Thales accélère sa montée en puissance industrielle en Europe, avec 850 millions d’euros d’investissements en 2026 et 9 000 recrutements pour répondre à la demande de défense.
Le groupe français de défense et d’électronique ne s’est jamais autant déployé sur le Vieux Continent. En trois ans, Thales a augmenté de plus de 40 % ses dépenses d’investissement sur le marché de la défense. L’objectif : monter en cadence sur les radars de surveillance aérienne, les systèmes de défense sol-air, les munitions guidées, les sonars et les communications militaires sécurisées. Le rythme s’accélère dans les usines françaises, néerlandaises, allemandes et britanniques, où le groupe modernise ses lignes, embauche et réduit les délais de livraison.
Cette expansion industrielle s’inscrit dans un contexte de budgets militaires européens en forte hausse. L’Allemagne, en particulier, a porté ses dépenses de défense à 108,2 milliards d’euros en 2026, contre 66,8 milliards en 2024. Berlin investit massivement dans les systèmes anti-drones, les radars de champ de bataille et les plateformes de commandement. Thales y multiplie sa production de radars GO12 par cinq d’ici fin 2026, après une commande de 60 systèmes passée en juin par l’Office fédéral de l’équipement de la Bundeswehr.
830 à 850 millions d’euros de dépenses industrielles en 2026
Les investissements de Thales dans la défense sont passés de 580 millions d’euros en 2024 à une fourchette de 830 à 850 millions en 2026[1]. Cette somme finance l’expansion des capacités de production, la modernisation des installations, l’ingénierie et les systèmes d’information. Sept domaines concentrent l’essentiel de l’effort : surveillance aérienne, défense aérienne, effecteurs (munitions guidées et roquettes), sonars et communications militaires.
Le groupe déploie ces moyens sur ses principaux sites européens. En France et aux Pays-Bas, la production de radars de surveillance et de défense aérienne a été multipliée par quatre entre 2021 et 2025. Aux Pays-Bas, Thales a signé en juin 2026 un partenariat stratégique avec le ministère de la Défense pour élargir la production et les capacités de test à Hengelo. L’objectif : augmenter de 60 % supplémentaires la fabrication d’antennes radar entre 2025 et 2028[3].
| Année | Investissements défense (M€) | Variation |
|---|---|---|
| 2024 | 580 | — |
| 2026 | 830-850 | +43 % Ã +47 % |
Source : Thales Group
En Allemagne, la montée en puissance porte sur les radars de champ de bataille GO12, fabriqués à Ditzingen (Bade-Wurtemberg). Ces systèmes portables de reconnaissance et d’artillerie détectent drones et véhicules à 360°. Déjà en service dans vingt pays, ils équiperont la Bundeswehr à hauteur de soixante unités supplémentaires.
9 000 recrutements, dont 70 % en Europe

Pour accompagner cette croissance, Thales recrute plus de 9 000 collaborateurs dans le monde en 2026, dont environ 70 % en Europe. Le groupe mise sur l’ingénierie, la production et les fonctions support pour absorber la hausse des commandes. Ces embauches se concentrent en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et au Royaume-Uni, où le groupe modernise également ses usines de radars, de sonars et de systèmes de mission pour frégates.
La dynamique des commandes soutient cet effort. Au premier semestre 2026, Thales a enregistré 12,47 milliards d’euros de prises de commandes, en hausse de 21 %[2]. L’activité est « soutenue tout particulièrement au Moyen-Orient », selon le groupe, mais aussi en Europe. Les radars, systèmes optroniques et solutions de commandement trouvent preneur en Allemagne, en Grèce (modernisation des systèmes de mission des frégates de classe Hydra), en Australie (blindés via filiales) et auprès de l’Occar, l’organisation conjointe de coopération en matière d’armement regroupant six pays européens.
Le groupe a également lancé début 2026 SkyDefender, un système de défense anti-aérienne multi-domaines bâti sur une architecture ouverte et modulaire. Conçu pour s’intégrer aux défenses existantes, il évolue au rythme des menaces. Ce type de plateforme répond à la demande croissante de solutions souveraines et interopérables, capables de coordonner des capteurs et des effecteurs de différentes origines.
Pourquoi Thales accélère sa production européenne
Désendettement éclair malgré la charge F126
Thales a réduit sa dette nette de 3,4 milliards à 0,5 milliard d’euros en un an, malgré une charge exceptionnelle de 450 millions d’euros liée à l’annulation du programme de frégates F126 par l’Allemagne[2]. Cette charge, essentiellement sans effet sur la trésorerie, n’affectera ni l’EBIT ajusté ni le résultat net ajusté, mais réduira le résultat net part du groupe d’environ 350 millions. Le groupe avait été sélectionné par le chantier naval néerlandais Damen Schelde Naval Shipbuilding pour fournir radars, capteurs, systèmes de gestion de combat et intégration de la plateforme de combat.
L’impact de cet arrêt sur l’activité reste limité : environ 0,5 % du chiffre d’affaires en 2026, puis moins de 1 % par an les années suivantes[4]. Compte tenu de la rentabilité inférieure à la moyenne du groupe sur ce contrat, son arrêt devrait même avoir un effet légèrement positif sur la marge d’EBIT ajusté, assure Thales.
Cette capacité à désendetter rapidement tout en accélérant les investissements industriels repose sur des carnets de commandes record et des marges en progression. La combinaison desserre l’étau financier et ancre le modèle sur la défense plutôt que sur les activités civiles. Thales recompose ainsi son profil de risque en l’arrimant davantage aux trajectoires budgétaires militaires qu’aux cycles civils.
Le groupe poursuit par ailleurs sa stratégie de partenariats au-delà des frontières européennes. Il travaille avec des champions nationaux dans la plupart de ses pays d’opération pour co-développer et fournir des solutions collaboratives. La Commission européenne a également choisi Thales pour sécuriser les projets de défense, via des outils numériques souverains et cybersécurisés. Selon Christoph Siegelin, vice-président de la transformation digitale du groupe, « Il faut mettre en place des outils numériques souverains, cybersécurisés et fiables »[5]. Cette solution ambitionne de s’imposer comme la référence pour les grands programmes stratégiques européens.
La montée en puissance de Thales en Europe illustre la recomposition industrielle du secteur de la défense. La filière devient un moteur de l’emploi industriel, avec des milliers de recrutements et des investissements massifs dans des sites répartis sur tout le continent. Le groupe français mise sur la rapidité de montée en cadence, la modernisation des outils et l’interopérabilité pour capter une part croissante des budgets militaires européens. La question reste celle de la durabilité de cette dynamique, dans un contexte où les trajectoires budgétaires allemandes et françaises divergent fortement.
Thales en Europe : les chiffres de la montée en puissance
- Thales investit entre 830 et 850 M€ dans la défense en 2026, soit +43 % par rapport à 2024
- Le groupe recrute 9 000 collaborateurs en 2026, dont 70 % en Europe
- La production de radars de surveillance aérienne a été multipliée par quatre entre 2021 et 2025 en France et aux Pays-Bas
- Thales a réduit sa dette nette de 3,4 Md€ à 0,5 Md€ en un an, malgré une charge de 450 M€ liée à l'arrêt du programme F126
- L'Allemagne a multiplié par cinq la commande de radars GO12 fabriqués à Ditzingen d'ici fin 2026
- Le groupe a enregistré 12,47 Md€ de prises de commandes au premier semestre 2026, en hausse de 21 %
Sources
5 sources · 6 faits vérifiés

