Le Grand Est continue de tenir. Tandis que la vague de défaillances d’entreprises poursuit sa montée à l’échelle nationale, notre région fait partie des quatre territoires français qui limitent les dégâts. Au deuxième trimestre 2026, 1 145 entreprises du Grand Est ont déposé le bilan, soit une hausse contenue à 1 % par rapport à la même période de 2025. Un chiffre qui place la région parmi les plus stables du pays, aux côtés de l’ÃŽle-de-France, de la Nouvelle-Aquitaine et des Pays de la Loire.
À l’échelle nationale, le tableau est beaucoup plus sombre. La France compte désormais 17 500 défaillances enregistrées sur le seul deuxième trimestre, en progression de 5,4 % sur un an. Depuis le début de l’année, 37 700 entreprises sont tombées, dont les deux tiers directement en liquidation. Un niveau supérieur de 40 % à celui constaté juste avant la pandémie de Covid-19 en 2020.
Ce qui frappe, dans cette progression, c’est la taille des entreprises touchées. Les très petites structures, celles de moins de trois salariés, concentrent 75 % des procédures collectives ouvertes. En Grand Est comme ailleurs, les TPE payent le prix fort de tensions de trésorerie qui ne faiblissent pas.
La Moselle recule, la Haute-Marne et la Meuse progressent
À l’intérieur du Grand Est, les situations départementales divergent[2]. Le Bas-Rhin reste parfaitement stable. La Moselle, elle, parvient même à reculer de 12 % sur ce front, un des rares départements français à inverser la tendance. À l’opposé, la Haute-Marne, la Meuse et la Marne connaissent des progressions particulièrement marquées, tirées vers le haut par la fragilité de leurs très petites entreprises.
Loyers en hausse de 10% en cinq ans : pourquoi la crise du logement continue en Centre-Val de Loire
Cette stabilité relative du Grand Est contraste avec d’autres régions françaises. L’Auvergne-Rhône-Alpes bondit de 22,9 %, les Hauts-de-France de 8,5 %, l’Occitanie de 6,8 %. À l’autre bout, la Bourgogne-Franche-Comté recule de 8,8 %, le Centre-Val de Loire de 12,8 %.
L’hébergement-restauration toujours sous tension
Secteur par secteur, les écarts sont nets. L’hébergement-restauration reste le plus exposé dans la région : les défaillances y progressent de 12 %, contre 7 % au niveau national[1]. Les cafés, les hôtels, les petits restaurants indépendants paient la faiblesse de la consommation et la persistance de coûts élevés. La construction, en revanche, montre des signes de répit : le nombre de défaillances recule de 7 % en Grand Est, contre une baisse de seulement 2 % en France. L’agriculture, elle, connaît un fort recul de 19 % des procédures, là où elle progresse de 13 % à l’échelle du pays.
Mais ce répit sectoriel masque une réalité plus complexe. À l’intérieur de la construction, le gros Å“uvre retrouve des couleurs pendant que les travaux publics et la promotion immobilière continuent de souffrir. Dans le commerce, les activités de détail s’améliorent, mais le commerce automobile reste exposé.
Un impact social contenu, pour l’instant
L’impact social de ces défaillances reste, pour l’instant, mesuré. Au niveau national, 58 830 salariés sont concernés par une procédure collective au deuxième trimestre 2026, en recul de 9,5 % sur un an. Ce paradoxe s’explique par la taille des structures qui tombent : ce sont d’abord les toutes petites entreprises, souvent sans salarié ou avec un ou deux postes, qui déposent le bilan. Les grandes défaillances, celles qui emportent des centaines d’emplois, restent rares à ce stade.
Brocantes, pop-up et mode gratuite : ce que Paris réserve aux Franciliens en août 2026
Thierry Millon, directeur des études chez Altares, observe la situation avec prudence. « L’économie résiste mais s’essouffle. Les prévisions de croissance s’orientent désormais sur un taux de 0,7 %, un scénario incompatible avec un reflux des défaillances d’entreprises[5]. » Il ajoute que « les épisodes successifs de canicule pourraient encore accentuer le ralentissement en pesant sur la consommation, la productivité et les secteurs particulièrement exposés. Cette situation fragilise en premier lieu les TPE et les PME, qui concentrent l’essentiel des défaillances. »
Entre croissance atone et tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le risque reste orienté à la hausse. Le cabinet Altares anticipe désormais plus de 70 000 défaillances sur l’ensemble de l’année 2026 en France. Dans ce contexte national, le Grand Est fait figure d’exception. Mais cette stabilité relative ne signifie pas immunité : la région reste exposée aux mêmes fragilités structurelles que le reste du pays, et ses petites entreprises continuent de naviguer dans des eaux étroites.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

