Trois jours durant, l’archipel a accueilli une ministre canadienne des Pêches. La première depuis le moratoire sur la morue, si l’on en croit les pêcheurs locaux. Joanne Thompson a bouclé sa visite officielle ce vendredi, après des rencontres à Saint-Pierre puis à Miquelon. Pas d’accord signé, pas d’annonce fracassante, mais un geste politique clair : rouvrir le dialogue entre le Canada et ce bout de France posé au large de Terre-Neuve.
Depuis mercredi, la délégation canadienne a enchaîné les échanges. Autour de la table : représentants de l’État, élus locaux, scientifiques de l’Ifremer et de l’Arda, professionnels de la mer. Un même constat s’est imposé au fil des heures : les défis sont partagés. Gestion des ressources halieutiques, renouvellement des générations, débouchés économiques, infrastructures de débarquement. Thompson l’a répété à plusieurs reprises : les deux territoires ont tout à gagner à travailler ensemble.
“Nous avons un intérêt commun dans ce que nous pourrons construire ensemble. Il y a du potentiel et des opportunités à créer ensemble. Nous allons pouvoir travailler ensemble et c’est intéressant pour nos deux pays”, a déclaré la ministre canadienne.
Dernière étape à Miquelon, devant les homardiers
Vendredi matin, direction Miquelon. La délégation a rencontré les pêcheurs et les responsables de la coopérative de pêche, structure récente créée pour mieux organiser la filière locale. Autour d’une dégustation de homard, les professionnels ont parlé métier, mais aussi paperasse : les difficultés administratives qui compliquent leurs relations commerciales avec le Canada[1].
Pour les marins de l’archipel, cette visite est déjà un signal. “Depuis le moratoire, je pense que c’est la première fois qu’un ministre canadien des Pêches vient nous rendre visite. C’est quand même significatif. Nous sommes conscients que la pêche vit avec Terre-Neuve depuis des années. Il faut que cela perdure et que nous puissions continuer nos échanges”, confie l’un d’eux.
La relève, inquiétude commune des deux côtés
Le vieillissement des équipages revient dans toutes les discussions. À Saint-Pierre comme à Terre-Neuve, les professionnels approchent de la retraite, et la relève peine à s’installer. Thompson s’est montrée particulièrement attentive à cette question. “Je suis vraiment intéressée par la jeunesse parce que nous savons que beaucoup de pêcheurs vont arriver au bout de leur carrière au même moment”, a-t-elle souligné.
La ministre a évoqué la nécessité d'”unir les forces entre le Canada, la France et Saint-Pierre-et-Miquelon, d’apprendre les uns des autres et de créer des opportunités” pour permettre aux jeunes de s’installer dans le métier.
Plus large que les quotas
Si la pêche reste au cÅ“ur du voyage, les échanges ont débordé le strict cadre des ressources halieutiques. Valorisation des produits de la mer, coopérations scientifiques, infrastructures portuaires, débouchés économiques : la visite a permis de poser les jalons d’une coopération élargie, au-delà des seuls quotas de capture.
Aucun engagement concret n’a été annoncé à l’issue de ces trois jours. Mais pour les acteurs locaux, la démarche compte autant que le résultat immédiat. Qu’une ministre fédérale canadienne se déplace dans l’archipel, rencontre les pêcheurs, écoute leurs difficultés et affirme vouloir travailler ensemble, c’est déjà une première étape. Le dialogue est rouvert. Reste à savoir ce qu’il en sortira.
Sources
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