Naval Group vient de livrer le De Grasse, quatrième sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Barracuda, après plusieurs mois d’essais en mer au départ de Cherbourg.
Le bâtiment rejoint les Suffren, Duguay-Trouin et Tourville déjà en ligne. La Marine nationale remplace progressivement ses sous-marins Rubis, dont le dernier exemplaire doit quitter le service à la fin de la décennie. Deux unités supplémentaires, les futurs Rubis et Casabianca, sont en construction et attendues avant 2030.
La classe Barracuda porte aussi le nom de Suffren, du nom de son premier exemplaire admis au service actif. Le De Grasse franchit ses dernières étapes de qualification après des essais en bassin et en conditions réelles. L’entrée en service se fera dans les prochains mois, dès que les équipages auront validé l’ensemble des procédures opérationnelles.
Propulsion nucléaire dérivée du Charles de Gaulle
Le De Grasse mesure 99 mètres de long pour un diamètre de 8,8 mètres. En immersion, il déplace plus de 5 000 tonnes[1]. Son réacteur à eau pressurisée reprend la technologie des sous-marins stratégiques Triomphant et du porte-avions Charles de Gaulle. Cette motorisation hybride lui offre une grande autonomie et une disponibilité annuelle dépassant 270 jours, soit un niveau très supérieur aux standards des sous-marins conventionnels.
L’équipage compte 65 marins, auxquels s’ajoutent des commandos pour les opérations spéciales. Le sous-marin peut accueillir une escluse de déploiement, permettant l’insertion discrète de nageurs de combat ou de véhicules sous-marins non habités. Cette polyvalence étend le spectre des missions bien au-delà de la guerre anti-sous-marine classique.
La discrétion acoustique reste la priorité absolue. Sous l’eau, le son se propage quatre fois plus vite que dans l’air, sur des distances bien supérieures. Un sous-marin silencieux échappe aux sonars passifs et repousse la détection active. Naval Group a optimisé l’isolation des machines, la forme de la coque et l’hélice pour réduire la signature sonore. Le De Grasse peut patrouiller plusieurs semaines sans être localisé, même dans des zones surveillées.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Longueur | 99 mètres |
| Diamètre | 8,8 mètres |
| Déplacement en plongée | Plus de 5 000 tonnes |
| Équipage | 65 marins + commandos |
| Disponibilité annuelle | Plus de 270 jours |
Source : La Razón
Torpilles F21 et missiles Exocet modernisés
Le De Grasse emporte des torpilles lourdes F21, capables de détruire un sous-marin adverse ou un navire de surface[3]. Ces armes équipent aussi les futurs sous-marins néerlandais de classe Orka, signe de l’adoption croissante de cette technologie française au sein de l’OTAN. La torpille F21 combine guidage acoustique avancé et ogive à forte charge.
Le sous-marin peut lancer des missiles antinavires Exocet SM39 modernisés depuis ses tubes lance-torpilles. Ces missiles volent au ras de l’eau jusqu’à leur cible, rendant l’interception difficile. Le De Grasse dispose également de missiles de croisière navals MdCN, capables de frapper des objectifs terrestres à plus de mille kilomètres. Cette capacité d’attaque en profondeur lui permet de participer à des frappes stratégiques sans émerger ni se rapprocher des côtes.
L’armement combine donc trois vecteurs : torpilles pour la lutte sous-marine, missiles antinavires pour les bâtiments de surface et missiles de croisière pour l’appui à terre. Le tout depuis une plateforme furtive, difficile à localiser et encore plus à neutraliser. Cette polyvalence fait du Barracuda un outil central de la projection de puissance française, bien au-delà du rôle traditionnel de chasseur de sous-marins.
Pourquoi le De Grasse compte pour la Marine
Deux dernières unités attendues avant la fin de la décennie
Le programme Barracuda prévoit six sous-marins au total. Les deux derniers, Rubis et Casabianca, sont en construction à Cherbourg. Leur livraison est programmée d’ici la fin de la décennie. La Marine nationale disposera alors d’une flotte homogène, moderne et pleinement opérationnelle pour remplacer les six Rubis de première génération, en service depuis les années 1980.
Le De Grasse rejoint une flotte qui doit assurer plusieurs missions simultanées : protection du groupe aéronaval, escorte des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, surveillance des approches maritimes françaises et participation aux opérations de l’OTAN. La disponibilité élevée de la classe Barracuda permet de maintenir en permanence plusieurs bâtiments en patrouille, même en tenant compte des périodes d’entretien.
La France n’est pas seule à accélérer sur le segment des sous-marins nucléaires d’attaque. La Chine développe des designs toujours plus discrets, dont un modèle récent sans kiosque visible, conçu pour réduire encore la signature acoustique et radar[1]. Cette course à la discrétion redessine les équilibres sous-marins, dans un contexte où les puissances régionales renforcent leurs capacités de déni d’accès.
Avec le De Grasse, Naval Group consolide son savoir-faire dans la propulsion nucléaire et la furtivité acoustique. Le programme Barracuda représente plusieurs décennies d’ingénierie et des milliers d’heures de tests en mer. La livraison de la quatrième unité confirme que la France tient ses délais, malgré la complexité technique d’un tel système d’armes. Les deux derniers sous-marins achèveront une série qui place la Marine nationale parmi les rares marines capables d’opérations sous-marines nucléaires de longue durée, en toute discrétion.
De Grasse : les données du quatrième Barracuda
- Le De Grasse est le quatrième sous-marin nucléaire d’attaque de classe Barracuda livré par Naval Group.
- Il mesure 99 mètres de long, déplace plus de 5 000 tonnes en plongée et peut opérer plus de 270 jours par an.
- Son armement combine torpilles F21, missiles Exocet SM39 et missiles de croisière MdCN à plus de 1 000 km de portée.
- Deux autres Barracuda, les futurs Rubis et Casabianca, sont attendus avant 2030.
- La classe remplace les six sous-marins Rubis entrés en service dans les années 1980.
Sources
2 sources · 3 faits sourcés

