Aucun agriculteur ne sera laissé seul, promet le gouvernement. Mercredi 5 août, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a dévoilé un plan d’accompagnement qui doit répondre aux alertes lancées par l’ensemble du monde agricole face aux canicules, à la sécheresse et aux incendies qui ravagent les exploitations depuis fin juin. Un plan chiffré à 150 millions d’euros, assorti de mesures d’urgence sur la trésorerie, les cotisations sociales et les contrôles administratifs.
Le dispositif s’articule autour de quatre axes. D’abord, des mesures de soutien immédiat à la trésorerie des exploitations, avec des prises en charge de cotisations sociales pour ceux qui se retrouvent en difficulté. Ensuite, des dérogations et simplifications administratives pour faciliter la remise en production des fermes les plus touchées. Le ministère souhaite aussi adapter les règles de gestion de l’eau au cas par cas, sur le terrain, en respectant le cadre du guide sécheresse et de l’instruction interministérielle de 2023, pour concilier préservation de la ressource et continuité de la production agricole.
Concrètement, le plan prévoit une aide au transport de fourrage pour organiser la solidarité entre agriculteurs là où les stocks d’aliments pour le bétail viennent à manquer. La Mutualité sociale agricole (MSA) déploie aussi un accompagnement renforcé pour les exploitants les plus fragiles et les plus isolés. Enfin, les contrôles administratifs dans les exploitations sont suspendus jusqu’à la fin de la vigilance rouge canicule.
Le chiffre donne le vertige : 98 départements concernés par la sécheresse, dont 57 en situation de crise avec des restrictions importantes sur les usages de l’eau. Fin juillet, la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, avait appelé les exploitants à ne pas respecter ces restrictions, galvanisée par l’adoption de la loi d’urgence agricole qui prévoit d’augmenter le stockage d’eau. La ministre avait sèchement répondu dans Ouest France que ce n’était pas possible.
Des millions de volailles étouffées, la récolte de blé en recul de 4 %
Depuis fin juin, les vagues de chaleur successives se sont ajoutées à un manque d’eau chronique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : des millions de volailles ont péri, étouffées par la chaleur, les prairies sont grillées, les vaches produisent moins de lait. La production de maïs devrait atteindre un niveau historiquement bas. La récolte de blé, déjà terminée, devrait baisser d’au moins 4 %.
Les fruits et légumes souffrent particulièrement, surtout en Bretagne, grosse région maraîchère peu habituée au manque d’eau qui ruine les cultures non irriguées. Les syndicats agricoles et interprofessions ont lancé l’alerte plusieurs fois ces dernières semaines, au fil des réunions régulières au ministère et au niveau des régions, avec les professionnels, les banques, les assureurs privés et la MSA.
Une cellule nationale sécheresse a été activée au ministère de l’Agriculture. Annie Genevard a demandé à chaque préfet de désigner un référent sécheresse et de mettre en place, sans délai, une cellule départementale pour établir un diagnostic précis. Les aides du plan en cours de préparation seront calibrées sur la base des remontées d’informations de ces cellules au niveau des préfectures.
Un plan de soutien exceptionnel réclamé par les syndicats
La FNSEA, syndicat agricole dominant, a demandé début juillet un plan de soutien exceptionnel et l’inscription d’une enveloppe de crise dans le budget 2027. La Coordination rurale a appelé à une suspension des contrôles administratifs, au versement anticipé des aides européennes et à une dérogation pour l’agriculture française concernant les réglementations françaises et européennes contraignantes.
Le ministère a aussi acté des mesures de vigilance pendant les moissons, qui peuvent déclencher des incendies en période de canicule. La FNSEA Loir-et-Cher a recommandé de ne pas moissonner entre 13 heures et 18 heures, et d’avoir un déchaumeur à proximité[3]. Le ministère autorise par ailleurs le débroussaillement des jachères dans les zones à risque d’incendie, tout en préservant leur caractère de jachère pour toucher les aides européennes.
Cette crise intervient dans un contexte où l’inquiétude quant à l’avenir des fermes françaises est profonde. L’adaptation de l’agriculture doit se faire sur le long terme, en sélectionnant des semences résistantes et en adaptant la configuration des champs. Mais même ces techniques ont leurs limites face à un réchauffement climatique qui continue de s’amplifier[2].
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

