L’incendie qui a ravagé 7 000 hectares autour de Los Gallardos en Andalousie a fait douze morts, principalement des touristes britanniques. Aucune alerte ES-Alert n’a été envoyée.
Jérôme Navarro a vu les flammes franchir la colline, puis bondir vers sa maison. En quelques minutes, le feu les encerclait, lui sur sa moto, son épouse Stéphanie dans la voiture avec les chiens. Il n’a depuis aucune nouvelle d’elle. Autour de Los Gallardos, les terres carbonisées s’étendent à perte de vue, 7 000 hectares brûlés, des épaves calcinées au bord des routes. À l’angoisse se mêle la colère : personne ne les aurait prévenus.
« On habitait sur une crête de collines. On était les premiers exposés. Les autorités auraient dû organiser des passages, du porte à porte, communiquer avec un mégaphone pour nous demander d’évacuer. Mais tout ça, rien n’a été fait », témoigne Jérôme Navarro. Même son de cloche chez les Français installés à proximité : « On voyait les flammes et on s’est dit : qu’est-ce qui se passe ? Tout a été tellement vite que je pense qu’ils ont fait ce qu’ils ont pu avec les moyens qu’ils avaient », raconte Jean Gomez, touriste franco-espagnol.
L’incendie, qui s’est déclaré le 9 juillet 2026, a tué au moins douze personnes, pour la plupart des ressortissants britanniques[2]. C’est le feu le plus meurtrier enregistré en Espagne depuis le début du XXIe siècle. Quelques centaines d’habitants ont pu retrouver leur domicile dans la soirée du dimanche 12 juillet, mais l’accès aux villages les plus sinistrés reste bouclé.
ES-Alert : pourquoi le système d’alerte n’a pas été activé
La polémique enfle autour de la non-activation du dispositif ES-Alert, qui permet d’envoyer des notifications d’urgence sur les téléphones portables. Interrogé, le vice-président du gouvernement régional andalou, Antonio Sanz, défend ce choix : « Ses capacités dépendent des antennes relais, dont la couverture est souvent trop large. Il aurait fallu alerter toute une région, au risque de provoquer confusion et désorganisation. »
Il évoque aussi les limites techniques du réseau dans cette zone rurale, où la couverture mobile reste inégale. Selon lui, une alerte aurait pu ne pas être reçue, ou pire, générer des consignes inadaptées et dangereuses. La différence de situation sur le terrain explique aussi l’absence de message général : dans certaines zones, l’évacuation était recommandée, dans d’autres, le confinement à domicile.
« Elles devaient partir plus tôt » : sept victimes tuées en fuyant tardivement
Les autorités andalouses pointent le non-respect des consignes de sécurité par certaines victimes. Sept d’entre elles seraient mortes après avoir tardé à évacuer ou emprunté des itinéraires jugés dangereux. « Elles devaient partir plus tôt, mais ont attendu. En fuyant à la dernière minute, elles se sont engagées dans des zones déjà menacées par les flammes », a déclaré Antonio Sanz[2].
L’absence d’alerte centralisée interroge sur la capacité du système espagnol à gérer des crises localisées dans des zones touristiques. L’Andalousie applique une réglementation stricte : du 1er juin au 15 octobre, la circulation sur les pistes forestières et dans les zones situées à moins de 400 mètres des forêts est interdite, sauf sur certaines routes, même non asphaltées.
Pourquoi l'alerte ES-Alert n'a pas été activée
Une saison des feux déjà lourde en Espagne
L’Espagne a enregistré quatorze grands incendies de forêt depuis le début de l’année 2026, ceux qui ravagent plus de 500 hectares. Le Système européen d’information sur les feux de forêt estime qu’environ 50 000 hectares ont déjà brûlé depuis janvier[4]. Le ministère de la Transition écologique espagnol avance un chiffre légèrement inférieur : 39 700 hectares au 21 juin, selon les rapports transmis par les communautés autonomes.
Les feux les plus récents se sont déclarés sur la Costa Brava le 3 juillet, à San Bartolomé de la Torre et Villanueva de los Castillejos dans la province de Huelva, à Alcampell dans celle de Huesca, à Obejo à Cordoue et à Congosto à León. Début juillet, deux incendies majeurs ont frappé la Catalogne et la région de Valence : près de Gérone, entre 2 200 et 2 300 hectares ont brûlé, entraînant le confinement temporaire de près de 40 000 habitants du Baix Empordà [5]. Onze maisons ont été détruites et quatorze endommagées par les flammes.
À Soneja, dans la province de Castellón, un feu déclaré le 5 juillet a provoqué l’évacuation de 500 habitants et brûlé 181 hectares avant d’être maîtrisé le 6 juillet. Les deux feux de Gérone et Castellón sont désormais sous contrôle.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Surface brûlée | 7 000 hectares |
| Victimes décédées | 12 (principalement britanniques) |
| Personnes disparues | 23 |
| Date de début | 9 juillet 2026 |
| Dispositif ES-Alert activé | Non |
Source : L’Indépendant
L’Andalousie, territoire à haut risque incendie
L’Andalousie figure parmi les régions espagnoles les plus restrictives en matière de prévention des incendies. Depuis l’ordonnance de mai 2009, toute circulation sur les pistes à l’intérieur des zones forestières et dans les zones situées à moins de 400 mètres des forêts est interdite du 1er juin au 15 octobre[3]. Cette interdiction ne s’applique toutefois pas à certaines pistes ayant le statut de routes, même non asphaltées.
Les agents forestiers ont pour consigne de faire respecter strictement la réglementation en cas de risque extrême. Les exigences vis-à -vis de la présence d’extincteurs pour les professionnels forestiers et agricoles sont très élevées, et s’appliquent également aux particuliers. La probabilité de contrôle pour les baroudeurs circulant sur les pistes reste faible en temps normal, mais la présence d’un feu lors d’un bivouac entraîne de gros ennuis.
Une enquête à venir sur la gestion de l’alerte
Une enquête devra déterminer les responsabilités dans la gestion de cette crise. La non-activation du système ES-Alert cristallise déjà les critiques, alors que le bilan provisoire fait état de vingt-trois personnes toujours disparues. Le ministère des Affaires étrangères français a confirmé qu’une Française figure parmi les personnes disparues.
À Garrucha, ville voisine, la solidarité s’organise pour accueillir les sinistrés. « Il n’y a pas de mot pour décrire l’accueil qu’on a ici », témoigne un résident. L’armée a été déployée en renfort face à l’ampleur du sinistre, qui marque un tournant dans la perception des risques incendie en Espagne, particulièrement dans les zones touristiques fréquentées par des étrangers peu familiers des consignes locales.
Juillet et août, traditionnellement les mois les plus dangereux, s’annoncent sous haute surveillance. Reste à savoir si les autorités espagnoles réviseront leur doctrine d’alerte après ce drame.
Incendie en Andalousie : les faits
- L'incendie de Los Gallardos a fait 12 morts, pour la plupart britanniques, et ravagé 7 000 hectares
- Aucune alerte ES-Alert n'a été envoyée aux téléphones portables, les autorités invoquent le risque de confusion
- Sept victimes sont mortes en fuyant tardivement ou en empruntant des itinéraires dangereux
- L'Espagne a enregistré 14 grands incendies de forêt et environ 50 000 hectares brûlés depuis janvier 2026
- Une enquête doit déterminer les responsabilités dans la gestion de l'alerte
- L'Andalousie interdit la circulation sur les pistes forestières du 1er juin au 15 octobre depuis 2009
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés
