La Collectivité de Corse finalise en 2026 une délégation de service public pour ses infrastructures numériques, tandis que l’Assemblée nationale débat le 2 juin d’une loi d’autonomie pour l’île.
L’île s’équipe. La stratégie Smart Isula, portée par la Collectivité de Corse, vise la maîtrise d’infrastructures numériques autonomes et résilientes. Le territoire insulaire a lancé une délégation de service public en cours de finalisation cette année, pour déployer et exploiter un socle technique répondant aux besoins locaux. L’objectif : garantir une souveraineté effective de leur usage. Ce Service Public de la Donnée et de l’Intelligence Artificielle de la Corse s’inscrit dans un projet stratégique validé par l’Assemblée de Corse en janvier.
Le rapport présenté en session extraordinaire les 29 et 30 janvier détaille les modalités de création du service. Un collectif de travail s’est réuni à cinq reprises en sessions plénières, sept fois en groupes thématiques, charte de la donnée, problématiques IA, données sectorielles stratégiques, données géographiques, données ouvertes. Y participent l’Université de Corse, la CCI, des agences de la Collectivité, l’Agence Régionale de Santé, le GRADES Corse, des entreprises tech et les services de l’État.
Une loi constitutionnelle devant l’Assemblée en juin
Le 2 juin, la commission des lois de l’Assemblée nationale a examiné le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République[4]. Françoise Gatel, ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, a posé les contours : « Une autonomie de papier serait la pierre des promesses, forte en symbole et faible en droit. Mais ce texte doit éviter deux écueils : l’autonomie introuvable et l’autonomie incontrôlable. » Le rapporteur Florent Boudier a ajouté qu’il est temps d’agir sur le statut de l’île.
Le conseil des ministres avait adopté ce projet le 30 juillet 2025[5]. La réforme doit être votée par l’Assemblée, puis le Sénat, avant leur réunion en Congrès. Le groupe du Rassemblement national n’a déposé aucun amendement, confirmant sa position de retrait sur ce texte. Les prises de parole se sont enchaînées, affirmant la volonté d’une partie de l’hémicycle de faire avancer le dossier.
Trois siècles de nationalisme, des mutations récentes
Le nationalisme corse remonte au XVIIIe siècle, lorsque Pascal Paoli proclame l’indépendance au couvent Saint-Antoine de Casabianca en 1755, après avoir fait voter une Constitution[5]. Des épisodes violents marquent les années 1970-2000 : le Front de libération nationale de la Corse est créé dans la nuit du 4 au 5 mai 1976, inaugurant une série d’attentats en Corse et sur le continent.
La violence recule, le poids électoral progresse. Lors des législatives de 2017, trois députés issus de Pè a Corsica sont élus sur les quatre sièges que compte l’île : Paul-André Colombani en Corse-du-Sud, Michel Castellani et Jean-Félix Acquaviva en Haute-Corse. Les rangs nationalistes se structurent politiquement, portant désormais leurs revendications sur le terrain parlementaire.
Pourquoi l'île structure sa souveraineté numérique
Infrastructures numériques et souveraineté des données
La stratégie Smart Isula repose sur trois piliers. Le premier concerne les infrastructures numériques d’intérêt général[3]. La Collectivité porte l’ensemble de ses projets infrastructurels, dont la délégation de service public finalisée en 2026. Le territoire vise à garantir une souveraineté effective de l’usage des infrastructures, en s’affranchissant des dépendances extérieures.
Le Service Public de la Donnée intègre des axes sectoriels : santé, mobilité, énergie, environnement. Les groupes de travail ont planché sur les données géographiques, les données ouvertes, l’intelligence artificielle. L’Université de Corse, à travers sa vice-présidence, sa Fondation et plusieurs équipes de recherche, apporte son expertise. La CCI de Corse et des entreprises de la tech participent au pilotage.
| Type de réunion | Nombre |
|---|---|
| Sessions plénières | 5 |
| Groupes de travail thématiques | 7 |
| Entretiens individuels | Non précisé |
Source : Assemblée de Corse
Une droite hostile au déséquilibre juridique
La réforme constitutionnelle suscite des résistances. La droite se dresse contre ce qu’elle qualifie de déséquilibre juridique du territoire de la République[1]. Les opposants dénoncent une remise en cause de l’unité institutionnelle, notamment sur la question de la co-officialité de la langue corse avec le français, abandonnée dans les versions récentes du texte.
L’historien Jean-Marc Albert retrace le parcours mouvementé du nationalisme dans l’île à l’approche de l’examen à l’Assemblée. De la proclamation d’indépendance de Paoli en 1755 aux élus nationalistes de 2017, trois siècles d’histoire se télescopent. Le journal A Tramuntana, en 1898, témoignait déjà de revendications identitaires fortes. La chanson « Ô Corse, île d’amour » par Tino Rossi, l’Action pour la renaissance de la Corse d’Edmond Simeoni en 1975, jalonnent cette chronologie.
Le débat du 2 juin marque une étape : sera-t-elle un tournant dans l’histoire institutionnelle de l’île ? Les prochains mois diront si le Sénat valide le texte et si le Congrès réunit la majorité nécessaire. Pour l’heure, la Corse accélère sur son infrastructure numérique, sans attendre le vote final.
Autonomie corse 2026 : les faits à retenir
- La Collectivité de Corse finalise en 2026 une délégation de service public pour ses infrastructures numériques.
- Le projet de loi constitutionnelle sur l'autonomie corse a été examiné par la commission des lois de l'Assemblée le 2 juin 2026.
- Trois députés nationalistes de Pè a Corsica élus en 2017 sur les quatre sièges de l'île.
- Le Service Public de la Donnée et de l'IA de la Corse a mobilisé 5 sessions plénières et 7 groupes de travail thématiques.
- Le nationalisme corse remonte au XVIIIe siècle, avec la proclamation d'indépendance de Pascal Paoli en 1755.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
