Sous les chapiteaux du parc Théodore-Monod, au Mans, ça sentait bon le frit chaud et le coco. Les 24 et 25 juillet 2026, la fête de Wallis-et-Futuna a planté son décor dans la Sarthe, et avec lui, une cuisine qu’on connaît trop peu ici. Pas de recettes abstraites ni de folklore désincarné : des beignets, du poisson frais mariné, des plats généreusement partagés, préparés à la vue des curieux, dans le bruit des conversations et le parfum des îles du Pacifique.
Autour des tables, on s’active. Claudine, Raphaël, Cristina, Jules et les autres découpent, assaisonnent, font dorer. Les visiteurs tournent, attirés autant par les odeurs que par cette promesse de goûter quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs. La cuisine n’était pas un à -côté de la fête : elle en était le centre.
Sur les tables, les recettes de Wallis-et-Futuna côtoient celles de Tahiti et des Marquises. C’est que les familles circulent entre les îles, que les savoir-faire voyagent aussi. Le porc, viande incontournable dans le Pacifique, occupe une place de choix. Les nems au poulet trouvent leur place à côté des plats traditionnels. Pour James Tissot, présent sur place, rien de mieux que ces nems pour commencer le repas.
Le firifiri, le beignet qui sent le coco
C’est un beignet, mais pas n’importe lequel. Le firifiri est préparé avec de la farine, de la levure, du sucre et du lait de coco[3]. Après friture, il devient doré à l’extérieur, moelleux dedans, et il porte ce parfum délicat qui vient du coco. On le mange tiède, souvent lors des moments de partage, des fêtes, des repas de famille. Sa texture franche, sa simplicité généreuse en font un des symboles de la convivialité insulaire.
Au Mans, les firifiri sortaient des cuisines encore chauds, et disparaissaient vite dans les mains des visiteurs. C’est que ce beignet-là , on ne le croise pas dans les boulangeries du coin. Il fallait être là ce week-end pour y goûter.
Le poisson cru au lait de coco, l’équilibre parfait
Dans le Pacifique, on ne badine pas avec la fraîcheur du poisson. Le poisson cru au lait de coco, c’est d’abord du poisson découpé le jour même, assaisonné avec du jus de citron vert, mêlé à des légumes croquants[5]. Le lait de coco vient après, apportant cette douceur ronde qui équilibre l’acidité. Le résultat réveille le palais sans brutalité : frais, franc, direct.
Ce plat incarne une autre facette de la cuisine de l’archipel : celle qui repose sur le produit, sur la mer, sur ce qui est disponible aujourd’hui. Pas de détour, pas de sophistication superflue. Le poisson parle, le coco accompagne.
Le faikai, ou la place des racines tropicales
Le faikai, c’est une famille de préparations plutôt qu’une recette unique. Selon les îles, selon les familles, on y trouve du taro, du manioc, de la banane ou d’autres féculents locaux, associés à la pulpe ou au lait de coco[5]. Ces plats sont servis lors des repas collectifs, ceux où la générosité du service compte autant que ce qui est dans l’assiette.
Le faikai rappelle que la cuisine de Wallis-et-Futuna ne se limite pas au poisson. Les produits végétaux, les racines surtout, y occupent une place centrale. Ils nourrissent, ils ancrent, ils racontent aussi un territoire où l’on cultive ce qui pousse là , où l’on cuisine ce qui est disponible.
Une cuisine qui ne se résume pas à des recettes
Derrière chaque plat servi au Mans se cache une histoire familiale, une île, une façon singulière de recevoir. La force de cette cuisine ne réside pas seulement dans ses saveurs : elle tient aussi dans la générosité du partage, dans le repas pris ensemble, dans ce moment où l’on se retrouve autour d’une table commune.
Les danses, les tatouages traditionnels, la musique accompagnaient les plats. Mais c’est bien la cuisine qui créait cet espace de rencontre entre les familles, les générations, les visiteurs de passage. On ne vient pas seulement pour goûter : on vient pour comprendre, pour se rapprocher, pour toucher du doigt une culture qui vit loin d’ici mais qui reste bien française.
La prochaine fois que vous croiserez un firifiri, un poisson cru au lait de coco ou un faikai, prenez le temps de demander comment il a été préparé. Derrière le même nom, il y a souvent une histoire, une île et une façon singulière de recevoir. Ce week-end de juillet au Mans l’a rappelé : la cuisine de Wallis-et-Futuna mérite qu’on s’y arrête, qu’on la goûte, qu’on la connaisse mieux. Elle raconte l’archipel avec une simplicité très directe, entre produits de la mer, racines tropicales et repas partagés. Elle fait partie de notre patrimoine national, même si elle reste trop discrète sur les tables de métropole.
Sources
2 sources · 3 faits vérifiés

