Le Next40/120 2026 rompt avec sa logique purement financière. Julie Huguet, directrice de la Mission French Tech, assume un choix politique : valoriser les start-up stratégiques, pas seulement les plus rentables.
La messe était dite depuis plusieurs mois dans l’écosystème. Le French Tech Next40/120, baromètre annuel des start-up françaises les plus en vue, avait fini par incarner une contradiction : il était censé repérer les futurs champions, mais ne reflétait plus qu’une photographie économique figée, dominée par les levées de fonds et les volumes de revenus. Pour la promotion 2026, la Mission French Tech a tranché. Les règles du jeu ont changé.
Julie Huguet le formule sans détour : « Le French Tech 120 et le Next40 ont longtemps été une photographie purement économique, factuelle, de l’écosystème. Cela a permis de donner un coup de projecteur à nos champions du numérique comme Doctolib, Qonto, ManoMano et bien d’autres. » Mais ce miroir ne suffisait plus.
Un indice qui sort du seul critère financier
Pour la première fois, le Next40 intègre des critères qui dépassent la performance économique brute. Souveraineté technologique, compétitivité nationale, bien commun : ces dimensions, longtemps absentes du classement, entrent officiellement dans la sélection. « La French Tech doit servir les intérêts stratégiques du pays et le progrès sociétal », résume Huguet.[2]
Concrètement, cela se traduit par l’arrivée de deeptechs issues de la recherche publique et de laboratoires académiques. Des entreprises parfois moins avancées commercialement, mais jugées décisives sur des secteurs où la France ne peut pas se permettre de dépendre de l’extérieur : intelligence artificielle, quantique, cybersécurité, robotique. Mistral AI figure parmi les emblèmes de cette promotion, aux côtés de start-up du quantique qui font leur entrée dans un classement qui les aurait ignorées il y a cinq ans.
Le signal est politique autant qu’industriel. L’État assume désormais explicitement son rôle d’orienteur dans l’écosystème tech, au moment où les enjeux de souveraineté numérique ont cessé d’être un argument de conférence pour devenir une ligne budgétaire.
La maturité économique, autre marqueur de la cuvée 2026

L’ouverture aux deeptechs ne signifie pas un relâchement des exigences commerciales pour l’ensemble du classement. La cohorte 2026 affiche un niveau de maturité inédit. La moitié des entreprises du Next40 génèrent désormais 100 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.[3] C’est un retournement de logique : à ses débuts, le programme récompensait d’abord les tours de table les plus spectaculaires. Aujourd’hui, les entreprises y entrent parce qu’elles vendent réellement, pas seulement parce qu’elles lèvent.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Seuil de CA annuel pour la moitié du Next40 | 100 M€ |
| Engagement collectif des grands groupes (achats start-up) | 1 milliard d’euros |
| Entreprises dans le programme « Je choisis la French Tech » | 600+ |
| Partenaires institutionnels du programme | 90 |
| Grands groupes engagés (ADP, AXA, BPCE, Capgemini, CMA CGM, EDF, FDJ United, Orange, SNCF, Sopra Steria) | 10 |
Source : Mission French Tech, dossier de presse
Ce glissement reflète aussi une évolution de l’écosystème français dans son ensemble. Des acteurs comme Sekoia en cybersécurité, Exotec en robotique industrielle, Pigment en finance ou Sweep sur la transition écologique[4] figurent parmi les exemples cités par Huguet pour illustrer que les solutions françaises rivalisent désormais avec les leaders internationaux, y compris face aux hyperscalers américains ou aux labos d’IA de la Silicon Valley.
Pourquoi la France recentre sa politique start-up sur la souveraineté
“Je choisis la French Tech” : un milliard d’euros d’achats engagés
La refonte du Next40/120 n’est pas l’unique levier actionné. Le programme « Je choisis la French Tech », lancé il y a deux ans sous Clara Chappaz, franchit une étape supplémentaire en 2026. Dix grands groupes français, dont Orange, EDF, SNCF, AXA ou encore CMA CGM, portent collectivement à un milliard d’euros leurs achats auprès des start-up et scale-up françaises, en France et à l’international.
Le chiffre est symboliquement fort. Il traduit une tentative de court-circuiter le circuit long : plutôt que d’attendre que les start-up trouvent leurs clients seules, la Mission French Tech crée un flux de commandes directes depuis les grandes entreprises nationales. Le programme fédère déjà plus de 600 entreprises et 90 partenaires institutionnels.
C’est le versant « débouchés » d’une politique qui, par ailleurs, mise sur la visibilité et l’accompagnement. Durant un an, les start-up du Next40/120 bénéficient d’un accès facilité aux administrations, d’une mise en relation avec des clients potentiels et d’un réseau international via les 114 Capitales et Communautés French Tech labellisées, présentes dans 52 pays.
La France peut-elle encore produire des “super champions” ?

La question posée par Ouest-France à Julie Huguet n’est pas rhétorique. Elle traduit une inquiétude réelle dans l’écosystème : la France a su faire émerger des scale-up solides, mais elle peine à les garder et à les voir atteindre la taille des géants américains ou asiatiques. Huguet répond par l’affirmative, et la composition de la promotion 2026 est censée en apporter la preuve par les faits.
L’argument tient en deux parties. D’un côté, les entreprises matures du Next40, dont la moitié dépasse les 100 millions d’euros de revenus annuels, prouvent que le modèle économique est là. De l’autre, l’intégration des deeptechs dans le classement signale que la France mise sur une vague de fond, alimentée par la recherche publique, susceptible de produire des leaders mondiaux dans des secteurs où l’Europe est encore en position de jouer.
Mistral AI incarne cette ambition : un acteur de l’IA générative construit en France, face à OpenAI, Anthropic et Google DeepMind, qui a réussi à s’imposer comme une référence européenne en moins de trois ans. La Mission French Tech en fait un signal, pas une exception. Si la réforme du Next40/120 tient ses promesses, d’autres Mistral pourraient sortir du prochain cycle, cette fois dans le quantique ou la robotique.
French Tech Next40/120 2026 : les chiffres à retenir
- Pour la première fois, le Next40 intègre des critères de souveraineté technologique, pas seulement de performance économique.
- La moitié des start-up du Next40 2026 génèrent plus de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel.
- Mistral AI, des start-up du quantique et des deeptechs issues de la recherche publique entrent dans la promotion 2026.
- Dix grands groupes (Orange, EDF, SNCF, AXA, CMA CGM…) s'engagent à un milliard d'euros d'achats auprès des start-up françaises.
- Le réseau French Tech couvre 114 Capitales et Communautés dans 52 pays.
- Le programme Je choisis la French Tech rassemble plus de 600 entreprises et 90 partenaires institutionnels.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
