Christine* chauffe des gamelles d’eau sur sa gazinière pour faire face. Sa chaudière au fioul tombe sans arrêt en panne, elle a dû acheter un radiateur électrique pour garder son petit-fils au chaud. Elle devait pourtant profiter depuis février d’une maison bien isolée et d’une pompe à chaleur toute neuve. Mais voilà : malgré 45 000 euros déjà versés, pas un coup de clef à molette chez elle. Cette retraitée de l’Oise fait partie de plusieurs particuliers qui ont déposé plainte contre l’ECAB 80, coopérative artisanale du bâtiment installée à Boves, près d’Amiens, et son ancien président, Julien Panico. Abus de confiance, malversations, usurpation d’identité : les griefs sont lourds. Les sommes en jeu pourraient atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros.
L’histoire commence en mars 2024. Christine dépose une demande de subvention sur le site de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) pour rénover son logement. Le dossier est confié à Soliha 80, antenne locale d’un réseau associatif spécialisé dans l’accompagnement des particuliers. Soliha 80 s’appuie ensuite sur l’ECAB 80 pour monter le dossier de subventions et trouver les artisans qui feront les travaux. L’ECAB 80, fondée en 2011 par la CAPEB 80 (syndicat des artisans du bâtiment), est une coopérative devenue société par actions simplifiée, présidée par la CAPEB 80 qui lui met son personnel à disposition.
Quinze mois d’attente, puis la panique
“Ça a été très long”, résume la retraitée. Quinze mois, exactement. Fin juin 2025, on la rappelle pour lui demander de valider en urgence les pièces jointes, dont le diagnostic de performance énergétique (DPE), avant la refonte du dispositif MaPrimeRénov. “Dans la panique, j’ai validé le dossier et fin août j’ai obtenu la confirmation de la validation et de la subvention de 63 000 euros de l’Anah et de 6 000 euros du Conseil départemental sur 96 000 euros de travaux.”
En relisant les documents, elle tique. Le devis lui semble élevé. Le DPE estime la surface des travaux à 130 mètres carrés, alors qu’elle en compte 87 de son côté. Près de 50 mètres carrés de trop. Un échafaudage est prévu pour plus de 10 000 euros, alors qu’il n’en faut pas. “Mais si je ne validais pas, mon dossier tombait à l’eau et je n’obtenais pas de subvention”, explique-t-elle[1].
45 000 euros versés avant le premier coup de clef
Septembre : l’ECAB 80 réclame un premier acompte de 27 134 euros. Christine ne les a pas. Elle n’a pas encore reçu la subvention de l’Anah. Elle contracte donc un prêt à taux zéro. Quelques semaines plus tard, les 18 000 euros de l’agence publique arrivent sur son compte. Mais la coopérative réclame aussitôt un nouvel acompte de… 18 000 euros. “Je l’avais à peine reçu, qu’il a fallu que je le reverse en novembre.”
Christine a donc payé 45 000 euros avant même le début des travaux. C’est à cette époque que Julien Panico, président de la CAPEB 80, vice-président de la CAPEB Hauts-de-France et président de l’ECAB 80, se rend chez elle pour une réunion de début de chantier, prévu début décembre.
Depuis, l’attente. Et les plaintes. Plusieurs particuliers de la Somme et de l’Oise sont dans la même situation : des acomptes versés, des travaux qui ne viennent pas, des économies englouties. La justice est saisie. Le montant total pourrait s’élever à plusieurs centaines de milliers d’euros. Pour Christine, qui garde son petit-fils dans une maison mal chauffée, la désillusion est amère. “Je suis perdante sur toute l’affaire.”
Sources
1 source · 1 fait vérifié

