Un groupe britannique qui plante sa filiale aux États-Unis, y installe un ancien officier des forces spéciales de l’armée américaine et se branche directement sur les commandes du Pentagone : voilà la manÅ“uvre de Kraken Technology Group. Le 27 juillet 2026, cet industriel du drone naval a nommé Justin Litko directeur général de Kraken Technology US, sa structure basée à Tampa, en Floride. Objectif affiché : accélérer la fabrication de bâtiments sans équipage fabriqués sur le sol américain.
Le profil du dirigeant dit beaucoup de la cible visée. Litko revendique plus de vingt ans passés dans la défense, le renseignement et le secteur commercial. Il a quitté l’armée américaine avec le grade d’adjudant des forces spéciales avant de basculer côté industrie, où il occupait dernièrement la vice-présidence de la division dédiée aux opérations spéciales chez BlueHalo. Un homme qui connaît de l’intérieur les besoins des unités qu’il va désormais chercher à équiper.
Kraken conçoit et produit des plateformes maritimes autonomes taillées pour la défense et la sécurité. Ses navires visent la reconnaissance, la présence avancée, la protection des forces, la frappe de précision et la sécurité maritime, avec un argument central : opérer en milieu contesté en réduisant l’exposition des équipages. C’est le cÅ“ur de ce marché du drone naval que se disputent désormais britanniques, américains et acteurs européens.
Un contrat de 49 M$ avec les forces spéciales américaines
La nomination de Litko s’inscrit dans une séquence de conquête du marché nord-américain menée tambour battant. Il devra soutenir le travail engagé avec l’US Special Operations Command dans le cadre d’un accord Other Transaction Authority de 49 millions de dollars[2], décroché en mai 2026. Ce type de contrat, hors procédures classiques d’acquisition, permet au commandement américain de contractualiser vite avec des acteurs jugés agiles. Litko contribuera aussi aux autres contrats et partenariats destinés à densifier la production locale.
Le calendrier récent de Kraken confirme cette accélération. En avril 2026, le groupe a scellé un partenariat stratégique avec Anduril Industries[1], acteur américain de la technologie de défense, pour développer conjointement des systèmes maritimes sans équipage intégrés, en vue notamment de futurs programmes de l’US Navy. Un mois plus tard, un accord signé avec le québécois Davie ouvrait une capacité de production, d’intégration et de développement des navires de surface Kraken au Canada.
175 millions de dollars levés, une valorisation à 1 milliard
Ce déploiement transatlantique repose sur un socle financier solide. La nomination du patron américain intervient après la clôture d’un tour de table de série B de 175 millions de dollars[5], mené par Digital Transformation Capital Partners, qui valorise Kraken à un milliard de dollars. La levée doit financer le développement des navires de surface autonomes, la croissance industrielle à l’international et l’expansion des sites de production locaux. Selon Resilience Media, le groupe britannique opère aux États-Unis depuis 2023 via Kraken Technology US[4].
Pour l’observateur européen, la leçon est claire. Un industriel britannique du drone naval, adossé au fonds d’innovation de l’OTAN, choisit de fabriquer américain pour vendre américain, et s’aligne sur les priorités de l’US Navy et des forces spéciales. C’est la logique d’un marché de défense où l’accès aux commandes du Pentagone passe de plus en plus par une empreinte industrielle sur place. Une souveraineté militaire crédible, sur les systèmes autonomes comme ailleurs, suppose de disposer de ces capacités en propre plutôt que de les importer.
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

