Un étage supérieur de fusée Falcon 9, lancé en janvier 2025, doit percuter la surface lunaire ce mercredi 5 août à 8 h 35, heure de Paris.
L’engin pèse quatre tonnes et fonce vers la Lune à 8 700 km/h, soit sept fois la vitesse du son. L’impact, prévu dans l’hémisphère nord près du cratère Einstein, libérera une énergie comparable à trois tonnes de TNT. Un cratère de 27 mètres de diamètre et cinq mètres de profondeur devrait se former, accompagné d’un panache de poussière lunaire projeté à plusieurs kilomètres d’altitude.
Ce débris spatial n’avait plus assez de carburant pour revenir sur Terre ou se placer sur une orbite stable après avoir délivré deux atterrisseurs lunaires privés, Blue Ghost de Firefly Aerospace et Resilience d’ispace, en janvier 2025. Depuis, un mélange d’activité solaire et de forces gravitationnelles l’a progressivement placé sur une trajectoire de collision avec la Lune, malgré les précautions prises par SpaceX, a précisé Julianna Scheiman, responsable de la société, lors d’une conférence de presse de la Nasa lundi.
Les scientifiques suivent la trajectoire depuis plusieurs mois. Bill Gray, expert indépendant du suivi des objets spatiaux, a été le premier à calculer la trajectoire exacte. « Il sera peut-être possible pour les personnes disposant d’un télescope de l’observer », estime Benjamin Fernando[1], chercheur au Laboratoire national de Los Alamos, au Nouveau-Mexique. « On ne sait pas encore à quel point cela sera lumineux, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles nous souhaitons étudier cet événement. » Le chercheur, auteur principal d’une récente étude consacrée à cette collision, incite quiconque dispose d’un télescope à tenter d’enregistrer le phénomène.
Deux sondes orbitales mobilisées pour documenter l’impact
La Nasa et l’agence spatiale sud-coréenne ont déployé leurs moyens d’observation. Les sondes Lunar Reconnaissance Orbiter de la Nasa et Danuri, développée par la Corée du Sud, doivent prendre des images de la zone avant et après la collision afin d’en mesurer les effets précis. « La Nasa continuera de suivre le propulseur à des fins d’entraînement et observera ensuite le site de l’impact à des fins scientifiques », a commenté Jimi Russell, porte-parole de l’agence, dans un communiqué.
L’événement offre une occasion rare de mieux comprendre la formation des cratères et le comportement du régolithe lunaire, cette poussière fine qui recouvre la surface. Contrairement à la Terre, la Lune ne possède pratiquement pas d’atmosphère et aucun phénomène météorologique : les traces que l’humanité y laisse subsistent pendant des millions d’années. Les données collectées permettront d’améliorer les modèles informatiques utilisés pour anticiper les risques liés aux débris spatiaux, un enjeu central alors que la Nasa espère établir une présence humaine durable sur la Lune.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Vitesse d’impact | 8 700 km/h |
| Masse de l’étage | 4 tonnes |
| Longueur de l’engin | 12 mètres |
| Énergie libérée | Équivalent 3 tonnes de TNT |
| Diamètre du cratère | 27 mètres |
| Profondeur estimée | 5 mètres |
| Heure d’impact (Paris) | 8 h 35 |
Deuxième collision accidentelle connue depuis 2022

Il s’agit du deuxième impact accidentel confirmé d’un engin humain sur la Lune. En mars 2022, l’étage supérieur d’une fusée chinoise Longue Marche 3C avait percuté la face cachée de l’astre, laissant deux cratères d’environ 29 mètres de large[3]. Cette multiplication des collisions involontaires pose la question de la gestion à long terme des débris spatiaux en orbite lunaire.
Pour Bill Gray, cet « atterrissage forcé » soulève des questions sur la manière de protéger les futures bases lunaires contre les débris. À la différence des années 1970, quand la Nasa provoquait volontairement des impacts durant le programme Apollo pour recueillir des données sismiques, les collisions actuelles ne sont ni planifiées ni coordonnées.
Au-delà du nuage de poussière qu’il soulèvera, cet impact pose une question juridique délicate : qui est habilité à décider quand l’humanité modifie durablement la surface lunaire ? Personne ne possède la Lune, mais il n’existe pratiquement aucun cadre international pour coordonner les activités susceptibles de modifier l’environnement lunaire. Un registre des activités lunaires comparable à ceux utilisés dans l’aviation ou le transport maritime permettrait de prévenir ce type d’accidents[5], mais aucun mécanisme de ce type n’a été mis en place.
Pourquoi cet impact soulève des questions juridiques et techniques
SpaceX face aux défis de la gestion des débris en orbite
La société d’Elon Musk a multiplié les lancements ces dernières années, avec une cadence qui s’accélère. Les fusées Falcon 9 sont partiellement réutilisables : le propulseur revient sur Terre, mais l’étage supérieur, une fois sa mission accomplie, reste souvent en orbite basse terrestre ou, comme dans ce cas, sur une trajectoire qui échappe au contrôle.
Julianna Scheiman a confirmé que les précautions avaient été prises pour tenter d’éviter la collision, mais la combinaison de l’activité solaire et de la gravité lunaire a fait dériver l’engin vers un point de non-retour. Aucun système de désorbitation automatique n’équipe systématiquement les étages supérieurs de Falcon 9 pour les missions lunaires, une lacune qui pourrait devenir problématique à mesure que le trafic autour de la Lune s’intensifie.
Le phénomène ne sera pas visible à l’Å“il nu depuis la Terre. Seuls les observateurs équipés d’un télescope auront une chance de capter le panache de débris éclairé par le Soleil, à condition de pointer leur instrument au bon endroit et au bon moment. Les images les plus détaillées proviendront des sondes en orbite, qui fourniront les premières données quelques heures après l’impact.
Collision Falcon 9 sur la Lune : les données clés
- L'étage supérieur d'une Falcon 9 lancée en janvier 2025 percutera la Lune le 5 août 2026 à 8 h 35 (Paris)
- Vitesse d'impact : 8 700 km/h, soit sept fois la vitesse du son
- Cratère attendu : 27 mètres de diamètre, 5 mètres de profondeur
- Deux sondes orbitales, américaine et sud-coréenne, documenteront l'événement
- Deuxième collision accidentelle connue après celle d'une fusée chinoise en mars 2022
- Aucun cadre international ne régule actuellement les impacts involontaires sur la Lune
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

