Le tribunal de commerce de Cayenne a convoqué 1 500 entreprises simultanément. Derrière ce chiffre sans précédent, une crise économique qui frappe le BTP et la restauration bien au-delà de la moyenne nationale.
1 500 entreprises sommées de se présenter devant le tribunal de commerce. En Guyane, ce scénario n’avait jamais eu lieu. Il dit, à lui seul, l’ampleur d’une situation que les acteurs économiques locaux qualifient d’inédite.
Le territoire concentre la hausse la plus spectaculaire de tout l’outre-mer français : 125 % de défaillances supplémentaires sur la période juin 2024 – juin 2025, contre +10,8 % pour l’ensemble des territoires ultramarins et +8,2 % dans le reste de la France, selon l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (Ideom). Jean-Charles Aubert, greffier au tribunal de commerce de Cayenne, parle d’un «constat inquiétant».
BTP à l’arrêt, restauration à genoux
Deux secteurs concentrent les dégâts. Le BTP d’abord, asphyxié par une absence chronique de commande publique. En février 2024, la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) avait adopté une programmation pluriannuelle d’investissements de 1,3 milliard d’euros sur quatre ans. Un montant que les professionnels du secteur décrivent comme «faramineux». Le problème : aucun chantier n’a suivi. «Les montants sont faramineux, mais pour l’instant, aucun chantier n’est engagé», tance Emmanuel Bazin de Jessey. [1]
L’Ordre des architectes de Guyane dresse le même constat. Son président André Barrat déplore qu’«aucun concours d’architecture, ni projet structurant, n’a été lancé depuis le début de cette mandature». Et d’ajouter : «Même si des concours sont lancés maintenant, il faudra trois ans avant que cela ne se concrétise en chantier.» Une filière décrite comme étant «sur un fil».
La restauration subit une pression identique. Fragilisée par la hausse des coûts et une demande intérieure sous tension, elle figure parmi les premières victimes de cette vague de défaillances qui touche l’ensemble de l’outre-mer.
Un territoire déjà fragile, une spirale qui s’accélère
Les 2 605 défaillances enregistrées outre-mer entre juin 2024 et juin 2025 replacent la situation guyanaise dans un cadre plus large. Mais la Guyane fait figure d’exception à l’intérieur même de cette exception. Sa hausse de 125 % pulvérise les niveaux observés dans les autres territoires ultramarins.
Le décalage entre les annonces d’investissement public et leur concrétisation sur le terrain structure une grande partie du problème. Tant que la commande publique reste bloquée, les entreprises du BTP ne peuvent ni signer de nouveaux contrats, ni écouler leurs créances. Pour la filière, le diagnostic est sans appel : trois ans minimum seraient nécessaires, à partir du lancement effectif des appels d’offres, pour que les chantiers génèrent de l’activité réelle.
Sources
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