Sur le Tour de France femmes 2026, quatre équipes tricolores de divisions inférieures tentent de se faire remarquer face à la domination écrasante de la FDJ United-Suez, numéro un mondial.
Le contraste est saisissant dès le paddock. D’un côté, les imposants bus de la FDJ United-Suez, armada française numéro un mondiale avec Demi Vollering en leader. De l’autre, quatre formations tricolores modestes qui débarquent avec des camping-cars et une flotte réduite : Cofidis, Ma Petite Entreprise (MPE), Saint-Michel-Préférence Home-Auber 93 et Mayenne-Monbana-MyPie. “On est les petits Poucets du Tour. Ça se voit rien que sur le parking avec les véhicules”, souriait Damien Baucheron, directeur sportif de Ma Petite Entreprise, à l’arrivée de la première étape depuis Lausanne.
Le fossé ne tient pas qu’aux véhicules. Il sépare aussi les budgets, les moyens humains et la visibilité médiatique. Pendant que la FDJ United-Suez a franchi le cap des 7 millions d’euros de budget annuel et aligne 23 victoires cette saison, les quatre autres équipes françaises évoluent en divisions inférieures et peinent à décrocher des résultats sur les arrivées au sprint ou au classement général. Mayenne-Monbana-MyPie dispute pourtant son cinquième Tour de France, mais a dû se résoudre à un camping-car à cause d’une panne de bus.
L’échappée comme seule stratégie pour briller
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Face à ce déséquilibre, les quatre équipes modestes ont tranché : elles ne viendront pas jouer le général. “L’objectif c’est d’exister, de participer activement à la course. L’idée c’est de jouer, s’amuser, prendre du plaisir. On veut que nos filles soient entreprenantes”, expliquait Michaël Armand, directeur technique de Ma Petite Entreprise, avant le grand départ. Mélanie Briot, directrice sportive de Cofidis, affichait la même ligne : “Le but, sur ce Tour, c’est d’exister au milieu des cadors. On ne vient pas pour le classement général, mais pour essayer de survivre. Exister, c’est prendre des échappées, du plaisir, peut-être aller chercher le maillot blanc ou à pois.”
La stratégie a payé dès la première étape. Océane Mahé, coureuse de Ma Petite Entreprise, a décroché le maillot à pois de la meilleure grimpeuse au soir de sa première journée de course. Une performance symbolique pour une équipe qui avait décroché sa première victoire seulement en mai dernier, au Tour du haut Limousin. “Océane avec le maillot à pois au soir de sa première étape sur le Tour, le premier de l’équipe, on ne pouvait pas rêver mieux comme entame !”, savourait Damien Baucheron samedi à Lausanne. “C’est déjà elle qui avait offert la première victoire de l’histoire de l’équipe en mai. On est offensif sur le vélo depuis le début de l’année. De pouvoir le montrer sur la première étape du Tour, ça met en valeur le côté entrepreneurial de l’équipe. Il faut savoir prendre des risques pour être récompensé.”
Océane Mahé a conservé le maillot deux jours avant que la Néerlandaise Puck Pieterse, de l’équipe Fenix, ne s’en empare au soir de la troisième étape. Peu importe : pour Michaël Armand, le pari était déjà gagné. “On a déjà réussi notre Tour grâce à la visibilité acquise en une journée”, confiait-il dimanche matin au départ d’Aigle, au pied du modeste camping-car de l’équipe.
FDJ United-Suez, un géant devenu intouchable

La domination de la FDJ United-Suez écrase le paysage du cyclisme féminin français. L’équipe est passée d’un budget de 1 million d’euros à ses débuts à environ 7 millions d’euros en quelques années[2]. Cette montée en puissance fulgurante a été pilotée par Stéphane Pallez, présidente de la Française des Jeux, arrivée fin 2014 et convaincue que l’entreprise devait investir le cyclisme féminin après 30 ans de présence masculine. “C’est bizarre qu’on soit aussi forts dans le cyclisme masculin et qu’on n’utilise pas notre force, notre réputation, nos moyens pour avoir aussi un pied dans le cyclisme féminin”, expliquait-elle. “C’est dommage qu’en France, les grandes championnes françaises courent dans des équipes étrangères.”
Le résultat est spectaculaire. La FDJ United-Suez affiche 23 victoires cette saison, a remporté la quasi-totalité des classiques (Liège-Bastogne-Liège, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Strade Bianche) et a décroché la première place mondiale[3]. “On a réussi à faire taire des années de rumeurs qu’une équipe française ne pouvait pas être numéro un mondiale. La saison le montre. C’est soi-disant impossible pour une équipe française parce qu’on ne peut pas recruter à l’étranger, parce qu’on a une pression fiscale. Là , on est en train de démontrer qu’on peut le faire”, rappelait Stephen Delcourt, manager général.
