Boulevard Vivier-Merle, à La Part-Dieu, la chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes vient de publier un rapport qui sonne comme une mise en garde. Le 20 juillet dernier, l’institution a livré une analyse sans fard des opérations immobilières menées par les collectivités de la région. Le constat : une jungle où les risques pullulent, où les transactions complexes se mènent parfois sans boussole, et où certaines maladresses frôlent l’irrégularité.
La CRC le dit clairement : trop de collectivités avancent sans document cadre formalisé. Pas de stratégie couchée noir sur blanc, pas de présentation aux assemblées délibérantes. À Jonage, la finalité des acquisitions foncières manque de clarté. À Limonest, la stratégie reste floue, faute d’avoir été écrite. Même la Métropole de Lyon, qui a pourtant adopté un document stratégique détaillé en 2020, ne l’a jamais soumis au vote des élus. Pourtant, entre 2019 et 2024, la collectivité a acheté et vendu pour plus d’un milliard d’euros d’immobilier, à travers 2 368 opérations. Un milliard géré sans feuille de route validée par les élus.
L’institution insiste : impossible de bâtir une stratégie d’investissement solide sans connaître son patrimoine. Or à Tassin-la-Demi-Lune, deux inventaires physiques coexistent au sein de la mairie, et l’un des deux n’est pas à jour. Comment investir intelligemment quand on ne sait pas exactement ce qu’on possède ?
Jonage : un montage à un million d’euros pointé du doigt
Le rapport met en lumière un cas emblématique à Jonage. Pour aménager un parc d’activité, la commune a acquis des parcelles privées via une structure créée sur mesure, présidée par le maire et financée intégralement par la municipalité à hauteur d’un million d’euros. Le problème : selon la CRC, de nombreuses irrégularités ont entouré cette opération, menée en dehors de la comptabilité publique[1].
Les contrôles ont révélé des entorses aux règles déontologiques, notamment des situations de conflits d’intérêts. La chambre prévient les élus : ces opérations comportent des risques, et les décisions prises sans expertise ni garde-fous peuvent coûter cher, juridiquement et financièrement.
Manque d’expertise, recours coûteux aux cabinets
La difficulté, explique la CRC, c’est que les collectivités doivent disposer de services compétents pour préparer et monter ces transactions, dans un contexte où le soutien de l’État ne cesse de baisser et où la chasse aux économies est devenue la règle. Sans expertise technique, juridique et financière solide en interne, la sortie de route guette : maladresses coupables ou recours à des cabinets de conseil parfois voraces.
Le message de la chambre régionale des comptes est limpide : avant d’acheter, avant de vendre, il faut une stratégie, un inventaire à jour, des équipes formées. Et surtout, il faut soumettre les décisions aux élus. La transparence n’est pas un luxe, c’est la condition d’une gestion saine. Dans un contexte immobilier difficile, où le marché ralentit et où les coûts de construction ont grimpé de 24 % entre 2019 et 2025, les collectivités ne peuvent plus se permettre l’improvisation[1].
Sources
1 source · 2 faits vérifiés

