Ce vendredi 31 juillet, boulevard Vauban, les 54 élus du Congrès se réunissent pour élire le 19e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Onze sièges à pourvoir, onze noms déjà connus, et un scénario largement écrit d’avance. Le pacte de gouvernance passé entre l’Éveil océanien, les Loyalistes et le Rassemblement a déjà placé Milakulo Tukumuli sur la rampe de lancement. Reste à savoir si les urnes confirmeront ce qui ressemble déjà à une formalité.
La loi organique autorise un gouvernement calédonien de cinq à onze membres. Le 21 juillet, le Congrès a tranché : ce sera onze, le maximum prévu. Un choix quasi systématique depuis l’Accord de Nouméa. Seule exception en vingt-sept ans : le gouvernement Frogier 2, qui n’en comptait que dix, en 2002.
Depuis, tous les exécutifs ont opté pour la formule maximale. Ce vendredi, l’élection doit intervenir dans les vingt et un jours suivant l’ouverture de la première séance du Congrès renouvelé, soit le délai légal.
Un scrutin proportionnel qui ne laisse rien au hasard
Aucune candidature individuelle ce vendredi. Les groupes politiques constitués au Congrès présentent des listes de quatorze noms : onze candidats, trois supplémentaires. Ces candidats ne sont pas obligatoirement membres du Congrès. Chaque élu ne peut participer qu’à une seule liste, et le dépôt devait intervenir avant le 25 juillet à minuit[1].
Contrairement à l’élection du président du Congrès, aucune liste n’a besoin d’obtenir la majorité absolue. Les onze sièges sont attribués à la représentation proportionnelle, selon la règle de la plus forte moyenne. En clair : la liste arrivée en tête ne rafle pas tout. Plusieurs formations politiques siègent au gouvernement selon leur poids au Congrès. C’est l’une des particularités du système institutionnel calédonien.
La méthode transforme les voix en sièges. À mesure que des sièges sont attribués, une nouvelle moyenne est calculée pour chaque liste, en divisant son nombre de voix par le nombre de sièges déjà obtenus, augmenté d’un. Le siège suivant revient à la liste présentant la moyenne la plus élevée, et l’opération se poursuit jusqu’au onzième siège.
Conséquence : quelques voix suffisent à faire basculer le dernier siège d’une liste vers une autre. Les alliances, mais aussi le choix de présenter une liste commune ou plusieurs listes séparées, pèsent sur le résultat final.
Cinq sièges indépendantistes, six pour les autres formations
À quelques heures du scrutin, la composition du futur gouvernement ne fait guère de mystère. Si les rapports de force attendus se confirment, cinq sièges reviendraient aux indépendantistes et six aux autres formations[2].
Le groupe Kanaky NC pourrait obtenir quatre sièges. Gilbert Tyuienon, Johanito Wamytan, Ernest Démené et Meryl Marlier devraient être les quatre candidats appelés à intégrer le gouvernement. L’UNI pourrait décrocher un cinquième siège indépendantiste, avec Billy Forest, ancien secrétaire général de la province Nord.
De l’autre côté de l’échiquier, quatre sièges devraient revenir aux Loyalistes, un au Rassemblement et un à l’Éveil océanien. Ce dernier, bien que minoritaire, devrait assurer la présidence : Milakulo Tukumuli, président fondateur du parti, est désigné par l’accord de gouvernance signé le 9 juillet entre les trois formations, qui totalisent une majorité absolue de 28 élus sur 54.
Un exécutif qui hérite de dossiers en suspens
Le nouveau gouvernement va succéder à Alcide Ponga, président sortant depuis janvier 2025. Ce dernier a qualifié sa mandature d’« éclair », dans un contexte qu’il a reconnu difficile. Le prochain exécutif hérite de plusieurs dossiers en suspens, dans un territoire fragilisé par les tensions sociales et économiques récentes.
L’élection du président du gouvernement devra intervenir dans les cinq jours suivant la désignation des onze membres. Sauf surprise, Milakulo Tukumuli devrait être confirmé à ce poste. Ce scrutin de vendredi, bien que techniquement ouvert, ressemble avant tout à la validation d’un accord déjà bouclé.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

