La promotion 2026 du Next40 marque un tournant : les deeptech supplantent les plateformes logicielles, les usines deviennent un marqueur de performance et la sélection repose désormais sur l’excellence technologique.
Pendant des années, la French Tech s’est construite autour des fournisseurs de solutions logicielles, des plateformes SaaS et des licornes adossées à des levées de fonds massives. La promotion 2026 du French Tech Next40/120 rompt avec ce modèle. Les deeptech représentent désormais 38 % du Next40 et 27 % du French Tech 120. C’est la première fois que les entreprises qui conçoivent et produisent des technologies matérielles (batteries, robots, exosquelettes, ordinateurs quantiques) occupent une place aussi centrale dans le classement national.
Le symbole de ce basculement tient en un mot : l’usine. La promotion compte 25 entreprises disposant de sites de production en France, soit 33 sites industriels répartis dans dix régions. Exotec fabrique ses robots logistiques à Wasquehal dans les Hauts-de-France. Verkor exploite sa gigafactory de batteries à Dunkerque. Wandercraft assemble ses exosquelettes, Tissium développe ses biomatériaux, Quobly ses systèmes quantiques. L’écosystème ne se contente plus de concevoir des algorithmes ou de vendre des abonnements. Il produit.
Un comité de sélection pour tourner la page des levées de fonds
Le changement le plus structurant ne se lit pas dans les statistiques, mais dans la méthode. Jusqu’en 2025, la sélection du Next40 reposait sur des critères financiers : chiffre d’affaires, levées de fonds, statut de licorne. La promotion 2026 introduit pour la première fois un comité de sélection indépendant, réunissant Bpifrance, Euronext, Capgemini, France Digitale, France Deeptech et la Direction générale des entreprises[1]. Ce comité évalue désormais l’excellence technologique, l’impact économique, le rayonnement international et la création d’emplois.
Cette évolution modifie en profondeur la nature du classement. Les entreprises les plus performantes ne sont plus celles qui attirent le plus de capital, mais celles qui construisent des capacités technologiques stratégiques et qui ancrent leur production en France. Le critère de contribution à la souveraineté industrielle, numérique et énergétique devient un pilier de la sélection.
Les résultats économiques restent solides. Le chiffre d’affaires cumulé des entreprises du French Tech 120 atteint 11,3 milliards d’euros, contre 10 milliards un an plus tôt. La croissance moyenne s’élève à 31 %, et 45 % des entreprises du classement, hors deeptech, sont désormais rentables. L’écosystème continue de créer des emplois : les entreprises de la promotion emploient 46 000 personnes en France et à l’international, contre 42 000 un an auparavant, dont 33 500 sur le territoire français.
Quinze nouveaux entrants, dont cinq promotions directes
Le renouvellement du Next40 est marqué cette année par quinze nouveaux entrants. Cinq entreprises font leur apparition pour la première fois dans le French Tech 120 : AMI Labs dans l’intelligence artificielle, Aura Aero dans l’aéronautique électrique, Hublo dans la gestion hospitalière, LegalPlace dans la legaltech et Quobly dans le quantique. Dix autres entreprises, déjà présentes dans le French Tech 120, accèdent au Next40, parmi lesquelles Pasqal (quantique), Aqemia (découverte de médicaments par IA), H Company (agents IA), Tissium (biomatériaux) et Wandercraft (exosquelettes)[2].
Ces nouveaux entrants illustrent un double mouvement. D’abord, la montée en puissance des secteurs technologiques stratégiques : quantique, IA appliquée, biotechnologies, aérospatial. Ensuite, le rôle croissant des entreprises qui transforment les technologies de rupture en produits industriels. Ce sont ces entreprises qui, dans la compétition mondiale, construisent les capacités technologiques qui ne se délocaliseront pas.
La promotion 2026 reste également portée par plusieurs figures historiques de la French Tech. Doctolib dans la santé, Qonto dans les services financiers, BlaBlaCar dans la mobilité, Back Market dans le reconditionnement électronique, Alan dans l’assurance santé et Mistral AI dans l’IA générative conservent leur place au sein du Next40. Ces entreprises témoignent de la capacité de l’écosystème français à faire émerger des leaders dans des secteurs à forte valeur ajoutée.
