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Face au duo britanno-néerlandais, la France défend sa filière navale : 8 navires amphibies pour 2,8 milliards d’euros

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Le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont scellé un accord de 2,4 milliards de livres pour construire huit navires de transport amphibie, quatre par marine, dans les chantiers britanniques.

La signature a eu lieu le 7 juillet, en marge du sommet de l’Otan à Ankara, entre le Premier ministre britannique Keir Starmer et son homologue néerlandais Rob Jetten. L’enveloppe, chiffrée à 3,2 milliards de dollars, couvre l’ensemble du programme et repose sur une conception néerlandaise assemblée outre-Manche.

Deux marines européennes s’engagent à opérer des bâtiments identiques, à s’entraîner ensemble et, le cas échéant, à combattre côte à côte. Un modèle de mutualisation qui contraste avec la position française, restée à l’écart de cette architecture capacitaire.

En chiffres
2,4 Md£
Montant de l'accord
soit 3,2 milliards de dollars
8
Navires amphibies
4 pour chaque marine
160 m
Longueur des bâtiments
pour 15 000 tonnes
2030
Premières livraisons
à partir du début de la décennie

Un accord de 2,4 milliards de livres signé à Ankara

Les futurs navires, des landing platform docks (LPD), s’appuient sur un plan néerlandais et sortiront des chantiers britanniques, en collaboration avec l’industrie des Pays-Bas[2]. Le contrat prévoit huit unités au total, réparties à parts égales entre la Royal Navy et la marine royale néerlandaise[1].

Chaque bâtiment mesure 160 mètres de long pour 15 000 tonnes. Ils transporteront troupes, véhicules et équipements, drones compris[4]. Leurs ponts d’envol sont conçus pour accueillir les drones longue portée actuels et à venir, ainsi que des systèmes autonomes, dans la logique de bascule de la Royal Navy vers une flotte hybride.

Selon le gouvernement britannique, la construction devrait soutenir plusieurs centaines d’emplois qualifiés au Royaume-Uni[4]. Les premières livraisons sont attendues à partir du début des années 2030[2].

Le programme amphibie britanno-néerlandais en chiffres
Élément Donnée
Montant total 2,4 milliards de livres (3,2 milliards de dollars)
Nombre de navires 8 (4 par marine)
Longueur 160 mètres
Déplacement 15 000 tonnes
Entrée en service À partir du début des années 2030
Lieu de construction Chantiers britanniques

Source : GOV.UK

Deux marines qui opéreront le même matériel

L’accord ne se limite pas à la coque. Il organise une montée en puissance de la coopération entre la Royal Navy et la marine royale néerlandaise en matière d’entraînement, de déploiement et d’opérations[3]. Londres y voit une étape vers une intégration plus étroite des deux flottes, alors que les deux pays investissent dans les drones et les technologies sans équipage.

Le secrétaire d’État à la Défense Dan Jarvis a résumé l’intention : « Nous construisons une force amphibie encore plus forte avec les Pays-Bas, renforçant notre défense et notre dissuasion en tant qu’alliés proches de l’Otan et partenaires de la Joint Expeditionary Force. Nos forces opéreront le même équipement et se déploieront ensemble en exercice, de sorte que, si nécessaire, nous puissions combattre et vaincre ensemble. »[3]

Keir Starmer a insisté sur la répartition des rôles industriels : le savoir-faire britannique de production combiné à l’expérience néerlandaise de conception et de navigation, pour livrer des plateformes aux forces amphibies d’élite des deux pays[2].

Pourquoi ce programme naval écarte la France

Intégration des marines
Royal Navy et marine néerlandaise opéreront des bâtiments identiques, s'entraîneront et se déploieront ensemble sous bannière Otan et JEF.
Charge industrielle verrouillée
La construction dans les chantiers britanniques doit soutenir plusieurs centaines d'emplois qualifiés au Royaume-Uni.
Un axe naval nord-européen
La coopération prolonge les accords existants entre Pays-Bas et Belgique sur frégates et chasseurs de mines, dont la France reste écartée.
Standards drones et autonomes
Les deux marines fixent des standards communs de systèmes sans équipage qui pèseront sur l'interopérabilité future de l'Otan.

Un contrat qui prolonge le carnet de commandes britannique

Ce marché s’inscrit dans le Defence Investment Plan britannique, qui vise à faire de la Royal Navy une flotte hybride plus technologique. Il suit un précédent contrat par lequel le Royaume-Uni fournira cinq frégates de Type 26 à la Norvège, un programme que Londres présente comme soutenant 4 000 emplois britanniques[1].

Les deux gouvernements ont par ailleurs affiché leur volonté de protéger les infrastructures sous-marines et de travailler ensemble sur les menaces émergentes de défense et de sécurité. Une orientation qui répond à la vulnérabilité croissante des câbles et pipelines en mer du Nord.

La France, absente d’une équation qu’elle connaît bien

La logique de mutualisation entre Londres et La Haye n’a rien d’inédit sur le continent. Les Pays-Bas pilotent déjà, dans le cadre d’un accord signé avec la Belgique en novembre 2016, l’acquisition de frégates pour les deux marines, Bruxelles prenant la tête du programme de nouveaux chasseurs de mines[5]. Ces chasseurs de mines belgo-néerlandais succèdent d’ailleurs à la classe Alkmaar, développée dans les années 1980 avec la Belgique et la France.

Paris possède une expertise reconnue dans le domaine amphibie, avec les porte-hélicoptères de la classe Mistral opérés par la Marine nationale. Mais l’architecture capacitaire retenue par Londres et La Haye consacre un axe naval nord-européen dont la France reste, sur ce programme, extérieure. Le choix d’une conception néerlandaise assemblée dans les chantiers britanniques verrouille la charge industrielle au bénéfice des deux signataires.

L’enjeu dépasse la coque. En imposant des bâtiments identiques et des standards communs de drones et de systèmes autonomes, les deux marines créent une interopérabilité qui pèsera dans les futures opérations de l’Otan et de la Joint Expeditionary Force. Chaque programme mutualisé conclu sans Paris réduit d’autant la surface d’influence de l’industrie navale française sur les standards européens à venir.

Navires amphibies UK-Pays-Bas : les données de l'accord

  • Accord de 2,4 milliards de livres signé le 7 juillet 2026 à Ankara
  • Huit navires amphibies, quatre par marine
  • 160 mètres de long, 15 000 tonnes, ponts d'envol pour drones
  • Conception néerlandaise, construction dans les chantiers britanniques
  • Livraisons attendues à partir du début des années 2030
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Correspondante défense & militaire Hélène couvre l'industrie de défense et les questions militaires. Contrats export, programmes d'armement, budgets : elle décrypte un secteur où l'industriel et le politique sont indissociables, en s'en tenant aux faits. Naval Group, Dassault, Thales, MBDA, KNDS, elle en connaît les dossiers.

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