L’équipe a recruté la star néerlandaise Demi Vollering, enchaîne les podiums et bénéficie de moyens logistiques alignés sur les meilleures formations mondiales. Les coureuses peuvent arrêter de travailler, bénéficient d’aménagements pour leurs études et d’un staff complet. “On a donné les moyens aux femmes de concourir dans les meilleures conditions. Les performances sont là , la visibilité est là ”, résumait Delcourt.
Pourquoi les équipes françaises peinent face à la FDJ
Cofidis : une équipe historique en retrait
Cofidis, équipe française professionnelle fondée en 1997 et longtemps alignée au plus haut niveau, évolue désormais en UCI ProTeam, deuxième division mondiale, après avoir été reléguée en 2026[1]. Dirigée par Cédric Vasseur, l’équipe a connu des heures de gloire au début des années 2000 (David Millar avait pris le maillot jaune lors du prologue 2000, Bobby Julich avait fini troisième en 1998) mais n’a jamais retrouvé ce niveau. Entre 2010 et 2019, Cofidis a évolué en deuxième division avant de remonter en World Tour de 2020 à 2025. Guillaume Martin a terminé huitième du Tour de France masculin 2021, meilleur Français au général, mais l’équipe peine à rivaliser avec les grosses écuries.
Sur le Tour de France femmes, la stratégie est claire : survivre et saisir les opportunités. Mélanie Briot mise sur les échappées, les jeunes coureuses et les maillots distinctifs, sans viser le podium. Cofidis a lancé sa saison 2026 en janvier avec un clip promotionnel affichant “toute l’équipe prête” et un message de détermination[4], mais ses moyens restent très inférieurs à ceux de la FDJ.
Des ambitions limitées, mais une présence assumée
Les quatre équipes françaises modestes ne nourrissent aucune illusion. Elles savent qu’elles ne peuvent pas lutter contre la FDJ United-Suez ni contre les autres armadas étrangères comme Visma | Lease a bike, qui aligne Pauline Ferrand-Prévôt. Mais elles refusent de se résigner à la figuration. “Il faut savoir prendre des risques pour être récompensé”, martèle Damien Baucheron. Océane Mahé l’a prouvé en s’emparant du maillot à pois dès la première étape, offrant à son équipe une visibilité qui dépasse largement son budget.
Ma Petite Entreprise, dont le nom même incarne la modestie des moyens, assume son statut de challenger. “On est offensif sur le vélo depuis le début de l’année. De pouvoir le montrer sur la première étape du Tour, ça met en valeur le côté entrepreneurial de l’équipe.” Ce positionnement tranche avec l’approche dominatrice de la FDJ, qui arrive sur le Tour avec trois semaines de stage à Tignes, un mois de juillet allégé en compétition et une ambiance “colonie de vacances” pour préparer son équipe.
Pour les équipes modestes, chaque échappée compte, chaque passage devant les caméras aussi. Saint-Michel-Préférence Home-Auber 93 et Mayenne-Monbana-MyPie appliquent la même recette : placer des coureuses dans les premières échappées, tenter de décrocher un maillot distinctif, exister médiatiquement. Les résultats finaux importent moins que la visibilité acquise en cours de route. “On a déjà réussi notre Tour”, concluait Michaël Armand après deux jours de course et un maillot à pois porté.
Le contraste entre la FDJ United-Suez et les quatre autres équipes françaises illustre la fracture qui traverse le cyclisme féminin : d’un côté, une équipe dotée de moyens industriels et capables de rivaliser avec les meilleures mondiales ; de l’autre, des formations artisanales qui survivent grâce à l’audace et aux coups d’éclat. Sur les routes du Tour de France femmes 2026, les petits Poucets français continuent de courir, un camping-car contre des bus, des échappées contre des victoires d’étape. Mais ils courent.
Tour de France femmes 2026 : les équipes françaises en chiffres
- Océane Mahé (Ma Petite Entreprise) a décroché le maillot à pois dès la première étape du Tour de France femmes 2026
- La FDJ United-Suez, numéro un mondial, affiche 23 victoires cette saison avec un budget passé de 1 à 7 millions d'euros
- Cofidis, équipe historique fondée en 1997, a été reléguée en deuxième division (UCI ProTeam) en 2026
- Quatre équipes françaises modestes (Cofidis, Ma Petite Entreprise, Saint-Michel, Mayenne) misent sur les échappées et les maillots distinctifs pour exister
- Mayenne-Monbana-MyPie dispute son cinquième Tour de France avec un camping-car après une panne de bus
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