Pourquoi la French Tech mise sur l'industrie physique
Le tournant deeptech, symptôme d’une guerre technologique
Le basculement vers les deeptech ne relève pas d’une préférence sectorielle. Il répond à une nouvelle réalité géopolitique. Quelques jours seulement avant l’annonce de la promotion 2026, le gouvernement américain aurait bloqué l’accès international au dernier modèle d’IA développé par Anthropic. Ce qui se présentait encore récemment comme une compétition commerciale entre écosystèmes d’innovation devient une question d’accès, de contrôle et de souveraineté technologique[3].
La France a compris cette réalité. En faisant de la contribution à la souveraineté un critère de sélection officiel, elle relie explicitement le soutien aux scale-ups à une stratégie nationale. Le capital ne poursuit plus uniquement des multiples de croissance. Il est orienté vers l’autonomie stratégique. Ce n’est pas un signal faible, c’est un signal structurant pour les fondateurs européens.
Le programme French Tech Next40/120, créé en 2019, sélectionnait jusqu’en 2023 les start-ups sur la base de leur performance économique. Pour rejoindre le Next40, elles devaient soit atteindre le statut de licorne (valorisation d’au moins un milliard d’euros), soit avoir levé plus de 100 millions d’euros en trois ans. Pour intégrer le French Tech 120, le seuil était fixé à 40 millions d’euros levés, ou à un chiffre d’affaires d’au moins 10 millions d’euros avec une croissance annualisée de 25 % sur trois ans[5].
Ces critères ont été revus dans le cadre du groupe de travail French Tech Finance Partners, lancé en janvier 2023 par Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de l’Économie numérique. L’objectif était triple : adapter la sélection aux transformations du monde de la tech, renforcer le financement des deeptech et favoriser les entreprises à fort impact économique et sociétal[5].
| Secteur | Exemples d’entreprises |
|---|---|
| Intelligence artificielle | Mistral AI, AMI Labs, Aqemia, H Company |
| Quantique | Pasqal, Alice & Bob, Quobly |
| Industrie et robotique | Exotec, Wandercraft, Verkor |
| Santé et biotech | Doctolib, Alan, Medadom, Tissium |
| Services financiers et SaaS | Qonto, Swile, PayFit, Pennylane, Pigment |
| Mobilité et logistique | BlaBlaCar, Aura Aero, Flying Whales |
| Économie circulaire | Back Market |
Source : Licorne Society
La montée des deeptech ne signifie pas la disparition des autres secteurs. Le SaaS et les plateformes numériques restent présents, mais leur poids relatif diminue. Les entreprises qui conçoivent des technologies de rupture et qui les industrialisent en France captent désormais une part croissante du soutien public et de l’attention des investisseurs.
Cette évolution modifie également la géographie de l’innovation française. Les 33 sites industriels de la promotion sont répartis dans dix régions. Le Next40/120 ne se concentre plus uniquement sur Paris. Il reflète une dynamique de réindustrialisation qui irrigue l’ensemble du territoire, des Hauts-de-France au Grand Est, en passant par l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Le programme confirme que la France dispose désormais d’un écosystème capable de produire des leaders technologiques dans les secteurs les plus stratégiques. Reste à savoir si cet écosystème trouvera les débouchés industriels et commerciaux à la hauteur de son ambition. La question n’est plus de savoir si les entreprises françaises peuvent innover. Elle est de savoir si elles pourront transformer cette innovation en capacité industrielle durable, dans un contexte de compétition mondiale où les règles du jeu se durcissent.
Next40 2026 : les chiffres du basculement deeptech
- La promotion 2026 introduit pour la première fois un comité de sélection indépendant évaluant l'excellence technologique et l'impact sur la souveraineté
- 25 entreprises du Next40/120 disposent de sites de production en France, totalisant 33 usines dans 10 régions
- Les deeptech (IA, quantique, biotech, batteries, robotique) représentent 38 % du Next40, contre moins de 20 % auparavant
- Le chiffre d'affaires cumulé des 120 scale-ups atteint 11,3 milliards d'euros, en hausse de 13 % sur un an
- 15 nouveaux entrants rejoignent le Next40, dont 5 entreprises promouvant directement du French Tech 120 : AMI Labs, Aura Aero, Hublo, LegalPlace et Quobly
- La contribution à la souveraineté industrielle, numérique et énergétique devient un critère officiel de sélection pour la première fois
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés
DeepTech.
For those unfamiliar, the French Tech Next40/120 is France’s flagship program supporting the country’s most promising… | Insa Schniedermeier


