Un fabricant alsacien livre des centaines de milliers de lunettes de protection pour l’éclipse du 12 août. Leur secret : un filtre qui réfléchit les rayons nocifs à l’extérieur.
Sodap Sobomex, en Alsace, multiplie les expéditions depuis plusieurs semaines. La demande décolle à l’approche de l’éclipse solaire du 12 août, la première totale visible en France depuis 1999. Jean Ichter, de l’entreprise, détaille la conception : un filtre qui réfléchit les rayons nocifs du soleil à l’extérieur, doublé d’un filtre noir qui restitue l’image orangée du soleil. Chez un opticien de Schiltigheim, dans le Bas-Rhin, une cinquantaine de paires sont déjà parties à trois euros l’unité. « C’est l’occasion ou jamais, parce qu’apparemment il n’y en aura pas d’autre aussi complète avant un certain temps et peut-être que ce sera la dernière de notre vie », estime Lisa Wojciechowicz, cliente de l’enseigne Optique des 4 vents.
À une semaine du phénomène, la Direction générale de la Santé redoute des ruptures de stock. Bayonne enregistrera l’obscurité la plus importante, quasi totale. Le spectacle sera visible partout en France, mais sans lunettes adaptées, les conséquences sont irréversibles.
Deux technologies de filtre pour bloquer les UV
Les lunettes certifiées pour l’observation solaire reposent sur deux types de filtres[4]. Le premier se compose de films en polyester recouverts d’une fine couche d’aluminium. Le second utilise des films en polymère noir teintés. Dans les deux cas, l’objectif reste identique : bloquer les rayonnements ultraviolets et infrarouges tout en laissant passer une image atténuée du soleil.
Les modèles à film polymère, fabriqués notamment par American Paper Optics aux États-Unis, affichent une densité optique de 5,0. Ils réfléchissent plus de 99,99 % du rayonnement solaire. Le filtre noir interne restitue une teinte orangée. Les lunettes en polyester aluminium, elles, donnent une vision légèrement différente, mais respectent les mêmes seuils de protection.
Chaque paire doit être livrée avec un certificat de conformité et une notice d’utilisation mentionnant les coordonnées du fabricant ou de l’importateur responsable[4]. Les références au marquage CE et à la norme internationale EN ISO 12312-2:2015 apparaissent systématiquement sur les montures. Sans ces indications, le risque de faux est réel.
Brûlure rétinienne en quelques secondes

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Le Dr Sarah Ayello Scheer, chirurgienne ophtalmologue à l’hôpital National des Quinze-Vingts à Paris, décrit le mécanisme : « Le rayon lumineux du soleil va brûler des cellules qui sont fondamentales. Une tache noire qui se grave un petit peu devant nous, sauf que cette tache noire ne part plus. Du coup, quand on regarde les gens, on ne voit plus leur visage, on ne voit plus le centre, on n’arrive plus à lire. »
La lumière solaire, même partielle, traverse l’Å“il et brûle la rétine en quelques secondes[1]. La lésion reste indolore au moment de l’exposition. Les premiers troubles visuels (vision floue, apparition de taches, déformation des images) peuvent n’apparaître que plusieurs heures après l’observation, alors que les dommages sont déjà constitués[4].
Les lunettes achetées en 1999 ne doivent en aucun cas être réutilisées[4]. Leurs filtres se sont altérés avec le temps, même en l’absence de dégradation visible. Cette dégradation laisse passer les rayonnements infrarouges et ultraviolets. Fabriquer soi-même des lunettes à partir de négatifs photo, de CD ou de verres fumés expose au même danger : aucun de ces matériaux ne filtre correctement l’ensemble du spectre solaire.
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Omegon, Bresser et Baader sur le marché français
Plusieurs marques distribuent des lunettes certifiées en France. Omegon propose deux modèles : le Solar Safe, à monture en carton, vendu 2,90 euros, et le Solar Safe Deluxe, à monture rigide avec verres en polymère résistants aux rayures, à 39,90 euros[2]. Ce dernier affiche une densité optique de 5,0 et restitue une teinte orange intense.
Bresser commercialise des lunettes fabriquées par American Paper Optics, identiques aux films Solarix, avec un filtre de densité optique 5,0[3]. Baader Planétarium mise sur le film Astrosolar, reconnu dans les milieux astronomiques[1]. Ces trois marques respectent la norme ISO 12312-2 et ciblent l’observation à l’Å“il nu. Elles ne s’utilisent jamais devant un télescope, une paire de jumelles ou un appareil photo : l’observation à travers un instrument d’optique exige des filtres spécifiques, montés directement sur l’objectif.
Les lunettes se vendent chez les opticiens, en pharmacie, en kiosque, dans les magazines spécialisés d’astronomie, dans les enseignes spécialisées ou sur des sites internet reconnus[4]. Les lots multiples (5, 10, 25, 50, 100, 250, 500, 1000, voire 5000 paires) s’adressent aux collectivités, aux écoles et aux associations. Une remise sur quantité s’applique à partir de trois exemplaires chez certains distributeurs[2].
Zone de totalité : quelques secondes sans lunettes

Pendant la phase de totalité, lorsque la Lune masque entièrement le disque solaire, les observateurs situés dans la bande de totalité peuvent retirer leurs lunettes quelques secondes[1]. Cette phase permet d’observer le diamant et l’apparition de la couronne solaire. Dès que le soleil réapparaît, même partiellement, les lunettes doivent être remises immédiatement.
Celestron a développé des jumelles EclipSmart, équipées de filtres internes inamovibles, destinées uniquement à l’observation du soleil[1]. Ces jumelles ne permettent d’observer que le soleil et ne se retirent jamais. Pour l’observation à travers un télescope, Omegon, Sky-Watcher et Lunt Solar Systems proposent des filtres Helievo ou des lunettes H-alpha[2][3]. Ces équipements, plus coûteux, révèlent l’activité de surface du Soleil : protubérances, filaments, taches solaires.
La dernière éclipse totale visible en France remonte à 1999. Le 12 août, la Lune passera entre la Terre et le Soleil, empêchant sa lumière d’atteindre notre planète. L’ambiance crépusculaire, la baisse de température et l’apparition des étoiles en plein jour marqueront les quelques minutes de totalité. Mais sans équipement certifié, le spectacle tourne au désastre médical.
Lunettes éclipse 2026 : ce qu'il faut retenir
- Un fabricant alsacien, Sodap Sobomex, livre des centaines de milliers de lunettes certifiées ISO 12312-2 pour l'éclipse du 12 août
- Les filtres utilisent soit du film polyester recouvert d'aluminium, soit du film polymère noir, avec une densité optique de 5,0
- Les lunettes achetées en 1999 ne doivent pas être réutilisées : leurs filtres se sont altérés avec le temps
- La brûlure rétinienne causée par l'observation sans protection est indolore et irréversible
- Bayonne enregistrera l'obscurité la plus importante, quasi totale, le 12 août
- Pendant la phase de totalité, les lunettes peuvent être retirées quelques secondes pour observer la couronne solaire
Sources
4 sources · 14 faits vérifiés

