiques. Mais le risque sécuritaire demeure élevé, comme l’ont montré les explosions de mardi matin. La visite d’Emmanuel Macron s’inscrit dans une stratégie d’influence régionale, à un moment où la France tente de retrouver un rôle au Moyen-Orient après des années de retrait relatif.
Prochaines étapes
La France n’a pas encore annoncé de réouverture d’ambassade à Damas, mais des contacts diplomatiques réguliers sont prévus dans les mois à venir. Des missions économiques françaises devraient se rendre en Syrie avant la fin de l’année pour évaluer les opportunités dans les infrastructures, l’énergie et les télécommunications. Le gouvernement syrien, de son côté, cherche à diversifier ses partenaires pour ne pas dépendre uniquement de la Russie et de l’Iran, deux pays qui ont soutenu Bachar al-Assad jusqu’à sa chute.
Les explosions de ce mardi rappellent cependant que la normalisation se fera sous haute tension. La capacité du nouveau pouvoir syrien à garantir la sécurité des investisseurs et des diplomates étrangers sera scrutée de près dans les prochains mois.
Explosions à Damas : les faits
- Deux explosions le 7 juillet 2026 à Damas, près de l'hôtel d'Emmanuel Macron : 18 blessés, le président indemne
- Première visite d'un chef d'État occidental en Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad fin 2024
- Emmanuel Macron accompagné de Rodolphe Saadé (CMA CGM) et Patrick Pouyanné (TotalEnergies) pour des contrats de reconstruction
- Ahmed al-Charaa, ancien djihadiste, dirige la Syrie depuis 18 mois et tente une normalisation diplomatique
- Aucune revendication des attentats : partisans d'Assad ou État islamique suspectés
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
