Les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises françaises ont augmenté 3,3 fois plus vite que celles de leurs salariés en 2025, selon un rapport publié ce 1er mai par Oxfam et la Confédération syndicale internationale.
Francesco Milleri, PDG d’EssilorLuxottica, a touché 23,1 millions d’euros au titre de 2024. L’équivalent de près de 1 400 années de smic. Gilles Gobin, gérant de Rubis, a perçu 10 millions d’euros, soit 600 années de smic. Ces deux dirigeants figurent dans le top 5 des patrons les mieux rémunérés de France, selon le classement établi par Proxinvest sur les 120 plus grandes entreprises cotées à la Bourse de Paris.
La rémunération moyenne des PDG du CAC 40 s’établit à 6,5 millions d’euros pour l’année 2024. Sur l’ensemble des 120 plus grandes entreprises françaises, elle descend à 4,2 millions d’euros. Des montants qui intègrent le salaire fixe, les primes, les avantages en nature, les jetons de présence et les actions gratuites versées au titre des fonctions. Pas les dividendes ni les revenus tirés du patrimoine personnel.
À l’échelle mondiale, les patrons des plus grandes sociétés ont vu leurs salaires augmenter de 11 % en termes réels en 2025, corrigés de l’inflation[1]. La rémunération moyenne d’un travailleur n’a progressé que de 0,5 %. L’analyse porte sur les 1 500 entreprises les plus rémunératrices de 33 pays ayant rapporté la rémunération de leur PDG en 2025.
Un écart multiplié par dix depuis 1979
Le fossé se creuse depuis des décennies. En 1979, l’écart entre le smic et la rémunération moyenne des PDG du CAC 40 se situait autour de 1 à 40[3]. En 2024, il atteint 1 à 423. Pour les 100 plus grandes multinationales françaises, le ratio est de 1 à 259. Entre 2011 et 2021, l’écart de rémunération entre le salaire moyen des dirigeants et celui de leurs salariés est passé de 64 à 97.
Sur une période de dix ans, les PDG des 100 plus grandes entreprises ont augmenté leur rémunération de 66 %, leurs salariés de 21 %, tandis que le smic n’a progressé que de 14 %. Pour le CAC 40, les dirigeants ont bondi de 90 %, leurs salariés de 23 % seulement.
Le troisième plus grand écart salarial revient à Dassault Systèmes : l’éditeur de logiciels rémunère 385 fois plus son dirigeant, Bernard Charlès, que son salarié moyen.
| Catégorie | Hausse (100 plus grandes entreprises) | Hausse (CAC 40) |
|---|---|---|
| PDG | +66 % | +90 % |
| Salariés | +21 % | +23 % |
| SMIC | +14 % | +14 % |
Source : Oxfam France
Les États-Unis battent tous les records

La France n’est pas une exception. Aux États-Unis, la rémunération des PDG a augmenté de 1 460 % entre 1978 et 2021, selon l’Economic Policy Institute. Pendant la même période, le revenu du travailleur moyen n’a augmenté que de 18,1 %. Les PDG américains sont payés 399 fois plus qu’un travailleur ordinaire en moyenne, un ratio qui grimpe à 670 par rapport au salaire médian, selon l’Institute for Policy Studies.
La progression des rémunérations de dirigeants a dépassé la croissance du marché boursier et les bénéfices des 0,1 % les plus riches outre-Atlantique. Ce décrochage mondial s’inscrit dans une phase où les entreprises ont attribué des rémunérations record en 2022, confirmant une tendance engagée depuis plusieurs années.
Pourquoi le fossé salarial continue de se creuser
Transparence et index égalité : un début de réponse
Les entreprises françaises de plus de 50 salariés publient chaque année, depuis 2019, leur index égalité professionnelle, noté sur 100 points. Un dispositif pionnier en Europe. Les résultats 2025 témoignent d’une progression continue : note moyenne de 88,5/100, contre 84/100 en 2020. 80 % des entreprises concernées ont publié leur index au 1er mars 2025[4].
Certains observateurs pointent toutefois les limites méthodologiques de l’outil. Côté transparence dans les offres d’emploi, 46 % des entreprises affichent systématiquement le salaire dans leurs annonces en 2024. Une proportion en hausse, mais qui signifie qu’une offre sur deux laisse encore les candidats dans le flou.
46 % des cadres français jugent leur entreprise opaque sur la question salariale, une proportion supérieure à celle observée en Allemagne (38 %), en Espagne (33 %) ou en Italie (28 %), selon l’APEC. 42 % des cadres déclarent ne pas savoir comment leur salaire se compare à celui de professionnels équivalents ailleurs.
Un climat social à reconstruire

Les disparités selon la taille d’entreprise sont marquées. Près de deux tiers des petites structures n’ont engagé aucune réflexion sur le sujet de la transparence salariale. Les grandes entreprises et ETI sont légèrement mieux positionnées, avec 38 % ayant déjà pris des mesures ou entamé des discussions.
L’enjeu dépasse la seule équité. En instaurant une politique de rémunération lisible et explicable, les entreprises créent les conditions d’un climat social apaisé. Les collaborateurs qui comprennent comment leur rémunération est construite, quels critères président aux augmentations et quelles perspectives d’évolution s’offrent à eux sont naturellement plus engagés.
Oxfam et la CSI publient ce rapport à l’occasion de la journée internationale des travailleurs, dans un contexte où la question du partage de la valeur revient régulièrement sur la table des négociations annuelles obligatoires. Le fossé grandissant entre dirigeants et salariés illustre une tendance de fond, qui questionne la cohésion interne des grands groupes français et leur capacité à mobiliser leurs équipes dans la durée.
Rémunérations des patrons en France : les chiffres 2024-2025
- Francesco Milleri (EssilorLuxottica) a touché 23,1 millions d'euros en 2024, soit 1 400 années de smic
- L'écart smic/PDG du CAC 40 est passé de 1 à 40 en 1979 à 1 à 423 en 2024
- Les PDG des 100 plus grandes entreprises françaises ont augmenté leur rémunération de 66 % entre 2011 et 2021, contre 21 % pour leurs salariés
- 46 % des entreprises françaises affichent le salaire dans leurs offres d'emploi en 2024
- 80 % des entreprises de plus de 50 salariés ont publié leur index égalité professionnelle au 1er mars 2025
- Aux États-Unis, les PDG sont payés 399 fois plus qu'un travailleur ordinaire en moyenne
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

