António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a frappé fort depuis Genève en juillet. Son message : il faut un contrôle mondial sur l’intelligence artificielle, avant que les puces conçues pour un usage civil ne se transforment définitivement en armes de guerre. Devant le premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA, le patron de l’ONU a martelé deux urgences : freiner la militarisation de la technologie, et garantir l’accès aux milliards de personnes qui en sont encore exclues.
Le constat est sec. Les puces d’IA les plus puissantes, développées pour faire tourner des modèles de langage ou optimiser des chaînes logistiques, glissent aujourd’hui vers le champ de bataille. Les « robots tueurs », que certains voyaient encore comme de la science-fiction il y a cinq ans, sont désormais la norme dans plusieurs conflits. Guterres ne parle pas de science-fiction : il parle de ce qui existe déjà , dans les arsenaux, dans les drones, dans les systèmes d’armes autonomes qui choisissent leurs cibles sans intervention humaine.
L’appel de Guterres ne sort pas de nulle part. Il arrive dans un contexte où le commerce des armes en Asie du Sud-Est s’est réorganisé autour des technologies russes et chinoises depuis la guerre en Ukraine, où un piratage informatique visant le Programme alimentaire mondial a exposé les données de 600 000 foyers à Gaza, et où l’Agence internationale des télécommunications discute de la protection des câbles sous-marins, devenus des cibles stratégiques en temps de crise.
La Polynésie française reste un territoire non autonome pour l’ONU
Parallèlement, l’ONU a célébré cette semaine la Semaine de solidarité avec les peuples des territoires non autonomes. En 2026, dix-sept territoires figurent encore sur cette liste, dont deux français : la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. Ces populations, administrées par un pays lointain, conservent selon l’ONU un droit à l’autodétermination que la communauté internationale doit respecter et soutenir.
Pour la Polynésie française, ce statut n’est pas qu’une question de principe. Il rappelle que Papeete, Moorea, Bora-Bora et les 118 îles de l’archipel relèvent d’un cadre juridique international spécifique, distinct de celui des collectivités d’outre-mer classiques. L’inscription maintenue par l’Assemblée générale de l’ONU signale une reconnaissance : ces territoires ont une histoire, une identité, un rapport à la souveraineté qui ne se résume pas à leur rattachement administratif à Paris.
Le débat sur l’autodétermination reste vivace dans l’archipel. Certains y voient une ingérence, d’autres une garantie. Ce qui est certain, c’est que l’ONU continue de porter le sujet sur la scène internationale, et que la France, membre permanent du Conseil de sécurité, doit rendre compte de la situation de ces territoires devant l’Assemblée générale.
169 attaques contre le personnel médical au Liban depuis mars
Sur le front humanitaire, le Liban concentre les inquiétudes. Depuis mars 2026, l’Organisation mondiale de la Santé a enregistré 169 attaques visant des personnels ou des infrastructures de santé. Les secouristes interviennent au péril de leur vie. Le ciblage volontaire du personnel médical pourrait constituer un crime de guerre au regard du droit international. Les hôpitaux, les ambulances, les dispensaires : rien n’est épargné.
Autre menace, économique cette fois : la fermeture éventuelle du détroit d’Ormuz. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’un tel blocage provoquerait une crise mondiale des prix alimentaires dans les six à douze mois. L’agence préconise la mise en place de corridors logistiques alternatifs pour contourner le détroit et éviter une flambée incontrôlable.
Face à ces tensions, l’ONU propose aussi des opportunités concrètes aux Français. Trois postes de jeunes experts associés et six postes de volontaires des Nations Unies, financés par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, sont ouverts aux candidatures jusqu’au 7 juin 2026. Une manière, pour Paris, de maintenir une présence française au sein des agences onusiennes, et pour les jeunes diplômés, de rejoindre le terrain.
L’intelligence artificielle, les territoires non autonomes, les crises humanitaires : l’ONU traite tout à la fois, avec des moyens limités et une légitimité contestée. Mais elle reste, pour des millions de personnes, le seul cadre où ces questions peuvent encore être posées à voix haute.

