Si votre nez coule, vos yeux brûlent et que la gorge gratte depuis quelques jours dans le Territoire de Belfort ou le Doubs, vous n’êtes peut-être pas enrhumé. Vous croisez sans doute l’ambroisie, cette plante au pollen redoutable qui colonise doucement les bords de route du nord Franche-Comté. ATMO Bourgogne-Franche-Comté, le réseau qui mesure la qualité de l’air, vient de lancer sa campagne annuelle de surveillance des pollens d’ambroisie, active jusqu’à fin septembre.
Élise Darlay, analyste aux pollens pour ATMO, détaille les enjeux : « C’est une plante dont le pollen est hautement allergisant. Il suffit de quelques graines microscopiques dans un mètre cube d’air pour déclencher nez qui coule, yeux qui piquent, éternuements, tout ce que les allergiques connaissent bien. » L’autre versant du problème touche les agriculteurs : l’ambroisie colonise les terrains où elle a peu de concurrence, provoquant des pertes de rendement là où elle s’installe.
La plante se reconnaît facilement : un buisson de vingt centimètres à deux mètres, feuilles minces et très découpées, tige velue et rouge, fleurs groupées en épis vert pâle à jaune pendant la floraison. Une signature visuelle à mémoriser, car si vous en repérez un plan, le signalement sur la plateforme de la Fredon (le réseau qui gère les espèces nuisibles à la santé) aide à cartographier l’invasion.
Le Doubs et Belfort encore épargnés, mais la progression continue
L’ambroisie ne couvre pas uniformément Bourgogne-Franche-Comté. Certains départements vivent une véritable infestation, d’autres résistent encore. « Dans le Doubs et le Territoire de Belfort, la présence de la plante reste limitée pour l’instant, mais on observe régulièrement des localisations, ce qui illustre une progression continue sur le territoire régional », précise Élise Darlay. Autrement dit : la plante avance, méthodiquement.
Les symptômes pour les personnes sensibles ne se limitent pas au nez qui coule. Rhinite, conjonctivite (yeux rouges, gonflés, qui démangent), toux sèche, asthme, urticaire, eczéma : le tableau clinique s’aggrave lorsque les taux de pollen grimpent. Le pic régional intervient généralement au cours de la première quinzaine de septembre, soit dans un mois et demi. Les bulletins quotidiens d’ATMO, disponibles sur inscription, permettent aux allergiques et aux acteurs de la lutte de se préparer et d’adapter leurs sorties.
Surveillance renforcée et lâchers d’insectes prévus en 2026
ATMO assure la surveillance des pollens d’ambroisie de juillet à fin septembre, au moyen de quatre capteurs régionaux et par modélisation. L’indice pollen, indicateur journalier synthétique à l’échelle communale, qualifie désormais les événements polliniques pour toute la France métropolitaine. Un outil de pilotage pour les personnes concernées comme pour les collectivités.
Côté lutte biologique, une étape supplémentaire se prépare : des lâchers de chrysomèle de l’ambroisie, un insecte naturellement arrivé autour de Lyon en 2023, devraient avoir lieu cette année dans le cadre d’une étude sur quelques parcelles agricoles localisées dans la Nièvre et la Saône-et-Loire. L’objectif : observer si cet auxiliaire peut freiner l’expansion de la plante sans nuire aux cultures environnantes.
En attendant, le mot d’ordre reste simple : repérer, signaler, arracher si possible avant la floraison. Parce qu’une ambroisie arrachée en juillet, c’est un champ de pollens évité en septembre.

