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Maison d’arrêt d’Amiens à 240% de capacité : « ça génère des tensions et ça peut se transformer en agression »

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Trois ou quatre hommes dans neuf mètres carrés. Des matelas au sol, la chaleur qui monte, l’intimité qui n’existe plus. À la maison d’arrêt d’Amiens, la situation a franchi un seuil qu’aucun des personnels n’avait jamais connu : 240% de taux d’occupation. 631 détenus pour 268 places. Du jamais vu pour l’établissement. Vendredi 31 juillet 2026, une partie des surveillants s’est rassemblée devant la prison pour alerter. François Ruffin, député de la Somme, a exercé son droit de visite pour constater. Ce qu’il a vu, les syndicats le vivent au quotidien : une cocotte-minute au bord de l’explosion.

Les cellules débordent. Conçues pour deux personnes maximum, elles en abritent désormais trois, parfois quatre. Un détenu raconte au député son arrivée : « C’est la première fois que je suis ici. Ça a été très dur. » Il a craqué. Pas étonnant, quand on dort à tour de rôle faute de place pour étendre tous les matelas en même temps. Pas de douche quotidienne. Pas d’espace pour souffler. Juste la promiscuité permanente, sans échappatoire.

Ce qui rend la situation encore plus absurde, c’est qu’à quelques mètres des cellules surchargées, un quartier entier reste fermé. Le quartier de semi-liberté, fraîchement rénové, vide. Neuf. Inutilisé. François Ruffin le pointe au directeur de la prison lors de sa visite : « Dans une maison qui est surpeuplée, on a un quartier neuf qui est vide. » Le directeur ne répond pas. Parce qu’il n’a pas la main. Ce n’est pas lui qui décide d’ouvrir ou non ce quartier. C’est l’administration centrale, à Paris, qui bloque l’ouverture.

Cinq agents au lieu de quatorze

La raison du blocage ? Le manque de personnel. Pour faire tourner ce quartier de semi-liberté, il faudrait quatorze agents pénitentiaires. L’administration en alloue cinq. Jérémy Jeanniot, secrétaire interrégional FO Justice dans les Hauts-de-France, parle d’un « sous-effectif chronique ». Selon lui, ouvrir ce quartier pourrait « permettre de faire baisser un peu la pression ». Mais sans moyens humains, impossible[1].

Les surveillants, eux, sont à bout. « Ça devient de plus en plus compliqué. Pourquoi ? Parce que 240% de taux d’occupation, c’est 240% de plus de douches à passer, de cantines à distribuer, de parloirs à mettre en Å“uvre », expose Jérémy Jeanniot. Résultat : ils se recentrent sur les missions premières, la sécurité, le contrôle. Tout le reste passe à la trappe. La réinsertion, l’accompagnement, le suivi : tout ce qui pourrait éviter qu’un détenu ressorte pire qu’il n’est entré.

François Ruffin interpelle directement le ministre : « Il s’agit d’interpeller Darmanin, le ministère de la Justice. Maintenant il faut que ça bouge. Mettez des agents pour au moins ouvrir le quartier de semi-liberté à Amiens. Et vite ! Ça fait huit mois que ça dure. Vous avez dépensé des millions d’euros pour faire ça. Et maintenant, vous le laissez vide. À quoi ça sert ? »

Tensions et agressions

Cette surpopulation ne génère pas seulement de l’inconfort. Elle produit de la violence. « Ça génère des tensions entre eux, avec les personnels et ça peut se transformer en agression », avertit le député. Quand un nouveau détenu arrive, il va devoir cohabiter avec deux, voire trois codétenus. Les conditions de détention se dégradent pour tout le monde : détenus comme agents. Les avocats du barreau d’Amiens, qui connaissent bien la maison d’arrêt, parlent de conditions « inacceptables ». Maître Marc Blondet, 38 ans d’exercice en droit pénal, ne mâche pas ses mots : « Même si vous avez commis une infraction qui vous condamne à être privé de liberté, vous ne devez pas pour autant vivre à quatre dans une cellule de 9 m². Certains détenus ont moins d’espace vital que mon chien[3]. »

Amiens n’est pas un cas isolé. Le 27 avril 2026, quatorze établissements sur dix-sept dans les Hauts-de-France se sont mobilisés à l’appel de l’Ufap-Unsa. À Béthune, 402 détenus pour 177 places. À Valenciennes, 380 pour 196. À Beauvais, Douai, Dunkerque : partout, le même constat[2]. Une région entière au bord de la rupture. En France, au 1er mars 2026, on comptait 87 126 détenus pour 63 000 places théoriques, soit un taux d’occupation de 137,5%[4].

Contactée, la direction des services pénitentiaires se retranche derrière les promesses budgétaires : « Le garde des Sceaux a obtenu le budget le plus élevé de l’histoire de la chancellerie pour 2027. Il prévoit notamment la création nette de 680 emplois supplémentaires et la construction de plusieurs milliers de places de prison. » Des annonces pour demain. Pendant ce temps, à Amiens comme ailleurs, l’été approche. Avec lui, la chaleur, la promiscuité accentuée, les nerfs qui lâchent. Et un quartier neuf qui reste vide.

Christophe Leclercq
Christophe Leclercq
Christophe Leclercq, rédacteur régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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