KNDS, le constructeur franco-allemand de blindés, prépare son entrée en Bourse en 2026 sous la direction de Jean-Paul Alary, qui entend faire du groupe le champion européen des systèmes terrestres.
L’objectif est affiché sans détour. Jean-Paul Alary, arrivé à la tête de KNDS en avril 2025, a pour mission explicite de préparer le groupe à une introduction en Bourse. Le calendrier, selon Le Figaro, est ambitieux : ses équipes travaillent pour que l’opération ait lieu « le plus tôt possible » en 2026. Aucun schéma définitif n’est encore arrêté, mais la direction est tracée.
KNDS n’est pas une entreprise comme les autres. Né en 2015 de la fusion des activités blindées de Nexter côté français et de Krauss-Maffei Wegmann côté allemand, le groupe fabrique à la fois le char Leclerc et le Leopard 2. Deux mastodontes de la guerre terrestre, issus de deux cultures industrielles distinctes, réunis sous un même toit juridique mais longtemps restés séparés dans les faits.
Quadrupler la production d’ici 2028 : un défi industriel considérable
La montée en puissance que prépare Jean-Paul Alary n’a rien d’une simple réorganisation administrative. La production de chars et de blindés doit être multipliée par quatre d’ici 2028, selon Les Echos. Pour y parvenir, KNDS devra moderniser ses usines, notamment à Kassel en Allemagne où sont assemblés les Leopard 2, en partie pour répondre aux commandes de la Bundeswehr.
L’ancien patron de Safran Aircraft Engines ne ménage pas ses mots sur l’ambition du groupe. « KNDS est le leader européen incontestable en matière de chars de combat. Nous avons démontré notre capacité à maîtriser de A à Z un programme aussi complexe qu’un char de combat Leclerc et un char Leopard », a-t-il déclaré au Figaro [5]. « La stratégie de KNDS est d’être le grand acteur européen des systèmes de défense terrestre », a-t-il ajouté, en s’appuyant sur « la maîtrise de l’ensemble des technologies et des capacités d’intégration éprouvées ».
Pour la gouvernance, l’ancien patron d’Airbus Tom Enders a été approché pour prendre la présidence du conseil d’administration, selon Les Echos [1]. Un profil qui dit beaucoup sur le modèle visé : celui d’une grande cotée paneuropéenne de défense, à l’image de ce qu’Airbus représente dans l’aéronautique.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Création du groupe | 2015 (fusion Nexter / KMW) |
| Arrivée de Jean-Paul Alary (DG) | Avril 2025 |
| Objectif IPO | 2026 |
| Multiplication de la production de blindés | x4 d’ici 2028 |
| Ancien poste d’Alary | DG de Safran Aircraft Engines |
Source : Les Echos
KNDS France face à la question de son utilité dans le système allemand

La partie française du groupe porte une fragilité structurelle que personne ne cherche vraiment à dissimuler. KNDS France n’a plus produit de char d’assaut depuis le dernier Leclerc en 2008. Cette réalité nourrit les doutes côté allemand. « Dans ce jeu de billard à bandes multiples, les Allemands ne voient pas ce que KNDS France, qui ne fabrique plus de chars d’assaut depuis le dernier Leclerc en 2008, peut apporter au MGCS », relève un bon connaisseur du dossier basé outre-Rhin, cité par Le Figaro [5].
Le MGCS, pour Main Ground Combat System, est le programme de char du futur censé succéder au Leopard et au Leclerc. Un programme franco-allemand, comme le Scaf dans les airs, et qui connaît les mêmes crispations industrielles et politiques.
L’entrée en Bourse vise précisément à sortir KNDS de cette ambiguïté. Alary l’explique clairement : une IPO permettrait « de faire entrer d’autres partenaires européens et de jouer un rôle clé dans le nouvel environnement de défense ». Autrement dit, diversifier l’actionnariat au-delà des États français et allemand pour ancrer le groupe dans une logique de marché européen de la défense, là où les décisions ne se prennent plus seulement dans les ministères.
Pourquoi l'entrée en Bourse de KNDS est stratégique
La menace Rheinmetall : le risque d’une mainmise allemande sur les blindés
La pression la plus immédiate vient de Rheinmetall. Le géant de Düsseldorf, coté en Bourse depuis longtemps et dont la capitalisation a explosé depuis 2022, lorgne sur KNDS Allemagne. Si l’industriel allemand parvenait à en prendre le contrôle, « il détiendrait le monopole absolu de la construction de blindés outre-Rhin », selon Marc Chassillan cité par Le Figaro. Ce qui « cornériserait KNDS France » et priverait Paris d’un levier industriel sur le segment terrestre.
Jean-Paul Alary, lui, dit ne pas voir « ce que Rheinmetall apporterait à KNDS en entrant à son capital sur le plan stratégique, en particulier dans le déploiement de son modèle ». Une fin de non-recevoir diplomatique, mais ferme.
Le risque est réel. Rheinmetall produit des munitions, des blindés légers, des canons et s’est depuis lancé dans le naval. Le groupe capitalise sur la remontée des budgets de défense en Europe, en particulier en Allemagne, dont les dépenses militaires devraient atteindre 108,2 milliards d’euros en 2026 selon les données disponibles. Face à cette locomotive, KNDS doit convaincre qu’un champion franco-allemand intégré vaut mieux que deux entités séparées soumises aux appétits d’un concurrent national.
Une réorganisation interne déjà engagée avant l’IPO
La préparation à la cotation ne se limite pas à un roadshow d’investisseurs. Les Echos signalent que KNDS s’est déjà engagé dans une réorganisation interne [4]. Des nominations récentes au sein de KNDS France ont été présentées par Alary comme « une étape importante », selon un communiqué du groupe. La structure doit être lisible pour des analystes financiers et des actionnaires institutionnels, pas seulement pour les états-majors et les directions d’armement.
L’Usine Nouvelle rappelle qu’Alary est arrivé en provenance de Safran, où il dirigeait la branche moteurs civils [3]. Un profil d’industriel habitué aux grands programmes complexes et aux cycles longs, mais aussi aux exigences d’une société cotée soumise à la transparence trimestrielle. C’est précisément ce savoir-faire qui lui a été demandé chez KNDS.
Le calendrier reste serré. Quadrupler la production d’ici 2028 tout en menant une IPO en 2026 suppose que les deux chantiers avancent en parallèle, sans que l’un ne compromette l’autre. Les marchés financiers regarderont de près les carnets de commandes, notamment les contrats liés au réarmement des armées européennes. Et sur ce point, KNDS dispose d’un argument solide : en Europe, personne d’autre ne maîtrise à la fois la conception et la production d’un char de combat lourd de bout en bout.
KNDS et l'IPO 2026 : les chiffres à retenir
- Jean-Paul Alary, ex-DG de Safran Aircraft Engines, dirige KNDS depuis avril 2025.
- KNDS vise une introduction en Bourse en 2026, sans schéma définitif arrêté.
- La production de blindés doit être multipliée par quatre d'ici 2028.
- KNDS France n'a plus produit de char d'assaut depuis le dernier Leclerc en 2008.
- Tom Enders, ancien patron d'Airbus, a été approché pour présider le conseil d'administration.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
