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“On porte du bikini toute l’année” : comment le maillot deux pièces fait vivre les créateurs martiniquais

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Solène ne sort jamais des triangles classiques. Depuis qu’elle a fondé sa marque Polé Solé, la créatrice martiniquaise confectionne des bikinis échancrés, cousus main, dans l’esprit du maillot originel inventé en juillet 1946 par Louis Réard. Quatre-vingts ans plus tard, ce bout de tissu fait vivre toute une filière locale. Celle qui habille les Martiniquaises pour le tour des yoles, la Mercury beach, et les cent cinquante jours de plage qui rythment l’année.

Passionnée de couture, Solène a lancé son activité après la crise sanitaire. Quelques tutoriels trouvés en ligne, des tissus commandés malgré la vie chère, et le pari d’une création simple à réaliser mais qui plaît : le maillot deux pièces. “Il y avait pas mal de filles qui lançaient leur marques fait main chez elles, donc ça m’a beaucoup inspirée. Le maillot ça a été plus simple de rentrer dedans parce que c’est assez simple à coudre. Et comme on est en Martinique on porte du bikini toute l’année”, raconte-t-elle.

Son style, elle le résume en un mot : l’échancré. Un clin d’Å“il aux codes posés par Réard en 1946, quand l’ingénieur automobile reconverti présentait à Paris un modèle qualifié de “plus petit que le plus petit des maillots du monde”. À l’époque, aucune mannequin n’avait accepté de porter la création jugée scandaleuse. C’est une danseuse nue du Casino de Paris, Micheline Bernardini, qui avait défilé avec ces trois triangles imprimés de coupures de presse, cinq jours après l’essai nucléaire américain sur l’atoll de Bikini. Le nom était né, le coup médiatique aussi.

Solène garde cet esprit de dévoilement maîtrisé. “Je veux que le maillot dévoile certaines choses, pas tout, mais qu’on reste quand même dans un esprit chic et qui dévoile. Ce que j’aime dans le bikini c’est de pouvoir faire apparaître ou disparaître certaines choses sur le corps. On peut s’amuser à faire plein de choses. Le bikini c’est pour tout le monde[1].”

Le prix des matières premières pèse, mais les commandes tiennent

Fabriquer en Martinique impose ses contraintes. Le coût des tissus, la vie chère, le peu de visibilité hors des réseaux sociaux. Solène a dû calibrer ses tarifs en fonction du pouvoir d’achat local, et ses clientes ont suivi. Résultat : ses bikinis partent en rupture de stock, malgré l’augmentation des prix.

Pour l’instant, elle se satisfait de la présence numérique de Polé Solé. Ouvrir une boutique physique ne fait pas partie de ses priorités, surtout si l’objectif est de vendre ailleurs qu’en Martinique. Le marché local suffit, et il tient bon.

Dans les boutiques du centre-ville, le pic des deux semaines avant le tour

En magasin aussi, le bikini reste un produit phare. Élodie Arnaud, vendeuse au centre-ville de Fort-de-France, constate chaque année la même dynamique : les grandes vacances, le tour des yoles et les événements nautiques font grimper les ventes. Les deux dernières semaines avant le tour réunissent un pic de fréquentation, malgré la vie chère qui pèse sur tous les budgets.

“Concernant la vente des maillots, c’est en hausse actuellement. Surtout avant les évènements qui arrivent. Je dirais que les maillots qui se vendent le plus sont les deux pièces avec des couleurs flashy. Le bikini classique mais un peu plus échancré”, résume-t-elle[1].

Les tarifs, eux, ont suivi l’inflation : pour la plupart des bikinis en boutique, il faut désormais compter près de cent euros. Un montant qui n’a pas fait baisser la demande. Le deux pièces, sous toutes ses formes et dans toutes ses couleurs, reste un incontournable du vestiaire martiniquais.

Quatre-vingts ans après sa naissance dans une piscine parisienne, le bikini a évolué bien au-delà des triangles de Réard. Mais l’idée de départ tient toujours : un maillot qui libère, qui plaît, et qui fait tourner l’économie locale, un bikini cousu main à la fois.

Jean-Luc Céleste
Jean-Luc Céleste
Jean-Luc Céleste, rédacteur régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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