Lorenzo Mariani, codirecteur général de Leonardo, actionnaire de MBDA à hauteur de 25 %, exige une réorganisation du missilier européen pour absorber son carnet de commandes et atteindre six milliards d’euros de chiffre d’affaires.
La stratégie Déluge portée par MBDA repose sur un principe simple : saturer les défenses adverses par le volume et la diversité des vecteurs. Derrière la doctrine, il y a une réalité industrielle que Leonardo ne souhaite plus différer.
Lorenzo Mariani fixe un ultimatum à six milliards
Dans une interview accordée à La Tribune, le codirecteur général de Leonardo est direct : «Soit MBDA se réorganise pour atteindre rapidement un chiffre d’affaires de six milliards d’euros, soit ce sera un échec pour écouler rapidement ce carnet de commandes.» [2] Le message s’adresse aux trois actionnaires du missilier, MBDA étant détenu par Airbus, BAE Systems et Leonardo, ce dernier à 25 %.
La pression sur les cadences de livraison n’est pas propre à MBDA. L’ensemble de l’industrie de défense européenne se retrouve coincée entre des carnets de commandes historiquement pleins et des capacités de production qui peinent à suivre. Pour Leonardo, la réponse passe par une refonte organisationnelle, pas seulement par des investissements en ligne de production.
Un actionnaire qui joue plusieurs fronts
Leonardo n’est pas qu’un actionnaire passif de MBDA. Le groupe italien est aussi l’un des pivots de la consolidation de l’armement terrestre en Europe. Son rapprochement avec Rheinmetall est acté, mais Mariani affirme rester ouvert à une reprise de discussions avec KNDS pour parvenir, selon ses propres mots, à «un accord gagnant-gagnant».
Cette double posture, pression sur MBDA d’un côté, ouverture vers KNDS de l’autre, dessine une stratégie de consolidation à géométrie variable. Leonardo entend peser sur les restructurations à venir sans fermer de porte.
Le contexte budgétaire européen pousse à l’accélération
La demande de missiles en Europe s’est emballée depuis 2022, et les budgets de défense suivent. La France consacrait 47 milliards d’euros à sa défense en 2024, 50,5 milliards en 2025, et 57,1 milliards en 2026, soit 2,1 % du PIB, selon les données publiées par Opex360. [1] Cette progression alimente directement les commandes adressées à des industriels comme MBDA.
C’est précisément ce flux de commandes que Mariani veut voir transformé en chiffre d’affaires réel, sans délai. La réorganisation qu’il appelle de ses vÅ“ux vise à raccourcir les cycles de décision internes et à accélérer les livraisons vers des clients qui, eux, ne peuvent plus attendre.
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
