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Les cultures de Bourail noyées sous les pluies : 30 à 40 % de pertes sur les squashs

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Ce lundi matin, Andrew Bone, producteur à Bourail, marche dans ses parcelles gorgées d’eau. Ses squashs sont abîmés, ses pommes de terre noyées. Le week-end des 18 et 19 juillet a déversé plus de 100 millimètres de pluie sur la commune, jusqu’à 300 millimètres dans la Chaîne. Résultat : les rivières ont débordé, les cultures ont pris l’eau. Les deux tiers des parcelles de grandes cultures de la commune ont été inondées. Et avec elles, une partie de la production annuelle de la Nouvelle-Calédonie.

Les chiffres commencent à tomber. Andrew Bone estime ses pertes entre 15 et 20 % sur l’ensemble de ses cultures, peut-être 25 à 30 % sur les pommes de terre. Mais la situation est disparate : certains producteurs affichent des dégâts proches de 100 %, d’autres s’en sortent mieux. Sur les squashs, la moyenne tourne autour de 30 à 40 % de pertes à l’échelle de la commune. « Il faut attendre un petit peu », tempère l’exploitant. Les prochains jours diront comment les plantes réagissent au surplus d’eau, si elles reprennent ou si elles meurent.

Jean-Christophe Niautou, président de la Chambre d’agriculture de la Nouvelle-Calédonie, parcourt lui aussi les parcelles sinistrées. De Pouembout à Boulouparis, la bande littorale ouest porte les traces du déluge. Mais c’est à Bourail que la situation est la plus grave. « À ce stade, c’est difficile d’estimer la part qui est perdue, mais on considère qu’on a au moins deux tiers des parcelles concernées par les grandes cultures qui ont été recouvertes par les inondations ce week-end », dit-il. Le problème, c’est le calendrier : on est en saison fraîche, la période privilégiée pour la production végétale, celle où les terres d’alluvions de Bourail produisent l’essentiel de ce qui alimente les étals calédoniens.

Une production annuelle hypothéquée

« Lorsque ça inonde à cette période-là, on hypothèque complètement la production annuelle », résume Jean-Christophe Niautou. Bourail, Pouembout, Boulouparis : cette bande de terre concentre les principales productions agricoles du pays. Pommes de terre, squashs, maïs. Ce qui se cultive ici arrive dans les magasins de Nouméa, Dumbéa, Païta. Quand les parcelles sont noyées, c’est l’approvisionnement des consommateurs qui trinque. La Chambre d’agriculture anticipe déjà des pénuries sur certains produits frais, et une hausse des prix sur d’autres.

Thomas Abinun, climatologue à Météo-France NC, explique les mécanismes de la crue. Les sommets de la Chaîne ont reçu des cumuls abondants, jusqu’à 300 millimètres. Même si les littoraux ont connu des précipitations moindres, l’eau s’est déversée depuis les reliefs, gonflant les rivières jusqu’à les faire déborder. Samedi, Météo NC a relevé plus de 100 millimètres au nord de Bourail et à La Foa. Sur la côte Est, à Hienghène ou Yaté, les quantités ont été encore plus importantes.

Des exploitations à bout de souffle

Cette crue n’est pas la première. L’an dernier, en août 2025, les agriculteurs de la côte Ouest avaient déjà subi des intempéries pendant la semaine de la foire de Bourail. Deux années de pertes consécutives, c’est le scénario noir pour une exploitation agricole. « C’est vraiment problématique et dangereux pour les exploitations, lorsqu’elles perdent plusieurs années consécutives leur production et leur capacité à faire du chiffre d’affaires », souligne Jean-Christophe Niautou. Les échéances bancaires, sociales, fiscales s’accumulent. Sans chiffre d’affaires, les exploitations ne peuvent plus payer.

Vendredi prochain, la Chambre d’agriculture, la province Sud et les banques se déplaceront à Bourail pour rencontrer les agriculteurs sinistrés. Objectif : identifier des mesures d’urgence. Moratoires sur les emprunts, aides directes, reports de charges. Les discussions porteront sur ce qui peut maintenir les exploitations à flot, le temps que les parcelles sèchent et que les prochaines cultures reprennent. Si elles reprennent.

Sophie Marigaux
Sophie Marigaux
Sophie Marigaux, rédactrice régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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