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Ironi Bé : les filtres de l’usine attendus en mai 2026, la Grande-Terre reste à sec

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À Mamoudzou, la nouvelle est tombée comme un coup de massue. Les filtres à sable indispensables au fonctionnement de l’usine de dessalement d’Ironi Bé ne débarqueront à Mayotte qu’en mai 2026. Encore un report, encore des mois à attendre pour une installation promise depuis des années, alors que les habitants de Grande-Terre vivent au rythme éprouvant des tours d’eau depuis novembre 2023.

Ces filtres, fabriqués par la société Tecnofil à Perpignan, conditionnent toute la chaîne de traitement. Sans eux, impossible de dessaler l’eau de mer, impossible de produire une seule goutte d’eau potable. Le calendrier initial promettait une livraison bien plus tôt : entre fabrication dans les Pyrénées-Orientales, transport maritime et délais logistiques, mai 2026 apparaît désormais comme la première fenêtre réaliste. La mise en service complète de l’usine n’interviendra donc qu’en 2027, dans plus d’un an.

L’usine d’Ironi Bé, dont le chantier a démarré en mai 2025, devait constituer la grande réponse à la crise hydrique qui étouffe le département depuis trois ans. Avec une capacité annoncée de 10 000 m³ d’eau potable par jour, elle doit permettre d’alimenter 100 000 habitants supplémentaires de Grande-Terre. Une promesse qui prend du retard, beaucoup de retard, alors que les coupures d’eau se poursuivent parfois quatre jours sur cinq dans certains secteurs.

Pour beaucoup de Mahorais, c’est un report de trop. Depuis novembre 2023, la population vit sous le régime des tours d’eau, avec des coupures systématiques qui rythment le quotidien. Stocker, rationner, adapter ses horaires de travail et de vie autour de l’eau disponible : le calvaire dure. « On est épuisés », souffle Safina Soula, militante depuis 2016 contre les pénuries d’eau. À l’époque déjà, elle avait créé le collectif Les Assoiffés du sud avec d’autres habitants pour protester contre les coupures. Depuis, la situation n’a cessé de s’envenimer.

Un rejet de saumure qui inquiète les Naturalistes

L’usine d’Ironi Bé ne fait pourtant pas l’unanimité. Si personne ne conteste l’urgence de produire davantage d’eau potable, les associations environnementales comme les Naturalistes de Mayotte pointent depuis septembre 2025 un risque majeur : le rejet de saumure, ce concentré de sel issu du dessalement, directement dans le lagon[4]. Cette eau sursalée, si elle n’est pas suffisamment diluée ou rejetée au large, pourrait dégrader les écosystèmes marins fragiles du lagon mahorais, déjà sous pression.

Les Naturalistes de Mayotte ne s’opposent pas au projet en tant que tel. Mais ils plaident pour un rejet hors lagon, plus coûteux, plus complexe, mais moins risqué pour la biodiversité locale. Une demande qui n’a pour l’instant pas été suivie d’effet, le projet maintenant son tracé initial. En juillet 2026, le tribunal administratif a même suspendu l’autorisation environnementale du projet, accordant un délai de six mois au Syndicat mixte Les Eaux de Mayotte et au préfet pour régulariser plusieurs irrégularités avant de statuer définitivement[3].

Une petite usine de Petite-Terre qui ne tient pas ses promesses

En attendant l’arrivée d’Ironi Bé, Mayotte reste dépendante de ses deux retenues collinaires, qui fournissent environ 80 % de l’eau potable de l’île, complétées par des forages et par la petite usine de dessalement de Petite-Terre. Cette dernière, censée produire près de 5 300 m³ par jour, n’en livre au maximum que 2 000 m³, malgré une rénovation entre 2017 et 2019 financée à hauteur de 8,7 millions d’euros par l’État et l’Union européenne. Un nouvel avenant signé en octobre 2022 a prévu 4,2 millions d’euros supplémentaires pour de nouveaux travaux. Mais les résultats tardent, et la Société mahoraise des eaux, filiale de Vinci, peine à tenir ses engagements.

Le territoire ne couvre actuellement que la moitié des besoins en eau de la population. La production atteint à peine 40 000 m³ par jour, et 30 % de l’eau potable s’échappe à cause d’une mauvaise étanchéité des canalisations. Les fuites sont favorisées par les coupures d’eau elles-mêmes : les pressions puis dépressions dans les tuyaux, dans un réseau vieillissant, créent encore plus de fragilités[3].

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D’ici 2027, si les filtres arrivent en mai comme prévu, si le chantier ne connaît pas de nouveau contretemps, si les autorisations tiennent, l’usine d’Ironi Bé pourrait enfin soulager Grande-Terre. En attendant, les habitants de Mamoudzou et de toute la Grande-Terre comptent les jours. Et les bidons.

Ahmed Soilihi
Ahmed Soilihi
Ahmed Soilihi, rédacteur régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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